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Fin du monde
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Matthieu (Evangile de)
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Tombeau
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Tassin Claude
Du tombeau à la fin du monde
Théologie
 
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L'évangéliste rassemble des épisodes qui tournent autour de la nuit du tombeau...
 

Lecture de Mt 27, 57 à 28, 20
La liturgie joint au récit de la Passion (dimanche A des Rameaux) deux épisodes qui, en réalité, appartiennent à la phase suivante, à savoir l’ensevelissement de Jésus (Mt 27, 57-61) et, péripétie propre à Matthieu, la garde du tombeau (27, 62-66), une scène dont la même liturgie ignore le dénouement (28, 11-15). En réalité, la fin de cet évangile semble s’organiser de la manière suivante, en deux étapes. D’abord, pour le croyant qui jamais ne bénéficiera d’apparitions du Ressuscité, l’évangéliste rassemble des épisodes qui tournent autour de la nuit du tombeau (27, 57 – 28, 8). Mais ensuite, pour conforter la foi de son lecteur, Matthieu rassemble les scènes apparitions (28, 9-20) dont ont bénéficié les premiers témoins.

Le tombeau (27, 57 – 28, 8)
[Dimanche A des Rameaux et de la Passion : Mt 27, 57-66]
[Veillée pascale A : Mt 28, 1-10]

L’insistance sur l’ensevelissement veut souligner la réalité du décès de Jésus, un trait que Matthieu accentue encore en évoquant la surveillance du tombeau. Ainsi, les évangiles mettent en récits le contenu du credo ancien des Églises (1 Co 15, 3b-5).

Lecture d’ensemble
Selon la chronologie de Marc, suivie par Matthieu, Jésus a été crucifié un vendredi, veille de la Pâque de cette année-là (l’an 30 ?) et la découverte se situe à l’aube du dimanche (ou avant ?). Le lien vital entre l’ensevelissement décisif et la résurrection est assuré par la présence de « Marie la Madeleine et l’autre Marie » (27, 61 et 28, 1 ; voir 27, 56).

« L’ensevelissement » (27, 57-61) s’effectue à l’initiative de Joseph, originaire d’Arimathie, qui obtient de Pilate l’autorisation nécessaire (v. 57-58). La sépulture même est à la fois sobre et empreinte de vénération et la mise en place de la grande pierre signe le pouvoir définitif de la mort (v. 59-60). Enfin, les deux femmes veillent le défunt.

Propre à Matthieu, l’épisode de « la garde du tombeau » (27, 62-66) ramène à l’avant-scène les grands prêtres et les pharisiens. Leur requête adressée à Pilate mentionne deux fois la résurrection. Ils font mémoire de la prédiction de Jésus et craignent un rapt du corps par les disciples, qui diraient : « Il a été éveillé des morts » (v. 64). Le tout s’achève par une double précaution : des scellés mis sur la pierre et un peloton de garde.

La visite des « deux femmes au tombeau » (28, 1-8) est racontée, dans les grandes lignes, sous la forme littéraire d’une « annonciation » :

a) L’événement s’ouvre (v. 2-3) par un « séisme » qui introduit l’Ange du Seigneur. Ce dernier roule la pierre, signe de la puissance de la mort, et s’assied dessus, signe de la victoire sur la mort. Son aspect lumineux confirme son origine céleste.

b) Dans les annonciations, l’apparition céleste suscite la crainte. Ici, cette réaction est transférée aux gardes qui, secoués, sont « comme morts » (v. 4).

c) Fidèle aux annonciations, le discours (v. 5-7) s’ouvre par l’invitation à ne pas craindre. Puis vient la révélation (le Crucifié est ressuscité), assortie d’un signe (« venez voir le lieu où il gisait ») et d’une mission : annoncer la nouvelle aux disciples et leur donner rendez-vous en Galilée.

d) Avec une crainte religieuse et en grande joie, les femmes courent accomplir leur mission (v. 8).


Au fil du texte.
1. Joseph (27, 57), originaire du nord de la Judée, est suffisamment riche et influent pour persuader le gouverneur. Les quatre évangiles relatent le nom et le geste de ce personnage qui, apparemment peu connu d’eux, reçoit de la tradition des traits variés. Chez Marc (15, 43), il s’agit d’un membre du sanhédrin, sympathisant du Royaume de Dieu. Luc (23, 50-51) étoffe ce portrait. Jean (19, 38) voit en lui un crypto-disciple (voir Jn 9, 22) qui se déclare enfin, tandis que Matthieu voit en lui un vrai disciple.

2. Dans l’affaire de la garde du tombeau (Mt 27, 62 ss.), « les pharisiens » refont surface, en une alliance peu naturelle avec « les grands prêtres ». Le lecteur devine que le procès de Jésus va se poursuivre à travers ses disciples, sur le plan politique avec les autorités du Temple, sur le plan doctrinal avec les pharisiens. Pour eux tous, Jésus est un imposteur, et sa résurrection une imposture. Malgré eux, ils prophétisent. Oui (v. 64), bientôt « ses disciples diront au peuple : il a été éveillé des morts ».

3. Chez Marc 16, 2, la visite au tombeau se situe à l’aube du dimanche. Mais Matthieu 28, 1 peut se traduire ainsi : « le soir du sabbat, alors que commençait à luire le premier jour de la semaine » (voir « Dans le lectionnaire »). Dans le judaïsme ancien, le jour commence avec la première étoile du soir. À preuve déjà le comput de Genèse 1, 5 : « Il y eut un soir, il y eut un matin : jour premier. » En ce cas, chez Matthieu, la visite au tombeau se passe de nuit, une nuit qu’illumine l’Ange, non seulement parce qu’il a l’aspect de l’éclair, mais à cause de son message.

4. L’Ange du Seigneur n’était plus intervenu depuis les récits de l’Enfance (Mt 1 – 2). Il signifie la présence de Dieu lui-même avec, ici, deux aspects déterminants.

a) C’est d’abord l’aspect « visuel » (v. 2-3) réunissant les symboles qui révèlent Dieu comme vainqueur de la mort. Marc 16, 4 se contentait d’indiquer la découverte de la pierre déjà roulée. Malgré la surenchère de Matthieu, la perspective reste la même : si les premiers témoins ont vu Jésus ressuscité, ils ne l’ont pas vu « ressusciter », l’événement en soi transcendant l’histoire humaine. Avec ses parallèles canoniques, la logique de Matthieu n’est pas celle-ci : « il n’est pas ici, donc il est ressuscité « , mais bien celle-là : « il est ressuscité, donc il n’est pas ici, chez les morts ». Le tombeau vide n’est pas une preuve (voir la thèse du rapt, Mt 28, 13), mais un indice proposé à la foi.

b) L’autre aspect à considérer est « la parole », le message de l’Ange, résumé en une formule : « Il a été éveillé (par Dieu) d’entre les morts » (v. 7). La phrase constitue l’essentiel de la foi chrétienne et le pivot de l’annonce missionnaire. Mettre ce « kérygme » dans la bouche de l’Ange, c’est dire que cette foi a pour origine une révélation de Dieu en personne dans le cœur des croyants.


© Claude Tassin, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 129 (septembre 2004), "Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu", (p. 86-88).

 
Mt 27,57-28,8
 
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