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Marie Madeleine
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Onction
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Guinot Jean-Noël
Supplément au cahier Evangile N° 138
La tradition patristique
Théologie
 
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Sainte Madeleine. Rogier van der Weyden Intérieur du volet ...
En Occident, Marie-Madeleine est devenue la figure emblématique de la pénitence. L'Orient privilégie le témoin de la Résurrection...
 

Une longue tradition littéraire et iconographique a fait de Marie-Madeleine, surtout en Occident, la figure emblématique de la pécheresse repentante. Son amour pour le Christ, qui lui vaut d’être, la première, témoin de sa résurrection au matin de Pâques, constitue l’autre trait caractéristique du personnage.

Cette représentation de Marie-Madeleine, à la fois pénitente et témoin privilégié de la Résurrection, est sans aucun doute aujourd’hui la plus répandue. Elle ne correspond toutefois que très imparfaitement à l’image qui ressort des évangiles canoniques ou des écrits apocryphes. Elle n’est pas non plus celle qu’ont retenue en priorité les Pères de l’Eglise.

Entre les scènes d’onction rapportées par les quatre évangélistes, comme entre les différents récits de la Résurrection, existent à la fois de grandes similitudes et des différences notables, si bien que se posent, dans les deux cas, la question de l’identification du personnage et, par voie de conséquence, celle de son unicité ou de sa pluralité.

La femme qui, en Mt 26,6-13 et en Mc 14,3-9, entre dans la maison de Simon le lépreux, à Béthanie, et verse du parfum sur la tête du Christ, peut-elle être la même que la femme pécheresse qui, en Lc 7,37-50, pénètre chez Simon le pharisien, répand du parfum sur les pieds du Christ, les inonde de ses larmes et les essuie de ses cheveux ? En outre, peut-on assimiler cette femme pécheresse à Marie, la  sœur de Lazare, qui, au cours d’un repas à Béthanie, accomplit un geste similaire (Jn 12,1-8) ? 

Une fois la question résolue, une seconde interrogation demeure : existe-t-il un lien entre la femme – ou l’une des femmes – de ces scènes d’onction et la Marie de Magdala qui se rend au tombeau de grand matin, "le premier jour de la semaine" ? De fait, la femme qui accomplit le geste d’onction demeure anonyme chez les trois synotiques, et Jean lui-même la nomme seulement "Marie".

Dernière question : la Marie de Magdala, qui se voit interdire de toucher le Ressuscité (Noli me tangere), est-elle identique à celle à qui il apparaît "le soir du sabbat", qui se prosterne devant lui et lui embrasse les pieds (Mt 28,9) ?

Certes le texte évangélique lui-même comporte un certain nombre d’éléments qui pouvaient conduire les exégètes à unifier les différentes scènes d’onction, à considérer qu’il s’agissait, dans tous les cas, d’une seule et même femme et à lui donner le nom de Marie-Madeleine. L’assimilation entre la pécheresse repentante de Lc 7,36-50 et Marie-Madeleine a pu être facilitée par le fait que l’évangéliste, aussitôt après avoir rapporté cette scène, mentionne la présence, dans l’entourage de Jésus, d’une certaine "Marie, surnommée la Magdaléenne, de laquelle étaient sortis sept démons" (Lc 8,2), et que la même précision figure dans le récit de la Résurrection dans la finale de Marc (Mc 16,9).

Pourtant, cette unification du personnage de Marie-Madeleine est loin d’être générale. Les Pères grecs, dans leur grande majorité, refusent d’attribuer à une seule et même femme le geste d’onction rapporté par les quatre évangélistes, tandis que les Pères latins, au moins à partir d’Augustin (IVe-Ve s.), considèrent qu’on a affaire à un unique personnage. Pareillement, l’existence d’un lien entre la femme de l’onction et la Marie de Magdala témoin de la Résurrection est loin d’être communément retenue par les Pères : là encore il existe un clivage entre l’Orient et l’Occident.

D’une certaine manière, il y a donc un parti pris "occidental" à réunir sous le nom de Marie-Madeleine l’exégèse patristique de la scène de l’onction, telle que la rapportent Luc et les trois autres évangélistes, et celle de l’apparition du Ressuscité à Marie de Magdala. La nature des réponses, apportées par les Pères, à ces questions d’identification des personnages mis en scène dans ces deux groupes de récits, le fera clairement apparaître. On présentera ensuite successivement, pour des raisons de clarté, d’abord l’interprétation donnée par les Pères des scènes d’onction, puis celle des récits de l’apparition du Ressuscité à la Magdaléenne. On se limitera, chaque fois, à indiquer les grandes lignes de leur exégèse.


© Jean-Noël Guinot, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Évangile n° 138  (décembre 2006), "Figures de Marie-Madeleine", p. 15-16. 

 

 
Jn 12,1-8
Jn 21
Lc 7,37-50
Mc 14,3-9
Mt 26,6-13
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org