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Evangile de Jean
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Prologue
441
Verbe
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Debergé Pierre
Le Verbe s'est fait chair. Au fil du texte : Jn 1,1-18
Commentaire au fil du texte
 
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Le Nouveau- né, Georges De La Tour (1645) Musée des Beaux-A ...
Au coeur de la révélation chrétienne, une conviction : ''Dieu a planté sa tente parmi nous''
 

Prologue à l'évangile

L’évangile selon Jean s’ouvre par un texte admirable mais difficile : le Prologue. En quelques lignes il nous livre la nouveauté de la révélation chrétienne.

Ecrit dans un langage poétique, d’une construction très élaborée, le texte de Jn 1,1-18 est rythmé en trois mouvements principaux. Il chante successivement la préexistence du Verbe (v. 1-5) sa présence auprès des hommes (v. 6-15), son incarnation en la personne de Jésus (v. 16-18).

Au commencement (v.1-5)
''Au commencement était le Verbe'' : c’est la reprise des premiers mots de la Bible où l’on nous dit qu’ ''au commencement'' Dieu créa le ciel et la terre. Le premier verset du Prologue rappelle donc le premier verset de la Bible, pour que nous contemplions le Verbe qui n’a pas été créé, qui existe de toute éternité, qui est ''auprès de Dieu''.

On apprend ainsi que le Verbe n’existe pas pour lui-même, mais qu’il est tourné, tendu vers Dieu. C’est une manière de dire qu'il se reçoit de Dieu en même temps qu’il se donne à lui. Depuis toujours, il est vers Dieu, et il est Dieu. Comme tel, précise le Prologue, le Verbe a été le maître d’œuvre de la création, puisque tout a été fait par lui et que rien ne subsiste en dehors de lui.

Du Verbe, ce texte nous dit enfin qu’il est inséparablement vie et lumière. Tout au long de son évangile, Jean appliquera ces deux mots à la figure de Jésus qu’il présentera comme la ''Lumière du monde'' (8,12) et ''la Résurrection et la Vie'' (11,25). Non sans évoquer le récit de la Genèse, ces mots s’inscrivent pourtant ici dans un contexte de résistance et d’opposition. Mais le texte du Prologue est ambigu, et les traducteurs hésitent. En traduisant ''la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée'', on soulignera la force et la victoire du Verbe dans son combat contre les ténèbres. En traduisant ''et les ténèbres ne l’ont pas comprise'', on mettra l’accent sur le refus de la Lumière par quelques-uns.

Du Verbe lumière au Verbe fait chair (v.6-15)
Nous voilà maintenant conduits sur terre. Après la contemplation du Verbe dans son éternité, le texte nous oriente vers un homme, Jean (il s'agit de Jean-Baptiste). Et l’évangéliste précise qu’il ''n’était pas la Lumière mais il était là pour lui rendre témoignage'' (vv.7-8). Pourquoi une telle précision ? Pourquoi, dans le verset suivant, cette autre remarque : ''Le Verbe était la vraie Lumière'' (v.9) ?

On pourrait penser que la polémique prend ici le pas sur la méditation. Il n’en est rien. De manière décisive, le Prologue distingue le Verbe qui était ''dès le commencement tourné vers Dieu'' et Jean-Baptiste, un homme venu de la part de Dieu. Mais il élève Jean-Baptiste au rang de témoin privilégié de la Lumière. Ce qui fera dire plus loin à l’auteur du Quatrième évangile : ''Ce qu’il a dit au sujet de cet homme est vrai'' ( 10, 41). À cela s’ajoute pourtant un double constat douloureux concernant le Verbe. ''Il était dans le monde, dit le Prologue, ''lui par qui le monde s’était fait, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu'' (v.11). Heureusement, certains l’ont accueilli et ils sont devenus ''enfants de Dieu'' (v.12).

Nous sommes ici au cœur de la composition poétique du Prologue, exactement au milieu. Nous sommes également au cœur de la pensée johannique. La Première Lettre de Jean le réaffirmera : il n’y a pas de don plus grand que celui de devenir enfant de Dieu (1 Jn 3,1-2).

Suit une dernière mention du Verbe. Des mots nouveaux apparaissent : chair, gloire, Fils unique, Père. Du Verbe, dont nous savions qu’il existe depuis toujours et que tout subsiste en lui, nous apprenons maintenant qu’il est entré dans l’histoire des hommes. Lui, le Fils unique, il a pris notre chair, et ''nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père…'' (v.14). Mystère étonnant de la manifestation de la Gloire de Dieu dans et à travers l’incarnation du Verbe.

Enfin le texte évoque une dernière fois Jean-Baptiste pour qu’on entende de ses lèvres l’aveu de sa dépendance radicale : ''Lui qui vient derrière moi, il a pris place devant moi…'' (v.15).

Jésus Christ (v. 16-18)
Dans ces versets, le ''Verbe'' disparaît et un nom apparaît : Jésus Christ (v.16). Face à un autre nom : Moïse. Comme pour relier - ou opposer ? - l’ancienne et la nouvelle alliance. Vient un ultime verset : ''Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fis unique qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le faire connaître'' (v.18). Et voilà que tout s’éclaire : Jésus Christ, le Fils unique, est le Verbe fait chair. En lui, Dieu a livré à l’humanité la plénitude de sa grâce. Par lui, le Père s’est fait connaître.

Tel est le cœur de la révélation chrétienne. En Jésus-Christ, Dieu ''a planté sa tente parmi nous''. Il s’est fait Parole vivante. Pour que nous découvrions son vrai visage et notre vrai visage. En Jésus Christ, le Verbe fait chair, la création a été saisie et transfigurée par celui qui est à l’origine de tout et qui entretient avec le Père une relation unique. Pour que nous reconnaissions en chaque être humain la lumière divine et que nous devenions enfants de Dieu.

© Pierre DEBERGÉ. 


Note : Il a planté sa tente Le Verbe a ''habité'' chez les hommes. Mieux, il a ''planté sa tente''. Pourquoi insister sur cette image ? Souvenons-nous : lors de l'exode et du séjour au désert, Le Seigneur avait fait construire une tente, lieu de rencontre entre lui et Moïse et signe de sa présence au milieu de son peuple. De plus la ''Gloire'' du Seigneur remplissait cette tente (Exode 40,34-38). Pour le Quatrième évangile, la personne de Jésus est désormais le lieu saint où les hommes rencontrent Dieu.

 
Jn 1,1-18
1Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.
2Il était au commencement tourné vers Dieu.
3Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui.
4En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes,
5et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise.
6Il y eut un homme, envoyé de Dieu : son nom était Jean.
7Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui.
8Il n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière.
9Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme.
10Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu.
11Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l'ont pas accueilli.
12Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.
13Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.
14Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père.
15Jean lui rend témoignage et proclame : « Voici celui dont j'ai dit : après moi vient un homme qui m'a devancé, parce que, avant moi, il était. »
16De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce.
17Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
18Personne n'a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org