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Analyse narrative
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Rolin Patrice
L'analyse narrative : travail en groupe, 3
Fiche de travail
 
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Permettre au groupe d'échanger sur l'effet produit sur les lecteurs que nous sommes...
 

Cette suggestion de parcours à partir du récit de Marc 7, 24-30 fait suite à celles proposées dans les BIB 62 ([_REF:975] › › › Pour lire cet article) et 63 ([_REF:971] › › › Pour lire cet,article), les observations et découvertes des étapes précédentes étant considérées comme acquises. Nous abordons ici la temporalité, la voix narrative et le rôle du lecteur. Les consignes et questions ci-dessous ont pour but de permettre au groupe d'échanger sur l'effet produit sur les lecteurs que nous sommes par tel ou tel élément du récit. Les consignes évitent volontairement les termes techniques de l'analyse narrative.

1. La temporalité

(Précisons à nouveau qu'il ne s'agit pas des indications temporelles relevées dans l'étude du cadre du récit mais de la façon dont le récit conserve ou bouleverse l'ordre des événements, les condense ou les développe). 

• Quels sont les événements et les différentes actions évoqués dans le récit ? Quelle est leur durée imaginable “ dans la réalité ” ? 

- Quelle place (nombre de mots ou de versets) le narrateur leur accorde-t-il ?   

- Cette place est-elle proportionnelle à leur durée estimée ? 

• L'ordre des actions et événements racontés par le récit suit-il leur déroulement chronologique “ réel ” ? 

• Certaines actions ou certains événements uniques sont-ils racontés plusieurs fois ? 

• Comment interpréter ces variations dans la “ vitesse ” du récit ? 

- Sur quoi est attirée l'attention du lecteur ? 

2. La voix narrative  

• Que révèle le narrateur sur les différents personnages du récit ? 

- En quoi ces informations sont-elles importantes pour la compréhension du récit ? 

• Au milieu du récit, que vient faire cette histoire de petits chiens qui mangent du pain sous la table ? 

- Quel rapport cette brève histoire à l'intérieur du récit entretient-elle avec l'ensemble du récit ?

• Au-delà des limites de Mc 7, 24-30, dans les chapitres qui précèdent et qui le suivent, d'autres épisodes de l'évangile de Marc font-ils écho à notre récit ? Lesquels ? Comment ? 

• Le récit contient-il des citations ou des réminiscences de texte de l'Ancien Testament ? Les lire, et comparer avec l'épisode étudié. 

• Le narrateur propose-t-il, implicitement ou explicitement une évaluation des paroles ou des actions des personnages ? 

3. Le texte et son lecteur 

• En quoi le fait que l'épisode appartienne à l'évangile de Marc oriente-t-il sa lecture ? 

- Les 7 premiers chapitres de l'évangile préparent-ils le lecteur à cet épisode ? Comment ?

- Reconstituer ensemble les différents éléments que l'on peut trouver dans un récit de miracle type. Comparer avec le récit étudié. 

- Le narrateur joue-t-il avec la capacité de prévision du lecteur ? Qu'est-ce qui surprend dans ce récit ? 

• Qu'est-ce que le texte ne dit pas ? 

- Que laisse-t-il aux bons soins du lecteur à compléter concernant la vraisemblance, la logique des actions, le langage symbolique… ? 

- Quel travail interprétatif ce récit laisse-t-il au lecteur ? 

• Quelles sont les compétences, connaissances ou informations indispensables pour comprendre ce récit ? 

- Lesquelles sont données par le récit ? Par l'ensemble de l'évangile de Marc ? Ou sont supposées aller de soi ? 

- À quel lecteur implicite se destine le récit ?

• Le récit met-il en parallèle, en opposition ou en concurrence certains de ses personnages ? 

-  De quel personnage nous sentons-nous le plus proche / le plus éloigné ? 

- Quelles possibilités d'identification le récit propose-t-il à son lecteur ? 

- Que cherche-t-il à construire ou à déconstruire chez le lecteur ? À quels déplacements, à quelles nouvelles compréhensions, ou au contraire à quels renforcements des conviction le récit invite-t-il ? 

On aura compris que cette dernière volée de questions posées au texte ouvre la voie à son appropriation par le lecteur. Mais ici s'arrête la tâche de l'analyse narrative et commence le travail d'interprétation auquel tout lecteur est convié. Car “ un texte est un mécanisme paresseux (ou économique) qui vit sur la plus-value de sens qui y est introduite par le destinataire”.



© Patrice Rolin, SBEV / FPF, Bulletin Information Biblique n° 64 (juin 2005), p, 7.

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Mc 7,24-30
24Parti de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il entra dans une maison et il ne voulait pas qu'on le sache, mais il ne put rester ignoré.
25Tout de suite, une femme dont la fille avait un esprit impur entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds.
26Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance. Elle demandait à Jésus de chasser le démon hors de sa fille.
27Jésus lui disait : « Laisse d'abord les enfants se rassasier, car ce n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. »
28Elle lui répondit : « C'est vrai, Seigneur, mais les petits chiens, sous la table, mangent des miettes des enfants. »
29Il lui dit : « A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille. »
30Elle retourna chez elle et trouva l'enfant étendue sur le lit : le démon l'avait quittée.
Mc 7,24-30
 
Vidéo
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