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Jérémie
Dossier pour lire le livre de Jérémie - II
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Documents 5 à 8.
 
• Document 5
Jérémie 20,7-18, par Thomas Römer (1)

Il s’agit d’un texte difficile, d’une extrême violence. Comment le comprendre ? La question jaillit dès les premiers mots - une accusation très forte, verset 7 : « tu as abusé de moi », que l’on peut aussi traduire par « tu m’as violé ».

Ce texte est à classer parmi les « confessions » ou les « lamentations » du prophète. Depuis le XIX° siècle, on a identifié cinq textes dans les chapitres 11 à 20 du livre de Jr que l’on appelle ainsi. Tous sont écrits à la première personne et celui qui s’y exprime se plaint de sa situation, de son ministère.

Jr 20, 7-18 se situe au milieu d’un conflit sur la légitimité de la parole prophétique : Pashehour traite Jérémie de faux prophète. En Jr 21,1 on retrouve Pashehour là où Jr 20,6 l’avait laissé, ce qui est surprenant. À l’origine, Jr 20,6 était suivi directement de Jr 21,1 ; Jr 20, 7-18 a été inséré entre les deux pour mettre en question la condition de porte-parole de Dieu.


1. Commentaire

• Les versets 7 à 13, traversés par le champ sémantique de la violence, de l’agression (« abuser ») constituent un premier ensemble d’un genre littéraire particulier - la complainte individuelle, courante dans les Psaumes : la plainte est exposée et tout à coup, on ne sait pourquoi, la confiance est affirmée. D’où vient cette confiance ? Correspond-elle à un changement d’avis ? À une intervention extérieure ?


Jr 20,7-18 n’est donc pas unique en son genre ; par contre ce qui est remarquable,  c’est que ce genre de texte soit introduit dans un livre prophétique. Comment expliquer cette particularité ? Ici, le prophète qui s’exprime ne supporte plus sa mission et se plaint ; si cela avait été une notice biographique, quelle aurait été sa fonction ? Cette plainte ne veut en tout cas pas satisfaire une sorte de voyeurisme théologique.

Qu’est-ce qui peut être à l’origine de l’insertion de ce texte ? Qu’est-ce qui est en jeu dans ces versets ? La parole de Yahvé qui provoque le rejet, l’exclusion de celui qui s’y réfère ; celui-ci est marginalisé, raillé y compris par ses intimes qui jouent le rôle de Dieu, verset 10 (« peut-être se laissera-t-il violer ? », comme au verset 7). Ce texte insiste sur le fait que dire la parole de Dieu apporte le malheur ; celui qui doit transmettre cette parole conçoit sa mission comme une agression.

Dans le «je» du prophète s’exprime un groupe de prophètes qui, au sein de la société, ne trouvent pas l’accueil qu’ils voudraient. Derrière le prophète il faut entendre un groupe qui se réfère à lui mais n’est pas écouté.

Il semble d’abord que les versets 11 et suivants apportent une ‘solution’ : le Seigneur est un « guerrier redoutable » qui va rendre possible une sortie du conflit.

Le verset 13, au pluriel (« Chantez au Seigneur ! Louez le Seigneur ! ») s’adresse à ce groupe qui se réfère à la parole prophétique et s’identifie au prophète.  Il s’agit peut-être de ceux que l’on nomme les « pauvres », un terme technique à l’époque perse pour designer un groupe, une sorte de secte qui a une certaine conception de la parole de Yahvé, qui refuse la culture ambiante perse et hellénistique et se retrouve en porte à faux avec cette culture.

Le passage de la complainte à la confiance se retrouve dans plusieurs Psaumes, le 22 notamment ; l’affirmation de la confiance n’y est peut-être pas un ajout, cela veut dire que la confiance ne règle pas tout.

• Les versets 14 à 18, encadrés par le terme de « jour », plus qu’une complainte sont une malédiction. Or, dans l’Antiquité, prononcer une malédiction n’est pas un acte purement verbal. C’est faire venir la malédiction, le malheur au moment où il est dit ; c’est la chose la plus grave que l’on puisse dire. Jr 20,14 et suivants est assez proche du livre de Job, au chapitre 3 : « Job ouvrit sa bouche et maudit  le jour de sa naissance ».

