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Fautes passées
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Wénin André
Le poids des fautes passées
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Le problème de famille qui se pose dès le début de l'histoire de Joseph remonte à... Abraham !
 

Le problème de famille qui se pose dès le début de l’histoire de Joseph n’est pas ''sui generis''. Il a au contraire une longue histoire qui remonte à Abraham.

À peine Isaac est-il sevré, en effet, qu’il se trouve privé de son frère aîné quand Sara, jalouse, exige qu’Ismaël soit renvoyé avec sa mère (Gn 21, 8-14). Apparemment, cela n’a pas de suite pour Isaac. Pourtant, le lecteur s’aperçoit qu’il s’établit au puits de Lahaï-Roï (24, 62 ; 25, 11), un lieu chargé du souvenir de son frère puisque sa naissance et sa destinée y ont été annoncées à sa mère (16,11-14). Devenu père de jumeaux, Isaac préfère son fils aîné, homme des grands espaces comme Ismaël son frère aîné (25, 27-28, voir 21, 20-21). Comme son oncle encore, Ésaü épouse des femmes étrangères (26,34), avant de se marier avec une fille d’Ismaël dans l’espoir de plaire à Isaac (28, 6-9). Tous ces détails convergent et donnent à penser que la préférence d’Isaac pour son aîné est peut-être liée au fait qu’il s’est vu très tôt privé de son frère.

De son côté, Rébecca jette son dévolu sur Jacob, à l’instar de sa belle-mère Sara qui, elle aussi, avait préféré le cadet. Dans une sorte de jalousie maternelle pour le second, toujours comme Sara, elle fait en sorte que son fils chéri détrône l’aîné, en le privant de la bénédiction paternelle. Ce vol odieux provoque la haine d’Ésaü, et, pour éviter le pire, Jacob s’enfuit de chez lui (27, 41 – 28, 5). Sur les conseils de ses parents, il arrive chez son oncle maternel, Laban, où il rencontre Rachel, nièce de Rébecca, belle femme comme elle (29, 10.17et 24, 16) et cadette comme lui. Invité à habiter et à travailler chez Laban, Jacob aime Rachel plutôt que l’aînée, Léa. Mais cela tourne vite au vinaigre : rusé comme sa sœur, Laban trompe Jacob avec Léa et en sa faveur, comme Rébecca avait dupé son mari avec son fils aimé et en sa faveur. Jacob entre à nouveau en conflit, cette fois avec cet oncle qui s’est dit » son frère » (29, 15). De leur côté, ses deux épouses – dont l’une est haïe mais féconde, l’autre aimée mais stérile – répètent le conflit entre la grand-mère Sara et sa rivale Hagar, usant elles aussi de servantes comme « mères porteuses » (29, 31 – 30, 23).

C’est dans ce contexte que naissent les douze fils de Jacob. Leurs noms traduisent l’exacerbation de l’envie qui obsède les deux femmes dans la course au mari et à l’enfant. Est-il étonnant dans ce cas de les voir plonger à leur tour dans des conflits marqués par la jalousie et la haine, quand Jacob reporte sur le fils de Rachel la préférence qu’il manifestait déjà pour sa mère, morte au moment où commence l’histoire de Joseph (37, 1-11) ?

Ainsi, d’une génération à l’autre, dans cette famille, les problèmes relationnels se répètent, se déplacent, s’amplifient. Dès lors, en venant à bout définitivement des querelles familiales, Joseph et ses frères mettent un terme non seulement à leur propre conflit, mais aussi à un problème qui traîne depuis plusieurs générations.


© André Wénin,
SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 130 (décembre 2004), "L'histoire de Joseph (Gn 37-50)", (p. 12).

 
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