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Traduction de la Bible
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Cousin Hugues
La "Bible d'Alexandrie" (traduction française de la Septante)
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Depuis 1986, une édition française des livres de la Septante (LXX) est en cours aux éditions du Cerf sous le titre « La Bible d'Alexandrie ». Pourquoi traduire en français la traduction grecque de la Bible ?
 

Depuis 1986, une édition française des livres de la Septante (LXX) est en cours aux éditions du Cerf sous le titre « La Bible d'Alexandrie » (en abrégé B.A.). Nous vous présentons ici les derniers volumes parus. En vingt-deux ans, la bonne cinquantaine d'universitaires attelés à cette tâche aura donc produit une quinzaine de livres. Nous sommes loin d'être au milieu du gué ! Saisissons néanmoins l'occasion pour souligner l'importance du travail accompli. Et d'abord, pourquoi traduire en français la traduction grecque de la Bible ?

À la suite de Saint Jérôme (347-419), l'Église d'Occident a reconnu la veritas hebraïca, le primat du « texte hébreu reçu », reconnu comme authentique par les autorités rabbiniques à la fin du Ier siècle de notre ère, et qu'on nomme le texte massorétique (TM). Les différentes traductions de l'Ancien Testament dont nous disposons aujourd'hui sont toutes faites sur le TM ; mais il y a aussi la question des textes qui n'existent qu'en grec, comme les livres des Maccabées ou celui de la Sagesse, entre autres.

Témoin de la fluidité rédactionnelle.
En fait, deux motifs conduisent à s'intéresser à la Bible grecque. Tout d'abord, celle-ci a vu le jour à Alexandrie, en Égypte, vers 275 av. J.-C., avec la traduction du Pentateuque (la Septante au sens strict du terme) d'où le nom de « Bible d'Alexandrie ». À cette époque, le texte hébreu présentait une fluidité rédactionnelle. Le canon des Écritures n'était pas encore clos. Le phénomène de clôture n'avait pas totalement séparé la transmission du texte et la glose/commentaire de celui-ci. Perceptible assez faiblement dans la traduction du Pentateuque, ce dernier phénomène se voit fort bien dans les Prophèteset éclate dans les autres Écrits.

C'est pourquoi les écarts entre TM et LXX ont deux causes distinctes. L'une vient naturellement à l'esprit : pour diverses raisons, les traducteurs grecs ont adapté le texte hébreu en fonction du lieu et de l'époque où ils travaillaient. Un exemple : là où Jr 1,2 TM mentionne « Josias, fils d'Amon, roi de Juda », le verset parallèle de LXX présente ce roi comme « fils d'Amos » ; c'est qu'en Égypte Amon était le nom d'une importante divinité et que les rois y étaient tenus pour fils d'un dieu. Le traducteur juif ne pouvait laisser son lecteur face à un tel contresens possible et il corrige légèrement le nom. La seconde cause est tout bonnement que les traducteurs disposaient d'un texte hébreu différent du TM que nous connaissons. Un exemple encore : Jr 33,18 est absent de LXX : « jamais les prêtres lévites ne manqueront de descendants qui se tiennent devant moi pour offrir l'holocauste... » ; en fait, c'est TM qui a été enrichi ici d'une glose destinée à étendre au sacerdoce l'alliance qui, dans l'histoire, touchait seulement les descendants de David. LXX reflète, dans ce cas précis, un texte hébreu plus ancien que TM. On comprend donc l'intérêt des chercheurs (y compris juifs) pour LXX : il lui arrive de refléter un texte hébreu antérieur au texte hébreu reçu. Mais c'est à chaque mot, à chaque verset, qu'il faut se poser le pourquoi de l'écart entre TM et LXX !

La Bible du Nouveau Testament.
Le second motif de l'intérêt porté à LXX est qu'elle fut largement la Bible des auteurs du Nouveau Testament, avant d'être celle des Églises, y compris en Occident puisque la Vetus latina,la veille version latine faite sur LXX, ne le cèdera complètement devant la Vulgate qu'à l'époque carolingienne. En outre, LXX est toujours la Bible de l'Église grecque et elle est largement sous-jacente à celles des Églises russe et orientales. Ce fait fondamental nous rappelle, s'il en était besoin, qu'il n'y a pas un texte biblique donné une fois pour toutes, mais des textes et des canons reçus par des Églises, qui peuvent présenter entre eux des divergences.