Le verset 14 renvoie au chapitre 1 : tout ce qui est mis en place dans ce premier chapitre est mis en question, nié par le prophète ici. Que le jour de naissance soit maudit se comprend dans la culture antique où les jours, comme les étoiles, sont personnifiés, font partie de l’armée céleste.

Puis, verset 15, c’est l’homme qui a annoncé la naissance qui est maudit. Pourquoi ne trouve-t-on pas ici de malédiction contre le père ? Certainement pour respecter le tabou concernant les parents (voir Dt 27,16).

Le verset 16 fait référence au renversement de villes telles Sodome et Gomorrhe, en Genèse 19, qui met en scène un certain type de retour au chaos par le feu.

Au verset 17, « et lui » pose un problème d’interprétation ; il s’agit vraisemblablement de Dieu. Le texte va très loin puisqu’il s’attaque à Dieu, certes sans le nommer puisque dans la pensée antique, il n’est pas pensable de maudire Dieu 1.

La mère, figure maternelle, est également niée et à travers elle toute perpétuité.

Ces propos extrêmement durs étaient certainement totalement insupportables à l’époque : ils mettent en question tout ce qui fait les valeurs de la culture d’alors. La mort se substitue à la vie, c’est l’appel au chaos.

Le verbe « connaître » au verset 18 renvoie au même verbe utilisé au chapitre 1, dans le récit de vocation, mais ici tout entier tourné vers « peine et affliction ». Finalement, son « pourquoi » reste sans réponse. Le texte se termine sur un point d’interrogation. Il n’y a pas de Happy end, mais un cri de détresse.

Le livre continue et Jérémie annonce encore la parole mais il n’y aura pas de solution, pas de réponse à la question du prophète. Aucun narrateur n’intervient pour donner la solution. Nous avons là un parallèle avec le livre de Job où il n’y a pas non plus de solution théorique. Les questionnements ne sont pas censurés ni intégrés dans une théologie qui donnerait une solution au  problème.

On peut dire que ce texte prépare Jr 37 et chapitres suivants - Jérémie persécuté par la foule et les rois, mais il va aussi bien au-delà du livre.

2. Pourquoi de tels textes dans la Bible ?

Pourquoi avoir laissé dans la Bible des textes qui blasphèment ? Ce que dit le prophète ici, peu de personnes oseraient l’exprimer. Traiter Dieu de salaud, lui dire qu’il est insupportable, qui de nous s’adresse ainsi à Dieu ? Pourtant, c’est bien dans la Bible ! Et ce type de discours se trouve légitimé par Dieu lui-même dans le livre de Job, puisqu’il y déclare que Job a parlé «juste» de lui, contrairement aux amis qui recourent aux doctrines traditionnelles.

Il est difficile de cerner de près la situation historique en arrière plan car les images utilisées sont stéréotypées. Ce texte renvoie-t-il, comme les Psaumes du même genre littéraire, à la situation de détresse d’un individu ou s’agit-il d’une sorte de formulaire liturgique mis à la disposition de personnes qui souffrent et ne parviennent pas à s’exprimer d’elles-mêmes ?

La fonction de ce texte est de donner la parole à ceux qui n’ont pas de mots pour dire leur souffrance, leur cri de détresse. Ainsi, dans le « je » du prophète se trouve exprimée et légitimée la souffrance de ceux qui n’ont pas la parole.

Un tel texte est nécessaire à la foi car il permet de dire tout ce que l’on a à dire à Dieu, sans censure.

Si l’on considère le contexte littéraire de ce texte, on constate que le livre prophétique devient de moins en moins défini puisqu’on y intègre ce genre de texte. Cela offre également la possibilité  d’y intégrer d’autres textes.

Le livre de Jr a eu un impact considérable, aussi important que les textes du serviteur souffrant du deuxième livre d’Esaïe. Bien plus tard, à l’époque de l’évangile de Matthieu (fin du I° siècle) on connaît apparemment le midrash du martyre du prophète (cf. la passion de Jésus et le cri de Jésus sur la croix).

