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Discours de révélation
436
Evangile de Jean
112
Escaffre Bernadette
Discours de révélation (Jn 10,1-42)
Commentaire au fil du texte
 
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Sans transition après l'épisode de l'aveugle-né, Jésus commence un discours de révélation introduit solennellement par deux "Amen"...
 
Lecture de Jn 10,1-42

[4e dimanche de Pâques : année A (Jn 10,1-10).
4e dimanche de Pâques: année B (Jn 10,11-18).
4e dimanche de Pâques, année C (Jn 10,27-30).]


Sans transition après l’épisode de l’aveugle-né, Jésus commence un discours de révélation introduit solennellement par deux " Amen ". Le chapitre peut être divisé en deux parties : v. 1-21 et v. 22-42.

Dans la première partie, seule la section qui reprend les images de la porte et du berger est lue pendant le Temps pascal (v. 1-18). Les versets 19-21 décrivent une scission chez les interlocuteurs de Jésus entre ceux qui disent qu’il est possédé et les autres non.

La deuxième partie nous informe sur le lieu, le Temple, et sur l’époque, la fête de la Dédicace (v. 22-26). Une discussion s’élève entre Jésus et les " Juifs " (v. 27-30). Un extrait centré sur le thème des brebis est lu, lui aussi, en Temps pascal. La fin du chapitre (v. 31-42) raconte une nouvelle tentative de lapidation pour accusation de blasphème. Jésus échappe de nouveau à ses persécuteurs et se rend en Transjordanie – la notice établit clairement le lien avec les débuts de la révélation du Fils devant Jean le Baptiste (10,40 et 1,28).

Lecture d’ensemble

La métaphore du berger et des brebis est fréquente dans la Bible. Dieu est présenté comme le berger qui a conduit son troupeau à travers le désert (Ps 77,21 ; 78,52) qui prend soin de chaque personne (Ps 23). Les prophètes vont critiquer les responsables du peuple qui ne s’occupent pas des brebis, mais les exploitent (Ez 34).

L’espérance des temps messianiques est associée avec la venue d’un berger fidèle à Dieu. Les paroles de Jésus se base sur cette espérance, et le don de la vie de la part du pasteur rappelle David qui risquait sa vie pour sauver les brebis (1S 17,34-35).

On peut proposer une division du texte différente de celle du Lectionnaire. Le discours de Jésus est formé d’une première partie (v. 1-6) qui parle en général du troupeau, du brigand et du portier. Cette partie se termine au v. 6 sur l’incompréhension de l’auditoire. Ensuite s’enchaînent deux sections en " je " : dans la première, Jésus se présente comme la porte (v. 7-10), et dans la deuxième, comme le berger (v. 11-18).

Au fil du texte

1) Le discours de Jésus commence de façon négative : celui qui ne passe pas par la porte est " un voleur et un bandit ". La pensée avance par opposition : celui qui entre par la porte est alors identifié comme le berger des brebis. Puis Jésus précise la relation personnelle qui les unit : les brebis écoutent, le berger les connaît " chacune par son nom ". Il marche devant elles et elles le suivent. Le berger n’est pas un négociant d’animaux.

2) Pour parler de la bergerie, Jean utilise le mot " cour " (grec " aulê "). Dans la Septante, traduction grecque de la Bible, ce terme désigne la cour du Temple (1R 6,36, etc.) et celle de la Tente de la réunion du désert (Ex 27,9, etc.). Un rapport s’établit donc avec le lieu même où Jésus se trouve avec ses auditeurs. Au-delà de l’image bucolique, on aurait donc l’image du Temple, et Jésus se présenterait non seulement comme le berger des " brebis ", mais aussi comme le gardien et protecteur des fidèles et comme la porte qui donne accès au Temple. Sa dénonciation des voleurs et brigands s’adresserait ainsi aux responsables religieux.

3) Devant l’incompréhension des auditeurs (v. 6), Jésus reprend son discours pour l’expliciter par les métaphores de la porte (v. 7) et du bon berger (v. 11), qui ne peuvent s’appliquer à personne d’autre que lui-même.

4) Jésus qualifie de voleurs ceux qui sont intervenus avant lui. Cette affirmation ne vise pas Abraham, Moïse, David, Isaïe, etc. Aussitôt, il précise que celui qui passe par lui sera sauvé, aura la vie et même " en abondance ". Ici, il révèle donc que lui seul peut conduire à la vie de la même manière qu’ailleurs il se dévoile comme le Fils qui transmet ce qu’il a reçu du Père. Tout autre personne qui se présenterait comme la porte d’accès à Dieu, à la place de Jésus, ne peut être qu’un " voleur ".

