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Ponce Pilate
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Tassin Claude
Ponce Pilate
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Pilate est énergique, violent, mauvais diplomate...
 
Ponce Pilate (26-36) est énergique, violent, mauvais diplomate. Josèphe (AJ XVIII ; voir Suppl. C.E. 36, p. 73-75) et Philon (Leg 98) lui reprochent ses exactions, dus à d’impérieux besoins d’argent. Pilate devait sa carrière à Séjan, préfet prétorien de Rome, bras droit de Tibère et hostile aux Juifs. Séjan sera exécuté en 31 pour complot contre son empereur. Mais, malgré la disparition de ce protecteur, Pilate reste tout de même en poste dix ans, en un temps où les Juifs parvenaient assez bien à faire entendre à Rome leurs doléances. Retenons quelques conflits et le rapport, inévitable, entre Pilate et l’affaire Jésus.

L’affaire des enseignes

Elle est rapportée par Josèphe (Gu II, 169-171 ; AJ XVIII, 55-59). Pilate sait que les enseignes à figures humains, portant l’effigie de César, ne peuvent pas entrer dans la Ville sainte. Il tente pourtant l’expérience quand l’armée vient prendre ses quartiers d’hiver à Jérusalem. Il fait introduire ces images nuitamment et voilées. Au matin, c’est l’explosion. Une foule de Juifs se rend à Césarée, assiégeant le préfet cinq jours durant pour qu’il enlève ces signes impies. Convoqués dans le grand stade de la ville, les protestataires se voient cernés par l’armée, mais préfèrent tendre le cou aux glaives plutôt que de renier les coutumes ancestrales. Voyant qu’il est allé trop loin, Pilate cède à la pression.

L’affaire des boucliers votifs

Quelque peu analogue, elle est rapportée par Philon d’Alexandrie (Leg 299 s.). Il s’agit de boucliers de parade, sans images et portant simplement des inscriptions à la gloire de Tibère. Pilate les accroche dans le palais d’Hérode où il réside durant ses séjours à Jérusalem. C’est de nouveau l’émeute, soutenue par les fils d’Hérode, venus sans doute en pèlerinage. Si, en effet, de semblables boucliers ornaient sans problème certaines synagogues de la province, on ne pouvait les tolérer dans la ville de Dieu, qui n’était pas la ville de César. Les notables écrivent alors à Tibère qui, fort agacé par ce remue-ménage, ordonne le transfert des boucliers litigieux à Césarée.

L’affaire de l’aqueduc

Elle est rapportée par Josèphe (Gu II, 175-177 ; AJ XVIII, 62-63). Pilate fait construire un aqueduc de 56 km (112 km selon Gu) pour alimenter Jérusalem en eau, et il puise, pour cette entreprise, dans le trésor du Temple. C’est alors l’émeute et Pilate fait bastonner la foule. Josèphe qui souligne souvent la maladresse des gouverneurs avoue ici que les soldats en civil « usèrent de coups bien plus que Pilate ne l’avait prescrit ». En l’affaire, Pilate manifestait son intérêt pour la ville. Plus tard, sans problème, Agrippa II fera paver les rues de Jérusalem aux frais du trésor du Temple. Ce qu’on reproche à Pilate, c’est d’agir sans passer par l’assentiment populaire et les autorités coutumières. Pilate sait préparer ses coups ; mais il ne compte que sur la force du fait accompli, quitte à devoir faire marche arrière.

Les monnaies de bronze iconiques

Entre 29 et 31, Pilate émet en Palestine des monnaies de bronze portant deux symboles païens : le « simpulum », coupe de libations, et le « lituus », crosse de l’augure. Devenu légat de Syrie en 32, Flaccus lui fait cesser cette pratique insultante pour la tradition juive.

Le massacre de Galiléens

Il est rapporté par Luc (13,1) et concerne sans doute de pèlerins se préparant à offrir leurs sacrifices au Temple. Il n’a pas de confirmation dans d’autres documents. Mais l’incident correspond à la brutalité de Pilate, d’autant plus que les fêtes étaient souvent sources d’agitation populaire.

Le massacre de Samaritains

Il est rapporté par Josèphe (AJ XVIII, 85-89). En 35, un Samaritain, un charlatan selon Josèphe, mène ses compatriotes vers le mont Garizim et prétend leur y montrer « les vases sacrés de Moïse ». Il en résulte un rassemblement « armé ». La troupe de Pilate leur coupe la route, et perpètre un massacre. Les Samaritains en appellent à Vitellius, légat de Syrie. Ils n’ont pas voulu trahir les Romains, disent-ils, mais fuir la démesure (grec hubris) de Pilate.

Les « vases sacrés » évoqués par Josèphe sont les objets cultuels de la Tente du Témoignage dans le désert, voire même l’Arche d’alliance. Selon les légendes, ces objets avaient été cachés, lors de l’incendie du premier Temple, et leur découverte ouvrirait l’ère eschatologique. Ces légendes existent aussi chez les Juifs (voir 2 M 2,1-8 ; 2 Ba 6,7-10). Chez les Samaritains, celui qui trouvera ces objets sera le « Ta’eb », « celui qui revient ou qui fait revenir », le Restaurateur, chef de la libération finale, Prophète comme Moïse (Dt 18,15.18) et conquérant comme Josué. L’agitateur de Tirathana, conspué par Josèphe, voulait-il jouer le rôle du « Ta’eb ? » Il s’agit d’une effervescence religieuse à laquelle s’ajoute, le groupe étant armé, l’espoir d’une libération politique, même si les plaignants se défendent d’une telle intention.

Vitellius place Marcellus (ou Marullus – il y a confusion dans la transmission du nom) comme préfet et envoie Pilate s’expliquer devant l’empereur. Mais Pilate arrive à Rome après la mort de Tibère (mars 37). La suite de sa vie échappe à l’historien et entre, chez les chrétiens, dans la légende.


© Claude Tassin, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 144 (juin 2008), "Des fils d'Hérode à la 2e Guerre juive", p. 15-17.
 
 
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