Jr 20,7-18 est un texte ouvert qui se termine sur une question pour laquelle le lecteur lui-même doit élaborer une réponse. C’est une stratégie que l’on trouve souvent dans la Bible, par exemple dans les «pourquoi» du livre de l’Exode qui restent sans réponse.


• Document 6
Guide pour la lecture en groupe de Jérémie 7,1-15 et 26,1-24


1. Lire à voix haute ces deux textes (une personne par texte).

2. Comparer ces deux textes : relever similitudes et différences.

3. Relever précisément ce qui est dit du temple dans chacun des textes et comparer les propos.


 • Document 7
« Le prophète et les institutions politiques et religieuses de son temps ( Jérémie 7,1-15 et 26,1-24), par Thomas Römer (1)

Les deux récits sont liés l’un à l’autre mais ont des visées différentes. 


Jr 7,1-15 s’inscrit dans les chapitres 7,1 à 8,3 qui traitent la question des cultes légitimes et illégitimes ; ce passage insiste sur le message du Seigneur et ne relate pas de réactions des auditeurs. Celles-ci apparaissent par contre au chapitre 26 qui reprend des termes et thèmes de Jr 7,1-15.


Pourquoi les chapitres 7 et 26 sont-ils séparés alors qu’ils s’intéressent au même événement ? Ainsi disjoints, ils introduisent chacun deux grandes unités du livre : Jr 7-24 (oracles du prophète) et Jr 26-45 (nombreux récits). Ce fait souligne également l’importance de la question du Temple - question qu’on ne pouvait ni traiter ni régler en une fois, tant elle est grave, sur les plans théologique, culturel et social. De plus, Dieu est déclaré ici être l’agent de la destruction de l’édifice, ce qui relève du blasphème. Ce point de vue s’oppose à celui exprimé dans le livre d’Esaïe et les Psaumes selon lequel Dieu gardera sa montagne sainte.


1. Jérémie 7,1-15

Ce chapitre porte-t-il un jugement contre le Temple ou contre une certaine conception du Temple ?

• Les versets 1 à 7

Les versets 1 et 2 ne sont que dans le texte massorétique.

Le leitmotiv « Faites bons vos chemins… je vous ferai habiter dans ce lieu » qui apparaît pour la première fois au verset 3 est modifié dans le texte de la Vulgate qui traduit : « J’habiterai avec vous ». Pourquoi cette différence ? Si l’on considère que ce texte a été écrit après l’Exil, en Diaspora, la première version indique aux déportés ce qu’il aurait fallu faire pour éviter l’Exil et exprime l’espoir d’habiter de nouveau dans ce lieu. La Vulgate, elle, a fait un autre choix de lecture, elle pense le texte écrit sous le règne de Yoyaqim ; elle a donc corrigé le texte massorétique en gommant la mention du « lieu » puisque les destinataires se trouvent à Jérusalem.

Ce « lieu », très présent dans ces versets (voir plan en annexe), quel est-il ?

Dans la Bible, ce terme évoque très souvent un lieu saint, un sanctuaire. Ici, il désigne d’abord le Temple puis, dans le fil du discours, le signifié se modifie et s’élargit jusqu’à devenir « le pays que j’ai donné à vos pères » (verset 7). Le Temple et le pays se trouvent ainsi associés, leur destin est lié : ce qui va arriver au Temple va arriver au pays. On a ici un écho des réflexions théologiques menées après l’Exil, au temps de la dispersion.

• Les versets 8 à 15

La première partie du discours (versets 1 à 7) fixe les conditions nécessaires pour habiter dans ce « lieu » - Temple et pays. La seconde partie (versets 8 à 15) s’ouvre sur un constat : « Vous vous fiez à des paroles mensongères ». L’exhortation laisse la place à l’accusation ; les conditions fixées dans la première partie ne sont plus valables puisqu’ils n’ont pas écouté.

