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Enfant prodigue
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Père
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Stricher Joseph
La parabole du "fils prodigue". Lecture au fil du texte de Lc 15,11-32
Commentaire au fil du texte
 
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Comment appeler cette parabole ? Celle du fils prodigue ? Du fils perdu ? Du fils retrouvé ? Du père prodigue ?
 

L’enfant prodigue : « il fallait festoyer… »

Comment faut-il appeler cette parabole ? Celle du fils prodigue ? Du fils perdu ? Du fils retrouvé ? Du père prodigue ? La diversité des titres révèle la diversité des lectures de ce texte célèbre. Relisons, une fois de plus, la parabole mais en prenant soin de ne pas l’isoler de son contexte.

Les murmures Après ses débuts en Galilée, Jésus monte vers Jérusalem. Il exerce un pouvoir d’attraction sur les gens de mauvaise vie au grand scandale des scribes et des pharisiens. Ces gens sont les tenants de ''l’orthodoxie'' et de ''l’orthopraxie'' : ils connaissent la Loi et la mettent en pratique. Ils contestent le comportement de Jésus. Quand celui-ci avait accepté l’hospitalité de Lévi le collecteur d’impôts (Lc 5,29-32), ils avaient déjà murmuré. Simon le pharisien avait également grommelé en lui-même quand Jésus avait laissé une pécheresse inonder ses pieds de larmes et de parfum (Lc 7,36-50). Mais Jésus avait parlé longuement aux pharisiens en l’invitant à regarder cette femme et à comprendre les gestes qu’elle fait. Dans notre texte, nous sommes dans la même configuration. Jésus accomplit un programme annoncé dans la synagogue de Nazareth : proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue. Mais les pires aveugles sont ceux qui refusent de voir clair. C’est à eux que Jésus raconte trois paraboles de miséricorde bâties sur le même modèle : quelqu’un perd une partie de ce qu’il possède, la retrouve et se réjouit en faisant la fête. En prélude de la parabole la plus développée, celle du père et des deux fils, deux histoires parallèles mettent en scène un homme et une femme – ce parallélisme entre les sexes est fréquent chez Luc – qui ont respectivement perdu et retrouvé une brebis et une pièce d’argent.

L’objet perdu D’une parabole à l’autre, « l’objet perdu » gagne en importance. Bien que le berger soit aisé et la femme pauvre, le premier n’a perdu qu’un centième de son troupeau. La seconde a perdu un dixième de son argent. Le dernier par contre a perdu la moitié de ses fils. La perte est considérable, d’autant plus qu’il ne s’agit plus d’un animal ou d’un objet, mais d’un être humain et d’un être humain très proche. Mais, paradoxalement, plus l’importance de « l’objet perdu » augmente, moins son propriétaire fait d’efforts pour le chercher. Le berger parcours le désert, la ménagère fouille la maison, mais le père ne bouge pas, du moins dans un premier temps.

L’objet retrouvé Dans les deux premières paraboles, le narrateur ne s’attarde pas sur les circonstances des retrouvailles. L’objet perdu a été retrouvé, cela suffit. Il n’en va pas de même dans la troisième parabole qui, après avoir décrit le départ du fils à l’étranger, s’arrête longuement sur les conséquences de sa vie de désordre avec l’image des porcs, destinée à faire frémir d’horreur un auditoire juif. Par un effet de focalisation interne, le narrateur nous livre les états d’âme du « perdu » qui envie la nourriture des ouvriers de son père et même celle des porcs qu’il garde. Sa conversion, dans le sens étymologique de faire demi-tour, est provoquée par la faim. Le jeune homme rentre pour être un ouvrier. Les retrouvailles se font dans un mouvement conjoint du fils et du père, l’un vers l’autre. Mais le fils n’est retrouvé comme fils que grâce à la pitié du père.

Les réjouissances Les trois paraboles se terminent par la joie d’avoir retrouvé ce/celui qui était perdu. Il y a cependant de grandes différences. Les deux premières paraboles ne précisent pas la nature des réjouissances, mais disent qui est invité. Elles sont immédiatement suivies d’une explication qui montre la joie de la cour céleste devant la conversion d’un pécheur. La troisième parabole n’est pas commentée par le narrateur mais par le père. Les réjouissances sont précisées : il s’agit d’un repas de fête. Ce repas dépasse largement l’attente du fils cadet qui rêvait des restes de pain des ouvriers de son père.

