1111
Larmes
1086
Marie-Madeleine
1110
Parfums
3
Billon Gérard
17
Morin Dominique
Marie-Madeleine : parfums et larmes
Gros plan sur
 
Commencer
 
Le portrait habituel de Marie-Madeleine est construit à partir de plusieurs épisodes évangéliques
 
Une femme en larmes qui brise un vase de parfum sur les pieds de Jésus, telle est pour beaucoup l'image-type de Marie-Madeleine. Or cette scène, qui a été racontée plusieurs fois par les récits évangéliques, n'a pas Marie de Magdala pour héroïne. Pourquoi ?

Le nom de Marie-Madeleine évoque le plus souvent l'image d'une femme pardonnée, guérie, aimante et profondément attachée à Jésus et à sa Parole. En fait, ce portrait idéalisé est construit à partir de plusieurs épisodes évangéliques.

Portraits de femme
La femme pardonnée est évoquée par Luc qui rapporte l'histoire d'une "pécheresse" qui, lors d'un repas chez un pharisien nommé Simon, baigne les pieds de Jésus de larmes et de parfum, les essuie de ses cheveux et reçoit la parole de vie : "Ta foi t'a sauvée, va en paix" (Lc 7,36-49).

La femme guérie et aimante c'est évidemment Marie de Magdala (cf. p. 12).

La femme attachée à la Parole de Jésus, c'est Marie, sœur de Marthe, préférant l'écoute aux tâches domestiques (Lc 10,38-42). Jean précise que Marthe et Marie habitent Béthanie et qu'elles ont un frère, Lazare, que Jésus ressuscitera (Jn 11, 1-44). Il ajoute que Marie, plus tard, va oindre les pieds de Jésus avec du parfum et les essuyer de ses cheveux (Jn 12,1-8 ; la scène est aussi racontée par Marc et Matthieu qui ne donnent pas le nom de la femme).

Une lecture attentive distingue donc plusieurs femmes : Marie de Magdala, Marie de Béthanie, et une pécheresse anonyme. S'il s'agissait d'une seule et même personne, les évangélistes l'auraient signalé. Comment, par exemple, imaginer que Luc puisse longuement parler de "la pécheresse" sans préciser son identité, alors qu'il mentionne Marie de Magdala juste après (Lc 7,36-50 et 8,2) ? Mais pourquoi alors un lecteur tel que Grégoire le Grand (540-604) affirme-t-il : "Celle que Luc appelle "la pécheresse", que Jean nomme Marie (de Béthanie), c'est celle-là même, nous le croyons, de laquelle, au témoignage de Luc et de Marc, sept démons furent chassés (Marie de Magdala)" ?

Beaucoup d'amour
Bien sûr, on relève la parenté entre la pécheresse au vase de parfum chez "Simon le pharisien" (Lc 7) et la femme qui, chez "Simon le lépreux", parfume la tête de Jésus à l'approche de la Passion (Mt 26,6-13 et Mc 14,3-9) ; cette dernière correspondrait à Marie de Béthanie selon Jn 12,1-8. Mais quel rapport avec Marie de Magdala ?

Réponse : il s'agit de trois femmes en larmes qui ont montré beaucoup d'amour. Amour qui brave les convenances sociales (l'acte de la pécheresse et celui de Marie de Béthanie suscitent la réprobation des spectateurs), amour qui déjà embaume le corps promis à la mort. Pleurs de la pécheresse, pleurs de Marie de Béthanie lors de la mort de Lazare (Jn 11,33), pleurs de Marie de Magdala devant le tombeau (Jn 20,11-14).

Enfin, sachant que péché, maladie et démons sont mêlés dans les récits bibliques, le lecteur peut rapprocher symboliquement Marie de Magdala "guérie" de la pécheresse "pardonnée".

Il admire aussi les correspondances entre deux épisodes qui encadrent le récit de la Passion selon Jean : ici le parfum versé par Marie de Béthanie anticipe sur la sépulture de Jésus (Jn 12) et là les pleurs de Marie de Magdala signent un deuil inouï : le corps de Jésus est hors de portée alors que sa parole demeure et envoie (Jn 20).

SBEV. Dominique Morin et Gérard Billon


De la Bible à la théologie féministe, parcours au fil des âges :
> > > Figures de Marie-Madeleine
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org