Fait tout à fait étonnant, Dieu lui-même annonce la destruction du Temple en donnant des raisons d’ordres social et cultuel. Précisons que ce n’est pas le Temple en soi qui est contesté ici, mais une certaine conception du Temple. Dans l’Antiquité, un temple est conçu comme un lieu magique, offrant sécurité et refuge. Jr 7 conteste cette vision des choses, brise cette idée sécurisante qui dispense les hommes de vivre selon la justice sociale et la fidélité religieuse, sous prétexte que le Temple les protège de tout (en 2 R 18-20, par exemple, on célèbre la protection de Jérusalem lors de l’assaut assyrien).

Ce texte nous fait connaître les questions suscitées par la destruction de Jérusalem, du Temple et par l’Exil : Qui est responsable de toutes ces catastrophes ? Les dieux étrangers ? Non, c’est le Dieu d’Israël lui-même.

Le sanctuaire de Silo a été détruit lors de l’invasion assyrienne. Mais pour les rédacteurs deutéronomistes (style et théologie du Deutéronome) de ce texte, sa destruction doit dater d’avant la construction du Temple de Jérusalem ; ils considèrent en effet qu’il ne peut y avoir qu’un sanctuaire. Les « autres dieux » (encore un expression fréquente dans le Deutéronome) ne sont pas nommés, ce qui permet au texte de rester actuel pour tout lecteur ; à l’origine, l’expression désignait les divinités assyriennes dont on ne pouvait prononcer le nom pour des raisons politiques.

2.  Jérémie 26, 1-24 

L’accent est mis ici sur les auditeurs du discours. Ceux-ci sont d’abord désignés par leur appartenance à trois groupes : peuple, prophètes et prêtres.

Le texte est daté du « début du règne de Yoyaqim » - mention qui indique que la succession des textes dans le livre de Jr ne se fait pas selon la chronologie. Le chapitre 24 par exemple est daté d’après 587.

La première réaction des trois groupes est très forte : « il a signé son arrête de mort », il est accusé de blasphème. Arrive un quatrième groupe (verset 10), les « autorités de Juda » (ministres, gens de la cour), qui est informé de la situation.

Jérémie reprend la parole (verset 12) et légitime son discours auprès des autorités et du peuple. Il ne s’adresse plus aux prêtres et prophètes car il a perdu espoir de les convaincre. Il y a désormais deux groupes : les autorités et le peuple / les prêtres et les prophètes.

A partir du verset 16, les autorités et le peuple prennent la défense de Jérémie auprès des prêtres et prophètes. À l’appui de leur plaidoirie, une prophétie du livre de Michée. Cette citation d’un autre livre prophétique à l’intérieur d’un livre prophétique est un cas unique. En se référant à ce cas antérieur, le texte crée une opposition entre Ezéchias et Yoyaqim en ce qui concerne leur comportement par rapport au prophète.

Un nouvel élément intervient, on parle encore d’un prophète - Ouriyahou. Celui-ci n’est pas un faux prophète puisqu’il prophétise au nom du Seigneur. Il s’enfuit en Égypte où Jérémie va aller pour échapper à la mort. Ce thème des prophètes envoyés par Dieu et rejetés est cher aux deutéronomistes.

Le verset 24 indique que Jérémie jouit de la protection du fils de Shafân. La famille Shafân s’intéresse beaucoup à Jérémie. En Jr 36, les Shafanides amènent le rouleau de Jérémie au roi ; ils sont préoccupés par la protection des prophètes et du livre. Les deutéronomistes sont liés à cette famille et à ceux qui gravitent autour d’eux.

Dans ce même verset, ce que la TOB traduit pas « des gens » est le mot hébreu « peuple », comme dans le reste du texte. L’attitude fluctuante de ce groupe met en évidence une certaine ambiguïté du comportement des auditeurs vis à vis du discours prophétique.

Pourquoi a-t-on cité Michée ici ? Selon le critère du Deutéronome, Michée à son époque est un faux prophète car la destruction annoncée de Jérusalem n’a pas eu lieu. En citant ce cas Jr montre que cette conception de vraie et fausse prophétie ne fonctionne pas et veut faire réfléchir à ce qu’est une prophétie de jugement. Celle-ci, pour Jr, n’a pas une fonction prédictive mais pédagogique, pour amener ses destinataires à changer et Dieu, du même coup (verset 19). La prophétie de jugement repose sur la conviction que le changement est possible.