Un invité récalcitrant Le repas final de la parabole rejoint la situation du paraboliste qui mange avec les pécheurs. Dans la fiction comme dans la réalité la même question est posée : Qui peut participer au repas ? « Mangeons et festoyons » lance le père de la parabole à la cantonade. Pour lui, tout le monde est invité. Mais le fils aîné refuse l’invitation. Il se met en colère et lance des accusations, sans preuve, contre son père et son frère, lui aussi sorti à sa rencontre (Ton fils que voici...). A-t-il raison de dire à son père qu’il ne lui a pas donné un chevreau ? Lui en a-t-il demandé un ? Pourquoi n’amène-t-il pas ses amis à la maison pour manger du chevreau ? Voudrait-il manger loin du père, avec des filles, comme son frère ? Pourquoi accuse-t-il son frère – qu’il appelle ‘ton fils’ – d’avoir mangé l’avoir du père avec des filles ? Comment le sait-il ? Il ne lui a pas parlé. Pour lui péché = femmes. Les lectrices de la parabole apprécieront. La parabole s’achève donc sur une question : le fils aîné entrera-t-il dans la salle de fête ? Le narrateur se garde bien de fournir la réponse. Celle-ci appartient aux auditeurs...et aux lecteurs.

Il fallait festoyer et se réjouir Par ses paraboles, Jésus offre à ses auditeurs un parcours de conversion. Après avoir invité les pharisiens et scribes à s’assimiler à un bon berger : « Lequel d’entre vous... » et à partir à la recherche de celui qui s’égare, Jésus les amène à contempler la pitié du père (« les entrailles de bonté » selon une traduction littérale). et à accueillir celui qui revient. Cet accueil que Jésus enseigne et qu’il met en pratique correspond à la volonté de Dieu. C’est quelque chose d’impératif : « il fallait festoyer et se réjouir » dit Jésus. Le salut par l’accueil des pécheurs et le pardon des péchés procure la joie. Par contre, celui qui refuse d’entrer dans cette logique nouvelle se condamne à la tristesse. Il est réduit à porter un regard haineux – et jaloux peut-être – sur celui qui a osé manger loin du père avec des filles, à refuser de le considérer comme son frère et à murmurer contre celui qui l’accueille et lui signifie qu’il est pardonné.

« Le fils aîné, ô Seigneur, c’est moi » L’évangile de Luc appelle le lecteur à faire la même démarche de conversion. Celui-ci devra faire l’effort de lire la séquence dans son intégralité et de ne pas se précipiter sur le personnage qui l’arrange. Un lecteur croyant, au cours d’une célébration liturgique, peut chanter « Le front baissé, l’enfant prodigue, ô Seigneur, c’est moi ». Mais ce n’est guère dérangeant. L’histoire se termine bien, par un repas de fête. S’assimiler au fils aîné est une autre affaire. La parabole devient dérangeante. Loin de s’achever sur un ''happy end'', elle laisse entendre la perte du fils aîné si celui-ci s’obstine dans son aveuglement. Elle devient une pressante invitation adressée au pratiquant afin qu’il remette en cause son comportement envers Dieu et envers les autres et plus particulièrement ceux qu’il considère comme perdus.

© Joseph STRICHER

 
Lc 15,11-32
11Il dit encore : « Un homme avait deux fils.
12Le plus jeune dit à son père : "Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir." Et le père leur partagea son avoir.
13Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout réalisé, partit pour un pays lointain et il y dilapida son bien dans une vie de désordre.
14Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans l'indigence.
15Il alla se mettre au service d'un des citoyens de ce pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs.
16Il aurait bien voulu se remplir le ventre des gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait.
17Rentrant alors en lui-même, il se dit : "Combien d'ouvriers de mon père ont du pain de reste, tandis que moi, ici, je meurs de faim !
18Je vais aller vers mon père et je lui dirai : Père, j'ai péché envers le ciel et contre toi.
19Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes ouvriers."
20Il alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut pris de pitié : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
21Le fils lui dit : "Père, j'ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils..."
22Mais le père dit à ses serviteurs : "Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le ; mettez-lui un anneau au doigt, des sandales aux pieds.
23Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
24car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé." « Et ils se mirent à festoyer.
25Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses.
26Appelant un des serviteurs, il lui demanda ce que c'était.
27Celui-ci lui dit : "C'est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras parce qu'il l'a vu revenir en bonne santé."
28Alors il se mit en colère et il ne voulait pas entrer. Son père sortit pour l'en prier ;
29mais il répliqua à son père : "Voilà tant d'années que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres ; et, à moi, tu n'as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
30Mais quand ton fils que voici est arrivé, lui qui a mangé ton avoir avec des filles, tu as tué le veau gras pour lui !"
31Alors le père lui dit : "Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
32Mais il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé." »
 
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