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Bible
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Pastorale biblique
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Vatican II
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Oporto Santiago Guijarro
La Bible au centre de la pastorale et de la vie de nos églises
Théologie
 
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Le concile Vatican II a remis la Parole de Dieu au centre de la vie de l'Église
 
I - « Faim d'écouter la Parole du Seigneur » (Am 8,11)
Le point de référence pour comprendre la place de la Bible dans la Pastorale et dans la vie de nos églises est, sans aucun doute, la Constitution "Dei Verbum". Le conceptclé de ce document conciliaire est celui de révélation, entendu en termes de conversation : « Dans cette Révélation le Dieu invisible s'adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu'à des amis, il s'entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie » (DV 2). L'image de la conversation, qui est développée tout au long du document, apporte une nouvelle compréhension de la révélation divine en la décrivant comme un processus dans lequel l'homme joue un rôle important. Dans le dynamisme de la révélation, il n'est pas suffisant que Dieu se fasse connaître. Il est nécessaire également que sa révélation soit accueillie avec foi, et que, de cette façon, naisse un vrai dialogue.

Ce dialogue intime et profond entre Dieu et l'homme, dans lequel se révèle l'être même de Dieu et son projet d'amour, est le cadre dans lequel nous devons nous situer puisque c'est le cadre théologique dans lequel la Constitution "Dei Verbum" situe les recommandations pastorales de son chapitre 6 qui traite de « La Sainte Écriture dans la vie de l'Église ». Et précisément, dans ce chapitre, on parle de la façon de répondre à la révélation de Dieu manifestée dans les Saintes Écritures.

L'affirmation centrale de ce chapitre 6, dont découlent les orientations concrètes, est que « toute la prédication de l'Église, comme toute la vie (religio) chrétienne doit être alimentée et régie par la Sainte Écriture » (DV 21). Le chapitre commence et se termine en mettant en lien l'Écriture avec l'Eucharistie, dans laquelle l'Église n'a jamais cessé de puiser et de distribuer à ses fidèles le pain de vie qu'elle offre à la table de la Parole de Dieu comme à celle du Corps du Christ (DV 21). Cette double table offerte aux fidèles dans l'Eucharistie est celle qui nourrit l'Église et lui donne vie (DV 26). Ces affirmations montrent bien la place centrale des Saintes Écritures dans la vie de l'Église.

Les recommandations concrètes du reste du chapitre sont une conséquence de cette affirmation. Elles sont importantes, mais nous ne devons pas en rester à elles. Le plus important est l'affirmation centrale, parce qu'elle renferme des implications que le Concile n'a pu expliciter alors, et qui peuvent et doivent être concrétisées à mesure que se présentent de nouvelles situations. Tel est le défi auquel nous sommes confrontés aujourd'hui : non seulement mettre en application les orientations du Concile, mais aussi développer les implications de son intuition fondamentale sur le rôle de la Bible dans la vie de l'Église et sur la dynamique de l'homme.

Trentecinq ans environ se sont écoulés depuis la promulgation de la Constitution "Dei Verbum" (1965), et il faut reconnaître que l'influence de ce document dans la pastorale et dans la vie de nos églises a été énorme

L'intérêt croissant du peuple chrétien pour aborder la Bible comme Parole de Dieu n'est pas un phénomène circonscrit à une aire géographique ou culturelle. Elle a surgi presque en même temps, et de façon indépendante, dans le monde entier. La lecture et la méditation de la Bible est une source de rénovation chrétienne et pastorale en Asie, en Afrique, en Europe et surtout en Amérique latine. Jamais auparavant dans l'histoire de l'Église, le peuple chrétien a manifesté un intérêt aussi généralisé pour la Bible. C'est pourquoi, à cette époque postconciliaire, mieux qu'à nulle autre, peuvent s'appliquer les paroles du prophète Amos : « Viendront des jours, oracle du Seigneur, où j'enverrai la faim à ce pays; non pas une faim de pain ni une soif d'eau, mais d'écouter la Parole du Seigneur » (Am 8,11).