C'est pourquoi l'annotation des volumes de la B.A. tient grand compte des interprétations des Pères de l'Église - ainsi que de Philon d'Alexandrie et des textes rabbiniques. Comme elle signale aussi les écarts entre LXX et TM, on obtient une information considérable, avec également des renvois bibliographiques. Par exemple, les notes sur Ex 24,9-12 occupent 170 lignes en petits caractères... C'est, avec de très riches introductions et des index, l'intérêt majeur de cette édition.

Divergences dans le Pentateuque.
La Bible grecque est répartie en quatre parties, selon un classement chrétien des ouvrages : Pentateuque, Livres historiques, Livres poétiques et sapientiaux, Livres prophétiques (cf. le plan de la Bible de Jérusalem) ; les livres qui lui sont propres (qu'ils aient été conservés seulement en grec ou bien rédigés directement dans cette langue) sont répartis dans toutes les parties, à l'exception du Pentateuque. La Bible hébraïque comporte trois parties : Pentateuque, Les Prophètes (antérieurs et postérieurs), les autres Écrits. Les Églises chrétiennes y ajoutent, sous le titre de deutérocanoniques ou d'apocryphes, des ouvrages propres à la Septante (cf. le plan de la TOB). Pour des raisons de commodité vis-à-vis de notre lecteur, c'est ce plan que nous allons suivre.

Le Pentateuque est intégralement traduit dans la B.A. depuis bientôt quinze ans. Le texte de la Torah étant alors très largement fixé au début du IIIe s. av. J.-C., les écarts avec TM sont surtout (mais pas toujours !) le fait du traducteur. Deux exemples. En Ex 4,6-7 LXX, la lèpre est omise pour faire taire la polémique égyptienne anti-juive accusant Moïse et le peuple d'être lépreux. Quant au très énigmatique récit de Ex 4,24-26 (Yhwh cherche à faire mourir Moïse ; texte passé sous silence par Philon et Josèphe), il substitue « un ange du Seigneur » à Yhwh, et il ne mentionne plus les pieds (= sexe) de Moïse, mais une prostration aux pieds de l'ange. Surtout, LXX modifie la parole de Sepphôra : « Le sang de la circoncision de mon enfant s'est arrêté » : toute allusion à l'époux et au rapport entre mariage et circoncision est ici absent. La comparaison de Ex 35-40 (la construction du sanctuaire) dans TM et LXX pose, quant à elle, des problèmes particuliers.

Les Prophètes antérieurs et postérieurs.
Les Prophètes antérieurs ont commencé à paraître dans B.A. : Josué, Juges et 1 Règnes (= 1 Samuel). Mais ces ouvrages bibliques (et ceux qui suivront) offrent une difficulté supplémentaire à ceux de la Torah. Comme ils ont été traduits à une époque où leurs textes n'étaient pas encore arrêtés, « canonisés », la divergence est plus grande entre les textes hébreux sous-jacents sur lesquels ils ont été traduits et le texte hébreu reçu (TM). En outre, quand en Israël, vers le début du Ier siècle, les scribes aligneront progressivement les rouleaux hébreux de la Bible sur un unique exemplaire (probablement l'un de ceux du temple), ils entreprendront de corriger aussi la version grecque. C'est dire si l'établissement du texte de la LXX ancienne est souvent difficile ; nous en aurons d'autres exemples. Rappelons enfin que LXX nous est connue  par les trois grands manuscrits des IV-Ve siècles (Vaticanus, Sinaïticus, Alexandrinus) et par quelque deux mille fragments et manuscrits postérieurs...

Œuvre de plusieurs traducteurs au début du IIe siècle av. J.-C., les livres des Règnes (1 à 4 R) sont un excellent exemple des écarts avec TM. Ainsi, en 1 R 17-18, LXX présente un texte court (Vaticanus), et un texte long (Alexandrinus) qui est pratiquement identique au TM ; dans ces deux chapitres, 37 versets sont absents du Vaticanus et 10 ont des lacunes importantes. Or la leçon donnée par le Vaticanus est proche de celle d'un texte hébreu trouvé à Qoumrân : 4Q Sama ! L'une et l'autre représentent en fait le texte ancien que les scribes aligneront sur le manuscrit de référence au Ier siècle.

