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Notre Père
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Avril Anne-Catherine
Eclairages rabbiniques sur le Notre Père
Théologie
 
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Sanctifier le Nom de Dieu est la vocation-mission d'Israël ...
 

Que ton nom soit sanctifié
Sanctifier le Nom de Dieu est la vocation-mission d’Israël (cf Lv 22,32 ; Ez 36,22-23). L’adjectif '' saint '' signifie en premier lieu '' séparé '' ; Dieu est le Saint par excellence car, s’il est le créateur, il ne se confond pas avec sa création. Il est le Tout-Autre.

Israël sanctifie le Nom de Dieu en se séparant du péché et de l’idolâtrie par l’observance des commandements ; les membres du peuple participent à la sanctification du nom divin ('' qiddouch ha-Chem '') de trois façons : le martyre, une conduite exemplaire et la prière. Comme le verbe hébreu ('' leqadesh '', forme intensive) va jusqu’à signifier '' rendre Dieu saint '', on peut dire qu’Israël, en se séparant du péché, témoigne de l’unique Saint et permet donc que Dieu soit reconnu comme saint dans le monde.

Proclamer la sainteté de Dieu, c’est aussi affirmer sa transcendance. En sanctifiant le nom de Dieu, Israël fait entrer sa transcendance dans le monde. Cela s’opère dans la prière liturgique, principalement dans la qedouchah qui reprend : '' Saint, Saint, Saint le Seigneur des armées '' (Is 6,3), en le combinant avec son complément indissociable : '' Bénie soit la gloire du Seigneur depuis son lieu '' (Ez 3,12 ). Dieu est le tout Autre ('' saint, saint saint '') ; cependant '' la terre est remplie de sa gloire '', c’est-à-dire le révèle. Mais cette gloire, la tradition l’affirme, vient d’un lieu encore inconnu du monde.

La ''qedouchah'' est une prière communautaire : il faut au moins dix personnes (''minyan'') pour former une communauté et réciter cette prière.

Troisième bénédiction de la '' Amidah '' : la sanctification (''qedouchah'') :

(À voix basse :) Tu es saint et ton nom est saint. Et les saints chaque jour te loueront, '' Selah '' ! Béni es-tu, Seigneur, le '' Dieu saint '' !
(À haute voix :) —Nous sanctifierons ton nom dans le monde, comme on le sanctifie dans les hauteurs célestes, ainsi qu’il est écrit par ton prophète : '' Saint ! Saint ! Saint ! est le Seigneur des armées, sa gloire remplit toute la terre ''.
— De leur côté, d’autres disent : Béni !
— '' Bénie soit la gloire du Seigneur depuis son Lieu ! ''
— Et dans tes saints écrits il est dit :
— '' Le Seigneur règne éternellement, ton Dieu, ô Sion, d’âge en âge. Hallelouyah ! ''
— D’âge en âge nous dirons ta grandeur et d’éternité en éternité nous proclamerons ta sainteté. Ta louange, ô notre Dieu, ne quittera jamais notre bouche car tu est Dieu, roi grand et saint.
— Béni es-tu Seigneur, le '' Dieu saint '' !


Que ton Règne vienne
Le '' Qaddish '' demande la sanctification du nom divin, mais aussi la venue du royaume. Prononcé à différentes occasions et jalonnant les différentes sections de la prière liturgique, il est surtout connu pour son usage auprès d’un défunt ; le plus proche parent doit le réciter : le défunt ne pouvant plus sanctifier le nom de Dieu sur la terre, cela se fera par ses descendants.

Qaddich :

'' Que soit magnifié et sanctifié son grand nom dans le monde '' qu’il a créé selon sa volonté ; et qu’il établisse son règne de notre vivant et de vos jours et du vivant de toute la maison d’Israël, bientôt et dans un temps proche ; et dites : Amen !
Que son grand nom soit béni à jamais et d’éternité en éternité !
Que soit béni et célébré, glorifié et exalté, élevé et honoré, magnifié et loué, le nom du Saint, béni soit-il ! Lui qui est au-dessus de toute bénédiction et de tout cantique, de toute louange et de toute consolation qui sont proférées dans le monde ; et dites : Amen !
Que les prières et supplications de tout Israël soient accueillies par leur Père qui est aux cieux ; et dites : Amen !
Que la plénitude de la paix nous vienne des cieux, ainsi que la vie, pour nous et pour tout Israël ; et dites : Amen !
Que Celui qui établit la paix dans ses hauteurs l’établisse sur nous et sur tout Israël ; et dites : Amen !


Dieu est roi, sa qualité royale réfère à ses deux fonctions de créateur et de juge. Il est maître de la création et de l’histoire. Un jour il sera reconnu comme tel par tous : '' En ce jour-là, le Seigneur sera roi sur toute la terre ; en ce jour-là le Seigneur sera Un et son nom Un '' (cf. Za 14,9). Ce règne dont l’accomplissement est à venir est déjà présent dans la proclamation liturgique : '' Le Seigneur a régné, le Seigneur règne, le Seigneur règnera à jamais '' (office du samedi matin, avant la lecture de la Torah). Un règne donc déjà venu et encore à venir, objet d’espérance tant que Dieu ne sera pas reconnu roi par toute la terre.

Dans le cadre de la prière de Roch ha-chanah dont les éléments principaux sont antérieurs à l’an 70 de notre ère, Dieu est appelé '' Notre Père, notre roi '' ; c’est une autre façon de montrer l’équilibre entre la transcendance et l’immanence, entre la justice de Dieu et sa miséricorde.

L’expression '' recevoir sur soi le joug du royaume de cieux '', liée à la récitation du premier paragraphe du '' Chema Israël '', signifie reconnaître, accepter et recevoir cette souveraineté de Dieu sur la vie humaine.

Michnah '' Berakhot '' 2,2
Rabbi Yehoshua ben Korha dit : pourquoi '' Écoute Israël '' précède-t-il '' Et voici, si vous écoutez '' ? C’est parce que l’on doit d’abord recevoir sur soi le joug du royaume des cieux et ensuite seulement celui des commandements.


© Anne-Catherine Avril, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Evangile n° 132 (juin 2005), "La prière du Seigneur (Mt 6, 9-16 ; Lc 11, 2-4)", p. 22-24.

 

 
 
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