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Images
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Interdiction
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Mitalaité Kristina
La querelle sur les images en Orient et en Occident aux VIIIe-IXe s.
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L'interdiction de faire des images semblables aux créatures apparaît au cours des VIIIe et IXe sècles...
 

L’interdiction de faire des images semblables aux créatures apparaît au cours de la dispute iconoclaste en Orient et dans les traités occidentaux condamnant l’adoration des images aux VIIIe et IXe s.

À Byzance, les iconoclastes isauriens tirent leur nom d’une dynastie byzantine inaugurée par Léon III (717-741) qui fut chef de l’armée des Anatoliques – l’Isaurie étant un district d’Anatolie. Ces gens décrivent la fabrication des icônes et la prosternation devant elles (proskynèse) en des termes concernant les idoles. Constantin V (741- 775), fi ls du premier empereur byzantin isaurien iconoclaste Léon III, se réfère à l’interdiction de l’idolâtrie, qui est aussi reprise par le concile iconoclaste qu’il organise dans le palais de Hiérée en 754. Là, les iconoclastes, invoquant l’interdiction de produire les images et les ressemblances des choses, ajoutent la citation de Dt 4,12, qui dit que Dieu parla à Moïse au milieu du feu, mais n’apparut sous aucune forme visible. « À l’appui de cette décision que nous avons examinée et établie, nous donnons quelques témoignages de l’Écriture sainte inspirée par Dieu et de nos éminents Pères, qui sont en accord avec nous et qui confi rment notre pieuse intention… Dans l’A. T. aussi « Dieu a dit à Moïse : Tu ne feras pour ton usage ni idole, ni ressemblance d’une chose quelconque, des choses qui sont dans le ciel au-dessus, et de quoi que ce soit sur la terre au-dessous* (Dt 5,8) ; parce que sur la montagne tu as entendu le son des mots venant du milieu du feu, mais tu n’a vu aucune ressemblance, à l’exception de la
voix » (Dt 4,12). »


En 787, les iconophiles répondent à cette accusation lors du concile de Nicée II : ils restaurent le culte des icônes et disent que cette interdiction visait les Égyptiens et les Israélites qui adorèrent les idoles sous la forme de créatures.

En Occident, la question de l’image surgit au temps de Grégoire le Grand. Dans deux lettres datées de 599 et 600, devenues par la suite célèbres, le pape réprimande Serenus, évêque de Marseille, qui s’est livré à des actes iconoclastes. Selon Grégoire, les images ne doivent être ni adorées ni brisées : elles sont un rappel du passé ; elles conviennent aux personnes peu éduquées dans la foi chrétienne, car elles peuvent les mener vers la componction – très forte émotion du repenti – qui culmine dans l’adoration de la Trinité. Par ailleurs, les images sont un ornement des églises. Dès le début de la crise iconoclaste, la papauté soutient les idées iconophiles.

Les souverains carolingiens, d’abord ralliés à cette position, adoptent une position anti-iconophile après le concile de Nicée II. Théodulfe d’Orléans, rédacteur principal des Libri Carolini, écrits en 793 contre Nicée II, combat le culte des icônes et réfute leur caractère sacré. Cependant, dans ce volumineux traité (quatre livres et cent trente chapitres), l’interdiction de l’idolâtrie n’est pas un argument de poids, car, pour Théodulfe, l’icône n’est pas une idole.


© K. Mitalaité, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 144 (juin 2008), "Le Décalogue", p. 49.

 

 
 
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