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Cranmer
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Liturgie anglicane
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Greenacre Roger
Thomas Cranmer et la liturgie anglicane
Théologie
 
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Thomas Cranmer, archevêque de Canterbury à partir de 1533, brûlé comme hérétique en 1556, était un liturgiste de génie...
 

Commençons peut-être par un avertissement. Si l’on parle de luthéranisme ou de calvinisme, on ne parle jamais de " cranmerisme " en présentant l’anglicanisme. L’Église anglicane (" ecclesia anglicana " — une expression qui remonte au Moyen ge) est plutôt une Église très fortement influencée par la Réforme protestante qu’une Église " issue de la Réforme ".

Thomas Cranmer, archevêque de Canterbury à partir de 1533, brûlé comme hérétique en 1556 sous la reine Mary Ire, était un liturgiste de génie qui savait écrire, tant ses traductions latines que ses compositions originales, dans un anglais de toute beauté. Il fut, presque seul, l’architecte de la liturgie anglicane, " The Book of Common Prayer ", dans ses deux premières rédactions de 1549 et 1552. Mais l’Église anglicane par la suite n’a pas suivi toutes ses idées théologiques, notamment ce qui concerne sa théologie eucharistique.

Henry VIII, le roi qui rompit le premier avec Rome, avait lui-même une théologie assez conservatrice ; et, jusqu’à sa mort, la messe et le bréviaire restèrent entièrement en latin. Pourtant, il approuva finalement une traduction de la Bible en anglais, " The Great Bible ", dont une grande copie devait être exposée dans toutes les églises du royaume. Pour cette Bible officielle, Cranmer écrivit en 1540 une préface dont voici un extrait.

THOMAS CRANMER, “The Great Bible”, Préface  :

Ici, toutes sortes de personnes, à quelque rang ou condition qu’elles appartiennent, peuvent apprendre dans ce livre tout ce qu’elles doivent croire, tout ce qu’elles doivent faire et ne pas faire, aussi bien envers Dieu tout-puissant qu’envers elles-mêmes et tout autre personne. En bref, personne ne peut se refuser à lire les Écritures, à moins d’être si malade qu’elle ne supporte d’entendre parler d’aucune médecine, ou d’être si ignorante qu’elle ne sait pas que les Écritures sont les médecines les plus salubres.

Cranmer dut attendre la mort de Henry VIII en 1547, pour commencer à préparer une liturgie en langue anglaise, dont la première rédaction, en 1549, allait remplacer les livres liturgiques du rite latin. Pour le lectionnaire de la liturgie eucharistique, il n’introduisit que de légères modifications aux dispositions du missel ; deux lectures, l’épître et l’évangile, furent pourvues pour tous les dimanches et fêtes de l’années.

Pour l’office divin, Cranmer fut beaucoup plus radical. Les offices du bréviaire furent réduits à deux : l’office du matin (" mattins ") et l’office du soir (" evensong "), célébrés publiquement au moins les dimanches et les jours de fêtes. Pour l’office, Cranmer introduisait le principe de la " lectio continua " de la Bible, avec une lecture de l’Ancien Testament et une du Nouveau Testament matin et soir, avec récitation intégrale du psautier chaque mois.

Cranmer avait longtemps médité cette réforme, bien avant l’avènement d’Édouard VI, en consultant des projets catholiques et luthériens. Il était fortement influencé par l’œuvre du cardinal espagnol Francisco de Quinones qui avait produit un bréviaire pour le pape Paul III en 1535, lequel sera supprimé par Paul IV en 1558. Dans la préface qu’il écrivit pour le " Prayer Book " de 1549 — et qui est reproduite dans le " Prayer Book " actuel de 1662 avec le titre : " Du service de l’Église " —, Cranmer suit l’essentiel de l’argument du cardinal espagnol et il le cite parfois directement — sauf, bien entendu, lorsqu’il parle de la langue vulgaire.

(…)

Il est intéressant d’achever cette brève présentation du travail de Cranmer en donnant ici une prière de la liturgie anglicane qu’il composa : la collecte (prière d’ouverture) du deuxième dimanche de l’Avent. Il ne s’agit pas d’une traduction du latin, mais d’une composition nouvelle inspirée par l’épître de ce dimanche : le chapitre 15 de l’épître aux Romains.

THOMAS CRANMER, “Book of Common Prayer,” (Collecte du 2e dimanche de l’Avent) :

Ô Seigneur très bon et très miséricordieux, qui nous as donné toute l’Écriture sainte pour notre instruction, fais-nous la grâce de l’écouter, de la lire, de la méditer, de l’apprendre et de la digérer intérieurement, de telle sorte que, par la patience et par la consolation de ta parole, nous soyons affermis pour toujours dans l’espérance de la vie éternelle que tu nous accordes en Jésus Christ notre Sauveur. Amen.



© Roger Greenacre, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 146 (décembre 2008), "La Bible lue au temps des Réformes ", p. 55-58.

 

 
 
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