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Jésus
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Luc
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Jésus dans l'évangile de Luc
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Dans son évangile, Luc nous dépeint Jésus comme un Seigneur, un roi qui visite son royaume et inaugure une ère nouvelle.
 

Envoyé par le Père, Jésus vient visiter son peuple et inaugurer les temps nouveaux. Pour St Luc, Il est le Seigneur qui sauve. Jésus entraîne ses disciples à sa suite. La partie centrale de l'évangile est une longue montée vers Jérusalem, la ville de son destin. Luc nous dépeint Jésus comme un Seigneur, un roi qui visite son royaume et inaugure une ère nouvelle. À son contact, "les aveugles voient … la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres." (7,22)

Lisons un épisode de cette marche vers Jérusalem. Nous y découvrons les traits caractéristiques du Seigneur Jésus dépeint par Luc :

Or, comme il approchait de Jéricho, un aveugle était assis au bord du chemin, en train de mendier.
Ayant entendu passer une foule, il demanda ce que c'était. On lui annonça : "C'est Jésus le Nazôréen qui passe."
Il s'écria : "Jésus, Fils de David, aie pitié de moi"! Ceux qui marchaient en tête le rabrouaient pour qu'il se taise; mais lui criait de plus belle : "Fils de David, aie pitié de moi"!
Jésus s'arrêta et commanda qu'on le lui amène: quand il se fut approché, il l'interrogea : "Que veux-tu que je fasse pour toi" ? Il répondit : "Seigneur, que je retrouve la vue"! Jésus lui dit : "Retrouve la vue. Ta foi t'a sauvé".
A l'instant même, il retrouva la vue et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. Tout le peuple voyant cela fit monter à Dieu sa louange.
(18,35-43)

L'astre levant venant visiter son peuple
Dans l'évangile de Marc et de Matthieu, Jésus guérit l'aveugle à la sortie de la ville. Chez Luc cela se passe "à l'approche" de la ville. Le déplacement de lieu peut sembler insignifiant. Il a pourtant du sens. Chez les premiers lecteurs de l'évangile de Luc, l'arrêt de Jésus aux portes de la ville évoque les coutumes des rois grecs qui visitent leur pays et s'arrêtent aux portes des villes pour écouter les doléances de leurs sujets et leur rendre justice. Jésus rend justice à un infirme. Il lui restitue l'intégrité physique et, en même temps, la dignité de membre du peuple de Dieu. L'ancien aveugle peut maintenant marcher à la suite de Jésus en chantant les louanges de Dieu. Les paroles prophétiques de Zacharie s'accomplissent :
"C'est l'effet de la bonté profonde de notre Dieu :
grâce à elle l'astre levant venu d'en haut nous a visité.
Il est apparu à ceux qui se trouvent dans les ténèbres et l'ombre de la mort,
afin de guider nos pas sur la route de la paix".
(1,78-79)

Jésus, le Nazôréen
La scène évangélique ne décrit pas en une simple guérison. Elle montre le cheminement de la foi de l'aveugle et de la foule au contact de Jésus. L'infirme interroge les passants. Une voix anonyme le renseigne : c'est "Jésus le Nazôréen". Aujourd'hui, nous ne comprenons plus très bien le sens de ce surnom donné à Jésus. Il peut signifier "Celui qui veille", allusion aux longs moments de prière effectués par Jésus. Il peut signifier également "Celui qui est vigilant", c'est-à-dire celui qui attend le règne de Dieu. Il peut faire allusion aux "Nazirs", des hommes qui se consacraient à Dieu par un voeu. C'est peut-être également un jeu de mot qui mélange toutes ces significations avec le nom du village de Jésus, Nazareth.

