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Décalogue
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Didachè
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Grappe Christian
Matthieu et la "Didachè"
Théologie
 
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Radicalisation et affirmation du primat du commandement d'amour...
 

La reprise qui a été faite des traditions relatives à l’attitude de Jésus par rapport au Décalogue montre que l’on a poussé plus avant chacune des deux lignes que nous avons envisagées, radicalisation et affirmation du primat du commandement d’amour.

La radicalisation est bien perceptible chez Matthieu, qui remplace, dans l’épisode de l’appel du jeune homme riche, la formule « Une seule chose te manque ; ce que tu as, vends-le… » (Mc 10,21) par « Si tu veux être parfait, vends tes biens… » (Mt 19,21). Matthieu introduit ainsi le motif de la perfection, un thème auquel il a déjà accordé une place toute particulière dans les antithèses du Sermon sur la montagne, puisque la dernière, relative à l’amour des ennemis (Mt 5,43-48), s’achève précisément par un appel à cet engagement sans réserve : « Vous donc soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). La seconde table se trouve ainsi non seulement honorée, mais conçue comme un point de départ au-delà duquel les disciples sont exhortés à aller. Et cela s’opère dans un cadre qui demeure marqué par l’avènement d’une ère nouvelle. De fait, le Jésus matthéen est présenté, juste avant les antithèses, comme celui qui est venu non pas abroger la Loi ou les prophètes, mais accomplir (Mt 5,17) et exhorter du même coup les siens à une justice qui dépasse celle des scribes et des pharisiens (Mt 5,20). Ses paroles – littéralement ce qu’il a commandé aux siens (Mt 28,20) – constituent d’ailleurs désormais l’enseignement qu’il s’agit pour eux de préserver et de garder.

La « Didachè » qui, pour ne pas appartenir au N. T., n’en est pas moins très proche de l’Évangile selon Matthieu tant par sa date de composition que par les accents qui sont les siens, va dans une direction très similaire. La catéchèse des deux voies, qui en constitue la première partie, comporte deux sections. L’une, juive selon toute vraisemblance, pose d’emblée le double commandement de l’amour et du prochain (1,2) puis rappelle une série de prescriptions relevant de la seconde table (proscription, parmi d’autres vices, du meurtre, de l’adultère, du vol, de la convoitise, du faux témoignage [2,2-6]). L’autre, proprement chrétienne et appelée de ce fait section évangélique, surenchérit par rapport à elle, introduit le motif de la perfection en lien direct avec l’appel à tendre l’autre joue (1,4) et trouve un écho dans l’exhortation conclusive suivante : « Si tu peux porter tout le joug du Seigneur, tu seras parfait, mais, si tu ne peux pas, ce que tu peux, fais-le » (6,2).

L’affirmation du primat du commandement d’amour est également soulignée. C’est ainsi que, dans le récit de l’appel du jeune homme riche, Matthieu ajoute ce commandement d’amour au terme de la liste des prescriptions empruntées à la seconde table (Mt 19,19), suggérant en quelque sorte qu’il les résume. Matthieu avait déjà procédé de manière similaire en organisant les antithèses de telle manière que la dernière traite de l’amour des ennemis, qui radicalise l’amour du prochain (Mt 5,43-48).


© C. Grappe, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 144 (juin 2008), "Le Décalogue", p. 11.

 

 
 
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