Finalement, les deux textes peuvent être caractérisés de la façon suivante :

Jr 7,1-15 nomme les raisons de la destruction du Temple et exhorte au respect de la Torah, pour éviter d’autres catastrophes.

Jr 26, 1-24 légitime le prophète et la parole prophétique et montre les diverses réactions face à cette parole. Ce texte souligne qu’il ne faut pas attendre de changement de la part des «autorités.


  Document 8
Jérémie et les autres livres prophétiques, par Thomas Römer (1)

Contrairement aux livres d’Amos, Osée, Sophonie et d’autres encore qui ont une assez grande homogénéité littéraire (principalement oracles de jugement et visions), le livre de Jérémie contient une grande diversité de genres littéraires.

Traditionnellement, les livres prophétiques ne développent pas de récits sur le prophète et sa vie, à l’instar des textes anciens qui ne s’intéressent pas à la personne du prophète. Or le livre de Jérémie accorde une large place à Jérémie.

Comparé aux autres livres prophétiques, ce qui frappe encore dans Jr, ce sont les grandes unités littéraires ; les oracles deviennent de véritables discours, comme dans le Deutéronome.

Les « lamentations » ou « confessions » qui sont un autre trait caractéristique de ce livre, introduisent une notion importante : être  prophète de Yahvé n’est ni agréable et ni facile !

Autre trait spécifique : la Torah y est omniprésente, alors qu’elle est absente dans Amos, Osée, Sophonie. Le prophète devient un prédicateur de la Torah. On a affaire ici au même milieu producteur que dans le Pentateuque. Ces théologiens partagent la même conviction : la Torah est le centre de la Bible et les prophètes sont au service de la Torah.

Ainsi, les deux parties de la Bible hébraïque qui suivent le Pentateuque s’ouvrent toutes les deux avec une référence à la Torah : Josué 1,8 « Ce livre de la Torah ne s’éloignera pas de ta bouche… » et le Psaume 1, 2 « Heureux l’homme qui se plaît à la Torah du Seigneur… »

Jérémie est conçu comme étant le dernier des prophètes ; les livres prophétiques vont se substituer à ceux-ci à l’époque perse . Selon le Talmud, l’Esprit du Seigneur s’est retiré et a été donné aux scribes, aux sages, c’est-à-dire à ceux qui éditent les livres des prophètes. Jérémie est présenté comme un nouveau Moïse qui donne accès à la Torah et après lequel le livre remplacera les prophètes.

Se trouve signifié de cette façon le refus d’une prophétie apocalyptique, eschatologique (dans le judaïsme, le livre de Daniel n’a pas été intégré parmi les livres prophétiques).

Soulignons encore l’apparition d’oracles de salut en plus grand nombre (chapitres 30 à 33), avec l’annonce, notamment, de la « nouvelle alliance » (31,31-34) - expression qui donnera son nom au NT.

Ces oracles répondent à la question : un avenir est-il possible après la catastrophe de l’Exil ?

Plusieurs réponses sont apportées ; celles-ci tournent autour de la définition du vrai Israël :

- Selon Jr 24, l’avenir passe par les exilés (les « figues ») qui seuls constituent le vrai Israël ;

- curieusement Jérémie, en Jr 37-43, choisit de rester dans le pays, c’est-à-dire avec « les mauvaises figues » et la vie devient possible aussi dans le pays.

On a donc deux visions contradictoires que les éditeurs du livre n’ont pas effacées : les rédacteurs deutéronomistes pensent que le vrai Israël est à Babylone (selon 2R 24, tout Juda est exilé) ; les autres légitiment ceux qui sont restés au pays. Les éditeurs soutiennent l’idée qu’il y a différents endroits de vie possible. Pas très uniforme

Le Titre de ce week-end - « Le livre de Jérémie entre résistances et soumissions » - résume bien ce livre prophétique, c’est en effet un refrain qui traverse toute cette œuvre. Dans le récit de vocation, Jérémie n’a pas le choix, il ne peut que se soumettre, mais dans d’autres récits, la résistance s’exprime (Jr 20 par exemple). 