Les Prophètes postérieurs sont constitués d'Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et des Douze. Le travail avance pour trois premiers, mais leur longueur même et la complexité des problèmes expliquent qu'il faut encore quelques années pour en disposer. Les Douze sont beaucoup plus favorisés, puisque neuf d'entre eux sont parus et que Malachie verra le jour l'an prochain. Le volume du premier édité, Osée, offre une introduction générale aux Douze (p. I-XXIII). On y considère d'abord le recueil  dans son rapport avec le TM. La présentation des manuscrits du texte grec rappelle aussi la découverte d'une traduction grecque fragmentaire dans le désert de Judée : celle-ci est étroitement associée à une première correction de LXX faite par les scribes, vers l'an 30 de notre ère, pour aligner le texte sur le manuscrit hébreu « officiel » - il faut noter que c'est cette édition des Douze révisée que citera le chrétien Justin dans son Dialogue avec Tryphon (vers 160). L'introduction s'achève par une étude de la sensibilité stylistique du traducteur des Douze.

Les autres Écrits du TM.
Venons-en aux ouvrages que TM classe dans les autres Écrits. Là se trouve la plus grande différence entre TM et collection LXX, car on y trouve des ouvrages entrés tardivement dans le canon hébreu. Ce n'est en effet que vers l'an 100 de notre ère, à Yabné, que le judaïsme rabbinique achève de délimiter le canon des Écritures en recevant le Cantique des cantiques et Qohéletet en refusant des « livres extérieurs » comme le Siracide, rédigé en hébreu - pour ne rien dire d'ouvrages rédigés directement en grec.

Parmi les livres historiques de la LXX, ...
Commençons par les ouvrages qui sont classés, en LXX, parmi les Livres « historiques ». Certains sont présents dans le canon hébraïque (Ruth, Paralipomènes  [= Chroniques], 2 Esdras [= Esdras-Néhémie], Esther) ; d'autres, en grec, appartiennent aux deutéro-canoniques de l'Église catholique et aux Église grecque et orientales (1 et 2 Maccabées). Le premier ouvrage à paraître dès cette rentrée 2008 est 3 Maccabées, un roman racontant comment les juifs d'Alexandrie ont survécu miraculeusement à un pogrom ; comme 4 Maccabées et 1 Esdras, ce livre est reconnu par l'Église d'Orient. Cette variation des canons s'explique par le fait que, pour LXX, à l'inverse du TM, il n'y eut pas d'autorités pour clore la collection - sinon tardivement : ce n'est qu'au XVIe siècle que l'Église romaine, au concile de Trente, se prononcera définitivement sur les deutéro-canoniques.

... les Livres prophétiques de la LXX,  ...
La liste des livres prophétiques en LXX est doublement originale. D'une part, elle intègre parmi les Prophètes deux des Écrits du TM : les Lamentations dans la suite de Jérémie, et Daniel ; placer cet ouvrage apocalyptique parmi les Prophètes est l'œuvre de chrétiens qui veulent honorer de la sorte un ouvrage contenant la vision du Fils de l'homme (Dn 7) et professant la foi en la résurrection. D'autre part, cette liste contient des textes nouveaux : Dn 13 et Dn 14, puis, dans la suite de Jérémie, Baruch et la Lettre de Jérémie. Le volume 25.2 de la B.A. publie ces deux derniers textes avec les Lamentations. Précisons enfin qu'il y a deux textes grecs de Daniel. La version ancienne de la LXX n'est pas celle qu'ont adoptée les Églises ; celles-ci ont adopté la révision de cette version faite par Théodotion dans les années 30-50 de notre ère. On voit par là la difficulté de réaliser la traduction de Dn LXX dans la B.A.

... et les Livres poétiques de la LXX.
Terminons avec les ouvrages classés en LXX dans les livres poétiques. De ceux qui appartiennent déjà au TM, seuls Proverbes et Ecclésiaste sont parus (le Psautier est un chantier immense !). La traduction grecque des Proverbes a vu le jour à Alexandrie dans les années 180-170 av. J.-C. L'introduction (150 pages) qu'en donne l'édition de la B.A. est particulièrement riche. Elle commence par analyser Pr LXX en considérant notamment la différence de structure et les écarts quantitatifs d'avec Pr TM. Puis elle manifeste en quoi il s'agit d'une traduction littéraire (langue, recherche poétique, culture grecque du traducteur qui utilise des proverbes grecs...). Elle s'intéresse alors aux inflexions de sens (il y est question du stoïcisme du traducteur, de sa spiritualisation de l'œuvre, des valeurs politiques), et ébauche un portrait du traducteur avant de conclure sur les lectures anciennes de Pr LXX. La richesse des notes n'est pas moindre dans cet ouvrage de 358 pages. Quant à Ecclésiaste, il attire mon attention ici pour une autre raison. Qohélet a été rédigé en hébreu au milieu du IIIe siècle av. J.-C., mais sa traduction date du début du IIe siècle de notre ère et elle pourrait bien être l'œuvre d'Aquila, auteur d'une version grecque très littérale du texte hébreu reçu ! On voit par là qu'en parlant de « la Septante » de façon générale, on s'éloigne fortement du judaïsme alexandrin.