Jésus, fils de David
L'aveugle a sa propre opinion sur Jésus : il est le "Fils de David", le roi-messie attendu. Il implore sa pitié et ne se laisse pas rabrouer par ceux qui marchent en tête, les Douze, à qui Jésus vient de dire qu'il doit monter à Jérusalem pour souffrir, mourir et ressusciter. Quand Jésus avait dit cela, Luc avait commenté : "Ils ne comprenaient pas ce que Jésus voulait dire". Pourtant, lors de l'entrée de Jésus à Jérusalem, ils vont crier : "Vive le Roi". Mais pour le moment, alors que Jésus exerce sa royauté sous leurs yeux, ils ne le voient pas. Leur conception de la royauté est différente de celle de Jésus.

Jésus est Seigneur et Sauveur
Avant même de recouvrer la vue, l'aveugle en appelle au "Seigneur". Ce titre, riche de sens, désigne un homme important, un roi ou bien Dieu lui-même. L'aveugle voit plus clair que la foule et plus clair que ceux qui "marchent en tête". Les pauvres sont les premiers à comprendre que Jésus est Seigneur et sont les premiers à l'annoncer. Cela a commencé dès la nuit de Noël avec les bergers.

Avec la guérison de l'aveugle, le récit n'est pas fini. Il atteint son point culminant dans la parole de Jésus : "Ta foi t'a sauvé". Jésus a déjà adressé cette phrase à la pécheresse (7,70), à la femme aux pertes de sang (8,48), au lépreux Samaritain (17,16). Deux femmes, deux hommes. Tous sont exclus du peuple d'Israël à cause de leur soi-disante impureté physique, rituelle, morale ou raciale. Jésus authentifie la qualité de leur démarche et appelle "foi" leur audace d'avoir osé briser des tabous pour s'approcher de lui. Lui aussi brise des tabous en se faisant l'ami des pécheurs et en intégrant des femmes dans son groupe de disciples.

Le salut n'est pas une notion abstraite ou seulement une espérance pour l'au-delà. Il est une nouvelle façon de vivre au contact de Jésus. Les êtres humains sont réconciliés entre eux et ils sont surtout réconciliés avec Dieu. En Jésus se révèle l'amour et le pardon de Dieu : "Il est apparu à ceux qui se trouvent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, afin de guider nos pas sur la route de la paix" (1,79).

Un portrait de Jésus pour aujourd'hui
L'aveugle n'est pas le seul bénéficiaire de l'action de Jésus. La foule elle aussi est transformée. Elle s'arrête et devient un peuple. Le culte n'a plus besoin du sanctuaire de Jérusalem. Il peut s'effectuer dehors, sur un chemin, dans un lieu profane. Il est célébré là où se trouve le Seigneur Jésus. Par lui la puissance salvifique de Dieu rejoint les hommes. Par lui Dieu visite et rassemble son peuple. En lui le peuple fait monter vers Dieu sa prière de reconnaissance et d'action de grâce.

Nous retrouvons beaucoup de traits de ce texte dans l'ensemble de l'évangile de Luc. D'une façon générale l'auteur trace un portrait de Jésus est plein de grâce et de beauté. Jésus rayonne d'une autorité venue d'en haut. Le lecteur est séduit par la qualité de son enseignement et de son comportement. Jésus marche en faisant le bien. Il guérit les blessures physiques et morales. Il calme, apaise et réconcilie. Il annonce la paix messianique par le pardon des péchés. Il apprend à ses disciples à savoir pardonner et il leur donne l'exemple sur la croix : "Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font". Il a une relation très étroite avec Dieu qu'il prie souvent et qu'il appelle Père. Il manifeste la bonté du Père pour tous ses enfants. Personne n'est exclu du Royaume de Dieu.

Plus que dans les discours, l'art de Luc se déploie pleinement dans les récits. En suivant Jésus, le lecteur découvre comment le salut de Dieu rejoint les êtres humains dans le concret de leur vie. Depuis les premières paroles dans la synagogue de Nazareth jusqu'aux derniers mots sur la croix, en passant par la maison de Zachée, revient comme un leitmotiv : le mot "aujourd'hui". Proposons l'évangile de Luc aux hommes d'aujourd'hui qui recherchent un sens à leur vie. Ils y trouveront une authentique parole d'espérance.

© SBEV. Joseph STRICHER.

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org