 
© Service Biblique de la Fédération Protestante de France / SBEV, Bulletin Information Biblique n° 60 (Juin 2003), p. 11.

Pour lire la première partie de ce dossier

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(1) Toutes les interventions de Thomas Römer dans ce dossier ne reproduisent pas des textes écrits par T. Römer lui-même, mais des notes prises en cours de séance lors de ses interventions orales, et qu'il a relues ensuite.
 
Jr 7,15
15Je vous rejetterai loin de moi comme j'ai rejeté tous vos frères, toute la descendance d'Ephraïm.
Jr 20,7-18
7SEIGNEUR, tu as abusé de ma naïveté, oui, j'ai été bien naïf ; avec moi tu as eu recours à la force et tu es arrivé à tes fins. A longueur de journée, on me tourne en ridicule, tous se moquent de moi.
8Chaque fois que j'ai à dire la parole, je dois appeler au secours et clamer : « Violence, répression ! » A cause de la parole du SEIGNEUR, je suis en butte, à longueur de journée, aux outrages et aux sarcasmes.
9Quand je dis : « Je n'en ferai plus mention, je ne dirai plus la parole en son nom  », alors elle devient au-dedans de moi comme un feu dévorant, prisonnier de mon corps ; je m'épuise à le contenir, mais n'y arrive pas.
10J'entends les propos menaçants de la foule - c'est partout l'épouvante : « Dénoncez-le ! » - « Oui, nous le dénoncerons ! » Tous mes intimes guettent mes défaillances  : « Peut-être se laissera-t-il tromper dans sa naïveté, et nous arriverons à nos fins, nous prendrons notre revanche. »
11Mais le SEIGNEUR est avec moi comme un guerrier redoutable ; mes persécuteurs trébucheront et n'arriveront pas à leurs fins. Ils seront couverts de honte - ils ne réussiront pas. Déshonneur à jamais  ! On ne l'oubliera pas.
12SEIGNEUR de l'univers, toi qui examines le juste, qui vois sentiments et pensées, je verrai ta revanche sur eux, car c'est à toi que je remets ma cause.
13Chantez au SEIGNEUR  ! Louez le SEIGNEUR  ! Il délivre la vie des pauvres de la main des malfaiteurs.
14Maudit, le jour où je fus enfanté  ! Le jour où ma mère m'enfanta, qu'il ne devienne pas béni !
15Maudit, l'homme qui annonça à mon père : « Un fils t'est né ! » - Et il le combla de joie !
16Que cet homme devienne pareil aux villes que, de façon irrévocable, le SEIGNEUR a renversées  ! Qu'il entende au matin des appels au secours et à midi des cris de guerre !
17Et Lui, que ne m'a-t-il fait mourir dès le sein ? Ma mère serait devenue ma tombe, sa grossesse n'arrivant jamais à terme.
18Pourquoi donc suis-je sorti du sein, pour connaître peine et affliction, pour être, chaque jour, miné par la honte ?
Jr 26,1-24
1Au début du règne de Yoyaqim, fils de Josias, roi de Juda, la parole que voici arriva de la part du SEIGNEUR  :
2Ainsi parle le SEIGNEUR  : Tiens-toi dans le parvis de la Maison du SEIGNEUR et prononce contre tous les habitants des villes de Juda qui viennent se prosterner dans la Maison du SEIGNEUR toutes les paroles que je t'ordonne de prononcer à leur sujet, sans rien en supprimer.
3Peut-être écouteront-ils et se convertiront-ils un à un de leur mauvaise conduite, pour que je puisse renoncer au malheur que je pense leur infliger à cause de leurs agissements pervers.
4Tu leur diras : Ainsi parle le SEIGNEUR  : Si vous n'êtes pas attentifs à suivre les directives que je vous propose,
5si vous n'écoutez pas les paroles de mes serviteurs les prophètes que je vous envoie inlassablement - et vous n'écoutez pas -,