B.A. doit prochainement publier les ouvrages poétiques absent du TM : Sagesse et Siracide, mais aussi Ps 151, Odes et Psaumes de Salomon. Le Ps 151 (« de David, quand il lutta contre Goliath ») abrège deux psaumes en hébreu absents du canon et retrouvés partiellement à Qoumrân. Les Odes font suite aux Psaumes ; ce sont douze cantique de l'A.T. et du N.T. regroupés par des mains chrétiennes pour des motifs liturgiques, avec deux pièces originales : la prière de Manassé et le Gloire à Dieu connu dans la liturgie romaine. Pour leur part, les Psaumes de Salomon ont été composés vers le milieu du Ier siècle av. J.-C.

*   *   *

La Bible d'Alexandrie (n°23.10-11) : Les Douze Prophètes. Aggée, Zacharie
T
rad. du grec, intr. et notes par M. Casavitz, C. Dogniez et M. Harl
Éd. du Cerf, Paris, 2007, 388 p., 49 € 

Les deux introductions font comme de coutume une synthèse des notations qui parsèmeront ensuite le commentaire. Les bibliographies ne manquent pas et le tout s'achève, comme de coutume dans la collection, par l'index fort précieux des mots grecs et des références scripturaires.
L'introduction à Aggée (p. 23-71) étudie d'abord la version Ag LXX en comparant notamment sa chronologie concernant la restauration du Temple avec celles de 1 et 2 Esd LXX, et en examinant les points communs entre Ag et Za 1-8. Ensuite, en comparant TM et LXX, elle estime que cette dernière est fidèle au modèle hébreu ; les huit divergences qualitatives sont cohérentes et font sens dans Ag LXX. La langue de l'ouvrage est ensuite examinée. Enfin vingt-cinq pages sont consacrées à la réception, notamment celle des oracles de Ag 2,1-9 et 2,20-23, dans l'Église grecque ancienne ; on y découvre par ex. la lecture christologique qui est faite de Zorobabel. Plus largement, il est intéressant de voir la diversité des exégèses données par les Pères. La traduction annotée de Aggée occupe alors les pages 72 à 93. Rappelons que la traduction occupe en moyenne une dizaine de lignes sur deux pages, quand le commentaire, en caractères plus petits, en fait huit fois plus.
L'introduction à Zacharie est plus ample (p. 97-216) : elle s'ouvre par une étude du TM (p. 97-114) qui présente de façon détaillée le résultat actuel des recherches sur la composition du livre (ainsi, la question de la datation de Za 9-14), son genre littéraire et les divisions massorétiques. Vient alors la présentation de Za LXX (p. 115-134), dont le traducteur est le même que celui des autres Petits Prophètes, et œuvre dans la première moitié du IIe s. av. J.-C., après le Psautier, mais avant Isaïe. La division du texte ne paraît pas être la même que celui du TM. Viennent alors les passages obligés par l'étude comparative des textes hébreu et grec - laquelle manifeste deux divergences importantes (cf. ci-dessous) - ainsi que par le vocabulaire rencontré. L'introduction s'achève par une brève présentation des passages de Za liés à la lecture liturgique de la Torah et au traitement du livre dans le Targum (p. 135-137), puis par un long et très riche exposé de la réception de l'ouvrage dans l'Église grecque ancienne (p. 137-214). Là se voit parfaitement ce qu'est l'ambition de « La Bible d'Alexandrie » impulsée par Mme Harl : étudier la LXX non seulement dans son lien avec le texte hébreu qui l'a précédé, mais également en relation avec les lectures qu'elle a générées dans l'Église ancienne. Ainsi l'étude des quatre versets d'accomplissement (Za 9,9 ; 11,12-13 ; 12,10b ; 13,7b) présents dans le N.T. occupe à elle seule plus de vingt pages. Mme Harl fournit également d'autres études sur Zacharie lu comme annonce du Christ et de sa mission : « Figures et titre du Christ », « La nouvelle Jérusalem, l'Église du Christ, inauguration de la Jérusalem céleste », « Zacharie et Apocalypse de Jean ».
Après la bibliographie, la traduction annotée de Zacharie occupe alors les pages 218 à 368. On y rencontre les deux différences majeures mentionnées ci-dessus. La note sur Za 2,11 (= TM 2,15) manifeste la tendance de Za LXX à accentuer l'universalisme du texte. En 12,10, le texte ancien de LXX (qui fut corrigé, avant la rédaction des évangiles, pour l'aligner sur le texte hébreu reçu, ici difficile) ne lit pas le célèbre « ils regarderont vers moi, celui qu'ils ont transpercé », mais « ils regarderont vers moi parce qu'ils ont dansé par dérision (une lecture qui se retrouve dans la vieille version latine) ; la faute commise à l'égard de Dieu n'est pas la même. L'étude de Mme Harl montre que les Pères de l'Église connaissent les deux lectures et peuvent les justifier toutes deux en voyant dans la seconde une prophétie sur la dérision subie par le Christ en sa Passion ; c'est le cas chez Jérôme et Augustin... Bref, qu'il s'intéresse prioritairement à l'A.T., au N.T., ou aux lectures patristiques, chacun trouvera amplement sa pâture dans cette remarquable livraison de « La Bible d'Alexandrie ».