Cependant, nous n'avons pas encore atteint le but. Il reste beaucoup de chemin à parcourir, et pour cela la question que le Pape a posé à tous les catholiques dans l'exhortation apostolique Tertio Millenio Adveniente est toujours d'actualité : « Dans quelle mesure la Parole de Dieu estelle parvenue à être pleinement l'âme de la théologie et l'inspiratrice de toute l'existence chrétienne, comme le demandait la constitution "Dei Verbum" ? » (TMA 36).

À cette même demande, les évêques européens ont tenté de répondre, il y a quelques années, dans une rencontre organisée par le Conseil des Conférences Épiscopales Européennes (CCEE) avec la collaboration de la Fédération Biblique Catholique. Le thème de cette rencontre qui se déroula en 1994 à Frelsing, en Allemagne), était le suivant : « La Sainte Écriture dans la vie des églises d'Europe aujourd'hui et demain ». (Voir le compte-rendu de cette rencontre dans le Bulletin Dei Verbum, n° 32 [1994]). Les conclusions recueillies dans son message final contiennent trois orientations qui identifient trois questions importantes du point de vue pastoral :

• comment faire pour que la Bible soit le fondement de toute l'activité pastorale;

• comment faire faire et enseigner à faire une lecture croyante de la Bible;

• comment former les divers ministres de la Parole.

Ces trois questions, qui émergèrent dans les communications et dans les échanges qui les accompagnaient ne furent pas développées systématiquement dans cette rencontre. Il serait souhaitable maintenant de les poser d'une façon plus explicite et de proposer quelques pistes à suivre en réfléchissant sur elles.

II - La Bible, fondement de l'action pastorale


Dans la redécouverte de la Sainte Écriture qui a eu lieu durant ces dernières années, nous avons parcouru un chemin dans lequel on peut distinguer trois façons de comprendre et de situer la Bible dans la vie de l'Église : le mouvement biblique, la pastorale biblique et l'animation biblique de toute la pastorale.

Dans les années précédant le Concile, le mouvement biblique promut la diffusion des textes bibliques, et on organisa des cours et des semaines pour divulguer la Bible afin de combler le plutôt possible le vide engendré par des siècles d'éloignement en ce qui concerne la Bible. Après le Concile, on passa du mouvement biblique à la pastorale biblique. La conscience théologique de ce que le texte biblique doit être accompagné d'une explication de ce même texte fit surgir de nombreuses initiatives de divulgation biblique à caractère pastoral. Cependant, cette pastorale biblique était comprise comme une pastorale jointe à d'autres pastorales spécifiques, et non pas comme un élément fondamental de toute la pastorale. La reconnaissance pratique et généralisée du fait que la Bible doit être mise au centre de toute la pastorale et de la vie de l'Église est quelque chose de relativement récent. Cela suppose de passer de la « pastorale biblique » à « l'animation biblique de toute la pastorale », puisque la Bible n'est pas l'objet d'une pastorale spécifique, mais qu'elle doit, comme dit le Concile, animer toute la vie de l'Église.

Parallèlement à cette évolution, l'Écriture devint de plus en plus présente dans les principaux secteurs de la vie de nos églises, particulièrement dans la liturgie et la catéchèse. Comme fruit de l'insistance même du Concile (DV 21; 25; 26), la liturgie de la Parole cessa d'être une formalité précédant la liturgie eucharistique et acquit une personnalité propre. Nous avons assisté aussi à un renouvellement profond de la catéchèse, passant de catéchismes basés sur des affirmations dogmatiques à d'autres qui partent de l'expérience de foi reflétée dans les textes bibliques. Tous ces signes rendent manifeste l'action de l'Esprit pour situer de nouveau la Parole de Dieu contenue dans les Saintes Écritures au centre de la vie et de la pastorale de nos églises.