5) Le berger ne reçoit pas le qualificatif de " vrai " comme c’est le cas pour la lumière (Jn 1,9), le pain (6,32) ou la vigne (15,1), mais celui de " bon " (grec " kalos "). Cet adjectif signifie qu’il remplit pleinement son rôle : celui de garder les brebis en vie et de les défendre de tous les dangers. Le " bon " berger n’est pas un gardien rémunéré avec pour objectif de rendre en bon état une marchandise ; il a une relation personnelle avec chaque brebis. Il les connaît, elles le connaissent. Il y a entre elles et lui la même relation qu’entre lui et son Père.


© Bernadette Escaffre, SBEV / Éd. du Cerf,Cahier Évangile n° 145 (septembre 2008) "Évangile de J.-C. selon St Jean. 1 – Le Livre des signes (Jn 1-12)", p. 47-49.
 
Jn 10,1-42
1« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans l'enclos des brebis mais qui escalade par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand.
2Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis.
3Celui qui garde la porte lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix ; les brebis qui lui appartiennent, il les appelle, chacune par son nom, et il les emmène dehors.
4Lorsqu'il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent parce qu'elles connaissent sa voix.
5Jamais elles ne suivront un étranger ; bien plus, elles le fuiront parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
6Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas la portée de ce qu'il disait.
7Jésus reprit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis.
8Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés.
9Je suis la porte : si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir.
10Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre ; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance.
11« Je suis le bon berger : le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis.
12Le mercenaire, qui n'est pas vraiment un berger et à qui les brebis n'appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et prend la fuite ; et le loup s'en empare et les disperse.
13C'est qu'il est mercenaire et que peu lui importent les brebis.
14Je suis le bon berger, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent,
15comme mon Père me connaît et que je connais mon Père  ; et je me dessaisis de ma vie pour les brebis.
16J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos et celles-là aussi, il faut que je les mène ; elles écouteront ma voix et il y aura un seul troupeau et un seul berger.
17Le Père m'aime parce que je donne ma vie, pour ensuite la recevoir à nouveau.
18Personne ne me l'enlève, mais je la donne de moi-même ; j'ai le pouvoir de la donner et j'ai le pouvoir de la recevoir à nouveau : tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père. »
19Ces paroles provoquèrent à nouveau la division parmi les autorités juives.
20Beaucoup parmi ces gens disaient : « Il est possédé, il déraisonne, pourquoi l'écoutez-vous ? »
21Mais d'autres disaient : « Ce ne sont pas là propos de possédé ; un démon pourrait-il ouvrir les yeux d'un aveugle ? »
22On célébrait alors à Jérusalem la fête de la Dédicace. C'était l'hiver.
23Au temple, Jésus allait et venait sous le portique de Salomon.
24Les autorités juives firent cercle autour de lui et lui dirent : « Jusqu'à quand vas-tu nous tenir en suspens ? Si tu es le Messie, dis-le-nous ouvertement ! »
25Jésus leur répondit : « Je vous l'ai dit et vous ne croyez pas. Les oeuvres que je fais au nom de mon Père me rendent témoignage,
26mais vous ne me croyez pas, parce que vous n'êtes pas de mes brebis.
27Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles viennent à ma suite.
28Et moi, je leur donne la vie éternelle  ; elles ne périront jamais et personne ne pourra les arracher de ma main.
29Mon Père qui me les a données est plus grand que tout, et nul n'a le pouvoir d'arracher quelque chose de la main du Père.
30Moi et le Père nous sommes un. »
31Ces Juifs, à nouveau, ramassèrent des pierres pour le lapider.
32Mais Jésus reprit : « Je vous ai fait voir tant d'oeuvres belles qui venaient du Père. Pour laquelle de ces oeuvres voulez-vous me lapider ? »
33Les Juifs lui répondirent : « Ce n'est pas pour une belle oeuvre que nous voulons te lapider, mais pour un blasphème, parce que toi qui es un homme tu te fais Dieu. »
34Jésus leur répondit : « N'a-t-il pas été écrit dans votre Loi  : J'ai dit : vous êtes des dieux  ?
35Il arrive donc à la Loi d'appeler dieux ceux auxquels la parole de Dieu fut adressée. Or nul ne peut abolir l'Ecriture.
36A celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous dites : "Tu blasphèmes", parce que j'ai affirmé que je suis le Fils de Dieu.
37Si je ne fais pas les oeuvres de mon Père, ne me croyez pas !
38Mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces oeuvres, afin que vous connaissiez et que vous sachiez bien que le Père est en moi comme je suis dans le Père. »
39Alors, une fois de plus, ils cherchèrent à l'arrêter, mais il échappa de leurs mains.
40Jésus s'en retourna au-delà du Jourdain, à l'endroit où Jean avait commencé à baptiser, et il y demeura.
41Beaucoup vinrent à lui et ils disaient : « Jean, certes, n'a opéré aucun signe, mais tout ce qu'il a dit de cet homme était vrai. »
42Et là, ils furent nombreux à croire en lui.
Jn 10,1-42
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org