6alors je traiterai cette Maison comme j'ai traité Silo et je ferai de cette ville un exemple cité dans les malédictions chez toutes les nations de la terre.
7Les prêtres, les prophètes et tout le peuple écoutaient Jérémie pendant qu'il prononçait ces paroles dans la Maison du SEIGNEUR.
8Quand Jérémie eut achevé le discours que le SEIGNEUR lui avait ordonné de prononcer à l'adresse de tout le peuple, alors les prêtres et les prophètes - et tout le peuple - se saisirent de lui en disant : « Tu as signé ton arrêt de mort.
9Tu oses prophétiser au nom du SEIGNEUR  : Cette Maison deviendra comme Silo, et cette ville sera rasée, vidée de ses habitants ! » Tout le monde s'attroupa autour de Jérémie dans la Maison du SEIGNEUR.
10Ayant appris ces événements, les autorités de Juda montèrent du palais au temple et prirent place à l'entrée de la porte Neuve du temple.
11Les prêtres et les prophètes dirent aux autorités et à tout le peuple : « Cet homme mérite la peine capitale : il profère contre cette ville les oracles que vous avez vous-mêmes entendus. »
12Jérémie dit aux autorités et à tout le peuple : « C'est le SEIGNEUR qui m'a envoyé pour parler comme prophète contre cette Maison et contre cette ville tout ce que vous avez entendu.
13Mais maintenant, améliorez votre conduite, votre manière d'agir, écoutez l'appel du SEIGNEUR votre Dieu, et le SEIGNEUR renoncera au malheur qu'il a décrété contre vous.
14Quant à moi, je suis en votre pouvoir ; faites de moi ce qui vous plaît, ce qui vous paraît juste.
15Sachez bien cependant que, si vous me tuez, vous serez coupables - vous-mêmes, cette ville et ses habitants - du meurtre d'un innocent, car c'est vraiment le SEIGNEUR qui m'a envoyé prononcer toutes ces paroles pour que vous les entendiez. »
16Les autorités et tout le peuple dirent aux prêtres et aux prophètes : « Cet homme ne mérite pas la peine capitale : c'est au nom du SEIGNEUR notre Dieu qu'il nous a parlé. »
17Quelques anciens du pays se levèrent alors pour dire à toute la foule attroupée :
18« Michée de Morèsheth qui exerçait le ministère prophétique au temps d'Ezékias, roi de Juda, a dit à tout le peuple de Juda : Ainsi parle le SEIGNEUR de l'univers : Sion sera labourée comme un champ, Jérusalem deviendra un monceau de décombres, et la montagne du temple, une hauteur broussailleuse.
19Le roi de Juda Ezékias et son peuple l'ont-ils mis à mort ? N'a-t-on pas plutôt montré du respect pour le SEIGNEUR en s'appliquant à l'apaiser ? Et le SEIGNEUR a renoncé au malheur qu'il avait décrété contre eux. Mais nous, nous allions nous mettre en très mauvaise posture. »
20Il y eut un autre homme qui prophétisait au nom du SEIGNEUR  : Ouriyahou, fils de Shemayahou de Qiryath-Yéarim. Il proféra contre cette ville et contre ce pays des oracles semblables à ceux de Jérémie ;
21le roi Yoyaqim, avec ses gardes et ses ministres, les ayant entendus, chercha à le tuer. Ouriyahou, mis au courant, eut peur, il s'enfuit et se rendit en Egypte.
22Mais le roi Yoyaqim envoya des hommes en Egypte : Elnatân fils de Akbor et quelques autres avec lui, jusqu'en Egypte.
23Ils firent sortir Ouryahou d'Egypte et l'amenèrent au roi Yoyaqim. Celui-ci l'exécuta et jeta son corps dans la fosse commune.
24Quant à Jérémie, il jouissait de la protection d'Ahiqam, fils de Shafân, aussi ne fut-il pas livré au pouvoir des gens qui voulaient sa mort.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org