Au plan de la liturgie, nous constatons que la proclamation de la Parole de Dieu ne réussit pas à susciter le dialogue entre Dieu et l'homme dont parle la constitution "Dei Verbum". Dans certains cas, cela est dû à la proclamation matérielle ellemême qui n'est pas suffisamment soignée. Ils est possible que le nombre des lectures soit excessif et qu'il soit alors difficile pour les fidèles de retenir ce qu'ils sont en train d'écouter. On insiste beaucoup sur le fait que l'homélie, dans n bien des cas, ne sert pas à rendre accessible le message de la Parole de Dieu pour nous aujourd'hui (DV 24; SC 35,2; 52). Mais la cause la plus importante est sans doute le manque d'initiation biblique chez l'immense majorité des fidèles. Sans une initiation de base il est pratiquement impossible que les auditeurs de nos célébrations comprennent ce qu'ils sont en train d'écouter et puissent découvrir dans les lectures qui sont proclamées un message pour leur vie. De fait, un des premiers fruits qu'on observe dans les groupes qui s'initient à la lecture de la Bible est qu'ils commencent à apprécier et vivre mieux la liturgie de la Parole.

On retrouve la même difficulté en ce qui concerne la catéchèse qui est l'autre domaine explicitement mentionné par le Concile (DV 24). Une enquête réalisée il y a quatre ans dans les pays d'Europe du Sud a donné comme résultat que, dans la majorité d'entre eux, les catéchismes étaient certes basés sur la Bible... mais que les catéchistes eux-mêmes lisaient peu la Bible et la connaissait mal. En outre, dans la catéchèse, on n'enseignait pas à lire la Bible (Voir les résultats de cette enquête dans le Bulletin Bulletin Dei Verbum  32 [1994], p. 910). Ne seraitce pas que nous avons transmis à nos catéchistes beaucoup de connaissances sur la Bible, mais que nous ne leur avons pas appris vraiment à la lire, et que nous n'avons pas su éveiller en eux le désir de sa méditation assidue? Nous reviendrons sur cet aspect plus loin pour parler de la formation des ministres de la Parole.

Malgré de gros efforts, la liturgie et la catéchèse n'arrivent pas à faciliter le dialogue entre Dieu et l'homme qui est le cœur même de la lecture chrétienne de la Bible. Nous découvrons à nouveau la nécessité d'une initiation à la lecture de la Bible, imitation qui ne peut consister seulement à transmettre des connaissances, mais qui doit être une véritable mystagogie, dans laquelle on apprend à découvrir l'Écriture comme Parole de Dieu qui s'adresse à nous. Et ce que nous affirmons sur la place de la Bible dans la liturgie et dans la catéchèse, nous pouvons l'affirmer également pour beaucoup d'autres initiatives de diffusion biblique. Le pas que nous devons faire pour que la Bible soit vraiment au centre de la vie et de la pastorale de nos églises consiste à faire en sorte qu'elle soit le centre de la vie de chaque croyant, et pour cela il est nécessaire de promouvoir une initiation à la lecture croyante de celle-ci.

III - La lecture croyante de la Bible

Durant ces années nous avons appris beaucoup de choses sur la Bible, mais nous n'avons pas appris à faire une lecture croyante de la Bible. Cela est un des problèmes de fond le plus importants, et qui conditionne le plus la place que la Bible occupe dans la vie et dans la pastorale de nos églises. Il est possible que nous n'ayons pas appris à faire une lecture croyante de la Bible, parce que les critères qui doivent guider cette lecture n'étaient pas clairs. Il s'agit d'un problème herméneutique qui suscite une foule de questions. Par exemple : comment découvrir dans des textes si anciens un message pour aujourd'hui? Qui est, (ou qui sont) le (ou les) sujet(s) de l'interprétation de la Bible? La pluralité des interprétations à laquelle donne lieu la lecture des mêmes textes dans des contextes différents est elle légitime? N'y atil pas un risque qu'une lecture croyante détourne les textes de leur sens original?

