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Décalogue
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Joosten Jan
Structure littéraire du Décalogue et son imbrication dans son contexte narratif
Théologie
 
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Même si l'appellation « Décalogue » est relativement tardive, le fait qu'il y ait dix paroles est biblique...
 

Structure littéraire du Décalogue
Même si l’appellation « Décalogue » est relativement tardive, le fait qu’il y ait dix paroles est biblique (Ex 34,28 ; Dt 4,13 ; 10,4). Cependant, nul ne parvient à découper le texte en dix unités de façon satisfaisante. En outre, malgré l’indication selon laquelle le Décalogue fut inscrit sur deux tables (Dt 5,22), le texte ne s’articule pas de manière évidente en deux parties. En effet, si l’on fait abstraction des données externes pour s’attacher au seul texte du Décalogue, c’est plutôt une structure ternaire qui se dégage :

- Dans une première partie, Dieu parle à la première personne et ordonne à son peuple l’attitude à prendre à son égard (Ex 20,2-5) ;
- Suivent quelques règles concernant Dieu et les humains où Dieu parle de lui-même à la troisième personne : le commandement du nom (Ex 20,6), du chabbat (Ex 20,7-11) et des parents (Ex 20,12);
- Enfin, une série de lois sont formulées qui concernent le prochain, sans que le nom de Dieu ne soit évoqué explicitement.

Le commandement sur le chabbat est au centre de cette architecture. C’est le commandement le plus long. C’est aussi celui qui, le plus clairement, concerne à la fois Dieu et le prochain. Le chabbat est une institution religieuse qui a des implications sociales évidentes.

Cette structure en trois parties est doublée d’un mouvement circulaire qui part de l’homme intérieur et y revient en passant par des comportements extériorisés : les premiers commandements ainsi que les derniers concernent d’abord le cœur de l’homme (« Tu n’auras pas d’autres dieux…, tu ne convoiteras pas… ») ; les commandements centraux concernent les actes (« sanctifier le chabbat, honorer les parents, ne pas tuer, ni commettre l’adultère, ni voler ») ; la transition de l’intériorité vers l’extériorité vice-versa est effectuée par un commandement qui concerne la parole (« ne pas prononcer le nom en vain, ne pas porter un faux témoignage »). Ce mouvement du texte illustre également la volonté de tout soumettre à l’autorité divine – les actes, les paroles, la pensée.

L’imbrication du Décalogue dans son contexte narratif
Le Décalogue s’appuie sur un formulaire juridique qu’on pourrait nommer le schéma du changement de maître. D’esclave en Égypte, Israël est devenu esclave du Seigneur : « Je suis YHWH ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude ». Le Décalogue définit le service qu’Israël doit rendre à son nouveau maître. Par l’évocation de ce schéma, le texte s’insère élégamment dans le contexte du livre de l’Exode.

Cependant, le Décalogue montre que le service du Seigneur diffère radicalement de la servitude en Égypte. Deux particularité stylistiques surtout, soulignent cet aspect.

Premièrement, la plupart des commandements sont donnés sous une forme négative : « Tu n’auras pas d’autres dieux… tu ne tueras point… » Dieu délimite ainsi l’espace de l’alliance, définissant des frontières qu’Israël ne doit pas dépasser. À l’intérieur de ces frontières se trouve la vie avec Dieu. La démarche est tout le contraire de ce qu’on impose aux esclaves : à ces derniers, on donne une tâche bien définie et, lorsqu’ils ont terminé, on leur en donne une autre.

Deuxièmement, les commandements s’adressent à un « tu » au singulier. Il ne s’agit pas d’un « tu » collectif (toi, Israël) : le « tu » du Décalogue a des parents, une femme, des enfants, des serviteurs et du bétail. Il s’agit d’un « tu » distributif : Dieu s’adresse à chaque homme adulte, père de famille, dans le peuple d’Israël. L’esclave, lui, se fond dans la masse ; il n’a pas d’individualité. Au pied du mont Sinaï, Dieu dit « tu » aux Israélites rescapés d’Égypte, les plaçant ainsi chacun devant leur responsabilité.

Ce que Dieu offre aux Israélites n’est donc pas un nouvel esclavage mais une alliance ; il fonde une communauté et se l’associe.



© J. Joosten, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 144 (juin 2008), "Le Décalogue", p. 7-8.

 

 
Dt 5,6-21
Ex 20,2-26
 
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