La Bible d'Alexandrie (n°15.3) : Troisième livre des Maccabées
Trad. du grec, intr. et notes par Joseph Mélèze Modrzejewski
Éd. du Cerf, Paris, 2008, 192 p., 35 €.

La collection de la Bible d'Alexandrie s'enrichit d'abord d'un ouvrage surprenant pour les chrétiens d'Occident, mais non pour les orthodoxes qui le lisent parmi les deutérocanoniques de la Bible. Il serait d'ailleurs possible que la prochaine édition de la TOB contienne le Troisième livre des Maccabées (3 M), ainsi que les autres ouvrages considérés comme deutérocanoniques dans les Églises orthodoxes.

3 M est, à première vue, une sorte de roman historique situé lors de la quatrième guerre de Syrie (221-217 av. J.-C.) opposant Lagides d'Égypte et Séleucides d'Antioche. Déclarés ennemis de l'état lagide, les Juifs sont rassemblés dans l'hippodrome d'Alexandrie pour être piétinés par un troupeau d'éléphants préalablement enivrés de vin et d'encens. Mais à l'apparition de deux anges, les éléphants chargent les soldats et les Juifs sont libérés. L'amplification romanesque est incontestable, mais Joseph Mélèze Modrzejewski (J.M.M.) estime qu'il y a eu, au point de départ de notre texte, un conflit réel. D'ailleurs, la suite de l'histoire ira malheureusement en ce sens. Dans un ouvrage antérieur, Les juifs d'Égypte de Ramsès II à Hadrien (1991), J.M.M., documents en mains, traite notamment du pogrom anti-juif de l'an 38 à Alexandrie, du soulèvement juif de 66 dans la même ville et, enfin, de la guerre acharnée menée par les Juifs d'Égypte contre Rome de l'été 115 à août 117 ; le judaïsme hellénistique d'Égypte y périra corps et biens - et l'Église locale, certainement judéo-chrétienne, avec lui.
Plutôt que de situer l'œuvre sous le règne d'Auguste, J.M.M. penche pour une rédaction au début du Ier siècle av. J.-C. L'auteur de 3 M est un notable juif alexandrin, foncièrement identitaire, pour qui la fidélité au Dieu d'Israël et à la Loi trace une limite infranchissable à l'allégeance aux autorités locales païennes. Tel est le message qui explique que l'ouvrage ait été par la suite intégré à la LXX. 
La traduction de l'œuvre, munie de ses notes, occupe les pages 128-174 (puis viennent les index). La bibliographie et l'introduction occupent donc les deux tiers de l'ouvrage ; cette dernière est particulièrement riche. Si l'on sait que la papyrologie et l'histoire du droit et des institutions juridiques et sociale sont la spécialité de J.M.M., on ne s'étonnera pas de ce que nous apprenons tant sur le paysage institutionnel de l'Égypte lagide que sur la religiosité de la diaspora. D'ailleurs, plutôt que de parler d' « histoire-fiction » pour caractériser l'œuvre, J.M.M. parle de « drame judicaire », car l'ouvrage rappelle les étapes progressives d'un procès criminel.