Les réponses à ces questions de caractère herméneutique nous sont données aujourd'hui dans trois domaines différents et complémentaires.

• Au plan pratique de la Pastorale, à travers les différents itinéraires pour lire la Bible qui ont surgi un peu partout.

• Au plan de la réflexion, à travers les personnes et les institutions dédiées à l'animation biblique.

• Enfin, la Commission Biblique Pontificale a abordé récemment cette question de fond et nous a offert une série de clés et de critères pour cette lecture chrétienne de la Bible. (Voir ce document de la Commission Biblique Pontificale (1993), L'interprétation de la Bible dans l'Église, Cerf, 1993, et tout  spécialement le chapitre IV).

Un élément commun à toutes ces réponses est la redécouverte de la Lectio Divina, type de lecture de la Bible pratiquée par les Pères de l'Église, et plus tard par les moines. Selon les paroles du document de la Commission Biblique Pontificale, la Lectio Divina peut se définir comme : « Une lecture individuelle ou communautaire d'un passage plus ou moins long de l'Écriture, accueillie comme Parole de Dieu et qui se développe sous la motion de l'Esprit Saint en méditation, prière et contemplation » (p.114). Cette définition est dense. Elle parle des divers modalités de cette lecture (individuelle ou en groupe), de son objet (un passage de l'Écriture), des attitudes qu'elle requiert (l'Écriture doit être accueillie comme Parole de Dieu qui se développe sous la motion de l'Esprit Saint) et des étapes à suivre (lecture, méditation, prière et contemplation). Il n'est pas possible de faire ici une présentation détaillée de tous ces éléments. Il sera suffisant de signaler quelques fondamentaux.

• Première clé : partir d'une lecture respectueuse des textes
Une première préoccupation doit guider notre lecture de la Bible : un très grand respect de l'expérience foi de nos ancêtres qui s'y exprime.

La Bible naquit dans une culture différente de la nôtre, et à une époque très éloignée de la nôtre. Il faut y être très attentif afin d'éviter les manipulations subjectives des textes, qu'elles soient personnelles ou venant d'un groupe. Pour cela, il est nécessaire de tenir compte, à des niveaux divers, des méthodes et des approches mises en œuvre par l'exégèse durant ces dernières années. Dans ce type de lecture, on devra donner la priorité à ces méthodes qui aident à découvrir mieux l'expérience de foi qui est derrière le texte. Ce que le croyant cherche dans la Bible c'est, avant tout, l'expérience de foi qui a été cristallisée dans les livres de la Bible. La vérité que renferme les divers livres de la Bible n'est pas, pour le croyant, de type scientifique, ni même historique. C'est la vérité d'une expérience concrète que l'Église a reconnue comme exemplaire et dynamisante de la foi en recevant ces livres dans le canon des Écritures.

• Seconde clé : à partir de la vie et pour la vie
Le croyant ne lit pas la Bible pour savoir beaucoup de choses sur elle, mais pour comprendre et orienter sa propre vie. Pour cela, dans le processus de lecture chrétienne de la Bible, il est très important de partir de sa propre vie. De cette façon, on pose les bases pour un dialogue entre l'expérience reflétée dans les textes de la Bible et l'expérience de ceux qui la lisent aujourd'hui. La relecture que les premiers chrétiens firent de l'A.T. renferme cet enseignement important : « Les Écritures révèlent le sens des événements et... les événements révèlent le sens des Écritures » (L'interprétation de la Bible dans l'Église, p. 82). Quand nous affirmons que la Parole de Dieu est une parole vivante, nous voulons dire que ces expériences de foi du passé ont pour objet d'éclairer les expériences de foi de chaque génération, les expériences qui se vivent dans des situations personnelles diverses et dans des contextes sociaux divers. Pour cela, il est légitime de parler d'une pluralité d'interprétations, qui naît d'une lecture de la Bible dans des contextes différents (cf. L'interprétation de la Bible dans l'Église, p. 85). Cette pluralité d'interprétations révèle la richesse insondable de la Parole de Dieu qui est nouvelle à chaque génération.

• Troisième clé : une lecture ecclésiale
La dimension communautaire de la lecture chrétienne de la Bible pose le problème de savoir qui est le sujet de son interprétation. À qui incombe l'interprétation : aux experts, au magistère, aux simples fidèles eux-mêmes ? À qui Dieu révèle-t-il ses secrets... ? En réalité, le véritable interprète des Écritures est l'Esprit qui agit dans la communauté à travers les divers charismes. C'est pourquoi, dans la recherche de la signification du texte pour nous aujourd'hui, la communauté doit écouter les exégètes qui l'aident à lire le texte en le respectant. Mais elle doit aussi écouter les simples fidèles qui sont capables de mieux capter sa référence à la vie. Tout comme elle doit également écouter le magistère vivant de l'Église qui a reçu la charge d'interpréter authentiquement la Parole de Dieu (cf. L'interprétationde la Bible dans l'Église, pp. 9194 et 118; voir également DV 10). Dans ce contexte, la lecture individuelle, que recommande le Concile (DV 25) doit précéder la lecture communautaire pour la préparer, et doit la continuer dans la méditation, la prière et l'engagement.

• Quatrième clé : une lecture animée et illuminée par la foi
Dans une lecture chrétienne, cette perspective est fondamentale. C'est seulement à partir de la rencontre avec le ressuscité que l'on peut comprendre le sens profond des Écritures (Lc 24,32.35). Ceux qui ont fait l'expérience de la rencontre avec le ressuscité et lisent les Écritures à partir de cette certitude, découvrent en elles un sens plus profond parce qu'elles possèdent une lumière nouvelle et plus pénétrante qui les amène à une meilleure compréhension du mystère auquel elles se réfèrent. Il faut bien reconnaître que ce type de lecture se fait à partir de quelques présupposés qui la conditionnent, mais il faut dire aussi que la lecture qui voit en Jésus la clé et l'interprète des Écritures est cohérente avec la compréhension que les Écritures chrétiennes ont d'ellesmêmes. En abordant la Bible sous cet angle concret, nous la lisons avec le même Esprit dans lequel elle fut écrite, et nous sommes fidèles à l'intention de ses auteurs, dont le but principal fut de confirmer et de fortifier la foi des communautés auxquelles elles s'adressaient (voir Lc 1,4 et Jn 20,30-31).

IV - La formation des ministres de la Parole

Le troisième problème de fond souligné par les évêques au cours de la rencontre de Freising est celui de la formation des ministres de la Parole. Dans la pratique, la majorité des efforts ont été concentrés sur la formation des prêtres et des catéchistes. Ces initiatives ont énormément contribué à une meilleure connaissance de la Bible, à une plus juste appréciation de son importance pour la vie de l'Église, et à une redécouverte de ses richesses. Cependant les programmes tracés pour cette formation sont centrés principalement sur les contenus. Ils ne se préoccupent sans doute pas assez de la formation nécessaire pour pouvoir faire une lecture croyante de la Bible et des moyens à mettre en œuvre pour développer la motivation à la lire et la méditer assidûment. Or ces trois dimensions sont importantes, si nous voulons former des ministres de la Parole qui contribuent à situer la Bible au centre de la vie et de la pastorale de nos églises. Sur cellesci, je désire proposer quelques réflexions.

• Première dimension : la formation biblique
Elle consiste essentiellement à apprendre à transmettre des connaissances sur la Bible : sur le contexte historique et social dans lequel elle est née, sur les genres littéraires qu'elle utilise, et sur le message qu'elle renfermait pour ses premiers destinataires. C'est la dimension sur laquelle les programmes de formation insistent le plus. Malgré cela, il est nécessaire de continuer à réfléchir sur certains aspects. À ce niveau des contenus, se pose constamment le problème suivant : comment intégrer dans la formation des prêtres et des catéchistes les progrès constants qui se font dans le domaine de la recherche. Il manque par ailleurs une réflexion et un échange pour parvenir à des programmes plus unifiés et mieux pensés. Pour améliorer la formation biblique des catéchistes, des lecteurs et des autres ministères laïques, il faudrait mettre en commun les divers programmes et proposer de façon réaliste une série de contenus de base, indispensables pour une approche respectueuse de la Bible.