N.B. La très riche bibliographie ne cite pas l'intéressante traduction française du pasteur Louis Randon, que l'on trouve dans Les Livres apocryphes de l'Ancien Testament, traduction nouvelle avec notes et introductions, Société biblique de Paris, 1909.


La Bible d'Alexandrie (n° 8) : Ruth
Trad. du grec, intr. et notes par Isabelle Assan-Dhôte et Jacqueline Moatti-Fine,
Éd. du Cerf, Paris, 2009, 122 p., 26 €.

L'introduction s'ouvre par un examen de la place du petit livret de Ruth (85 versets) dans la Bible. Si le judaïsme le range parmi les Écrits, plus précisément parmi les cinq Rouleaux liturgiques (Megillôt), il se trouve pourtant une tradition du Talmud de Babylone pour classer Ruth avant les Psaumes de David, et une autre pour en faire l'appendice du livre des Juges. Or la LXX place, elle aussi, notre livret entre Juges et Règnes et en fait ainsi « un maillon dans l'histoire du peuple d'Israël », « un document sur les ascendants du roi David » : elle informe le lecteur de l'importance, dans la lignée davidique, des femmes étrangères : Tamar la Cananéenne  et Ruth la Moabite (Rt 4,18-22).
L'histoire du texte grec de Rt et les caractéristiques de la traduction conduisent ensuite à examiner la lecture qu'elle propose. Là où le texte hébreu évoquait tour à tour la loi sur le lévirat et celle sur le rachat libératoire, la LXX refuse de voir dans les liens entre Ruth et Booz l'accomplissement  d'une union léviratique, mais inscrit leur mariage  « dans le cadre de la législation sur les droits de succession, plus familière » au judaïsme de langue grecque. D'autre part, par de légères retouches, la LXX grandit les deux personnages principaux et, en rendant le verbe hébreu shub par trois équivalents grecs, elle « rend sensible le cheminement spirituel de Ruth ». Une présentation des lectures juives et patristiques de l'ouvrage clôt l'introduction.
Comme toujours dans la collection, la traduction est accompagnée de notes très développées et d'un index des mots grecs.

La Bible d'Alexandrie. Volumes parus.

1. La Genèse (1986), 2. L'Exode  (1989). 3. Le Lévitique  (1988). 4. Les Nombres  (1994). 5. Le Deutéronome (1992)
6. Jésus (Josué) (1996). 7. Les Juges  (1999). 8. Ruth (2009). 9.1. Premier livre des Règnes  (1997)
15.3. Troisième livre des Maccabées (2008)
17. Les Proverbes  (2000). 18. L'Ecclésiaste  (2002),
23.1. Les Douze prophètes : Osée  (2002), 23.4-9. Les Douze prophètes : Joël, Abdiou, Jonas, Naoum, Ambakoum, Sophonie  (1999), 23.10-11. Les Douze prophètes : Aggée, Zacharie  (2007), 25.2. Baruch. Lamentations, Lettre de Jérémie  (2005)

Pour une introduction quasi exhaustive, voir M. Harl, G. Dorival, O. Munnich, La Bible grecque des Septante. Du judaïsme hellénistique au christianisme ancien, « Initiations au christianisme ancien », Éd. du Cerf, Paris, 2e éd. 1994, 376 p., 41,90 €.
Consultable sur http://bibliotheque.editionsducerf.fr/.
Voir également http://septante.editionsducerf.fr
Le Pentateuque a fait l'objet d'une édition  bilingue en un volume, avec des note simplifiées et une copieuse introduction constituée de 9 études : Le Pentateuque d'Alexandrie, (grec-français), sous la dir. de C. Dogniez et M. Harl, Éd. du Cerf, Paris, 2001, 924 p., 41,90 € ; sous le titre Le Pentateuque. La Bible d'Alexandrie, « Folio essais » 419, Gallimard, Paris, 2003, 880 p., 10,50 €.
Pour accéder à quelques textes de la LXX non encore parus dans la collection, voir H. Cousin, « La Bible grecque. La Septante », Supplément au Cahier Évangile 74 (1990), 116 p. 11 €.

Hugues Cousin, Directeur des Suppléments aux Cahiers Évangile

 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org