• Seconde dimension : la formation à la lecture croyante de la Bible
Cette seconde dimension ne se réfère pas aux contenus, mais à la façon de faire, à la forme de lecture qui est propre aux croyants. Un éclaircissement sur ce que devrait être cette formation à la lecture croyant de la Bible, et sur la façon dont elle pourrait concrètement se faire, ne serait pas inutile. Il faudrait y inclure les clés herméneutiques dont nous avons déjà parlé, et surtout enseigner à utiliser les itinéraires concrets pour faire en sorte que cette lecture produise un vrai dialogue entre Dieu et l'homme. Dans cet apprentissage il peut être très utile de connaître comment les Pères de l'Église, les moines et les maîtres spirituels lurent la Bible. Cette initiation ne peut être seulement théorique car la théorie doit être complétée par la pratique, et la pratique à son tour demande un accompagnement, surtout dans les premières étapes. C'est seulement de cette façon que l'on parviendra à une véritable et authentique initiation à la lecture croyante de l'Écriture.

• Troisième dimension : la lecture et la méditation assidue de l'Écriture
Une fois posés les fondements pour une compréhension respectueuse de la Bible (formation biblique) et pour une lecture chrétienne de celleci (initiation à une lecture croyante), il est nécessaire de donner aux ministres de la Parole eux-mêmes les moyens de continuer à lire et à méditer assidûment l'Écriture afin qu'ils fassent d'elle l'aliment de leur expérience personnelle. Dans la formation continue des divers ministères on peut trouver des moyens qui aident à cette lecture et méditation assidue de l'Écriture. Ainsi, par exemple, dans les réunions de prêtes, le fait de consacrer un moment à lire la Bible ensemble éveille le désir de poursuivre personnellement cette lecture de la Parole de Dieu. D'ordinaire les catéchistes apprécient que, de temps en temps, une de leur réunions soit consacrée à lire et à méditer ensemble un passage de l'Écriture en laissant  provisoirement de côté les questions pratiques qui, d'ordinaire, occupent la majeure partie du temps. Ce type d'initiatives aide les ministres de la Parole à être fidèles à une lecture et à méditation enrichissantes de la Parole de Dieu.

Conclusion
L'exhortation du Concile selon laquelle « toute la prédication de l'Église, comme toute la vie chrétienne doit être alimentée et régie par la Sainte Écriture » (DV 21) fut une parole prophétique, et a répondu à cette « faim de la Parole de Dieu » dont parlait le prophète Amos (8,11) et que l'Esprit Saint a fait surgir dans l'Église durant ces dernières années. Nous avons entamé une réflexion pour situer la Parole de Dieu au centre de la vie et de la pastorale de nos églises. Mais il reste beaucoup de chemin à parcourir. Le défi de rendre à la Bible la place qui lui revient, nous impose tout d'abord aujourd'hui la nécessité de continuer à retrouver la Lectio Divina, en même temps qu'une réflexion sur les critères qui doivent inspirer et guider la lecture croyante de la Bible. Il est nécessaire ensuite d'accentuer encore nos efforts pour réaliser une véritable initiation à la lecture de la Bible dans la catéchèse et dans les autres secteurs pastoraux. Enfin, pour que cela soit possible, il faudra continuer à parfaire la formation des ministres de la Parole en les initiant à ce type de lecture dans la théorie et dans la pratique.

© Santiago Guijarro Oporto, FPF / SBEV, Bulletin Information Biblique n° 53 (décembre 1999) p. 11.
 
(Trad. Nuria Calduch Benages)
 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org