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Jésus
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Marc
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Autané Maurice
Jésus dans l'évangile de Marc
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Dans son évangile, insiste sur le fait que Jésus s'évertue à cacher son identité de Messie.
 

Dès la première ligne de son évangile, Marc donne l'identité de Jésus : il est Christ, Fils de Dieu. Au cours du récit, par contre, Jésus s’évertue à cacher cette identité . Elle ne pourra être vraiment comprise qu'après sa mort et sa résurrection.

Jésus déroute. Il sait qu'il est le ''Fils bien-aimé'' - le Père le proclame lors du baptême - mais il refuse de le dire. Les démons savent son secret , mais il leur interdit de le divulguer. Les hommes le cherchent, mais quand ils le trouvent, Jésus leur impose le silence. Le ''secret messianique'' est l'un des ressorts du drame qui se joue dans l’évangile. Il stimule l'envie du lecteur de mieux connaître ce Jésus de Nazareth.

Qui est Jésus ?
En suivant la première partie de l’évangile de Marc (1,14 à 8,26), nous nous posons cette question : ''Qui est Jésus ?'' Les Juifs attendaient un Messie, mais un Messie glorieux, triomphant des ennemis et rétablissant Israël dans sa puissance politique. Or, Jésus est bien le Messie, mais il établira le Royaume de Dieu par la souffrance et la mort. En se proclamant Messie trop tôt ou même en acceptant le titre, il entraînerait les foules sur une fausse piste : elles se tromperaient de Messie. Dans l'évangile de Marc Jésus refusera donc toujours qu’on l’appelle ainsi. Le titre de Messie (ou de Christ) ne sera compréhensible qu'après sa mort.

Tu es le Christ
La seconde partie de l'évangile (8,27 à 16,8), s'ouvre sur la proclamation de Pierre : ''Tu es le Christ.'' Pour la première fois un être humain proclame la vraie nature de Jésus. Mais Jésus ''commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite.'' Jésus n'oblige plus ses disciples à se taire mais il leur ouvre les yeux sur le vrai sens de sa mission. Et il les invite à le suivre.

Es-tu le Messie ? - Je le suis !
Plus Jésus se révèle comme Messie souffrant, plus grandit l’opposition des chefs juifs contre lui. Nous sommes là au coeur du drame. Le peuple juif attendait le Messie et ses chefs devaient le reconnaître quand il viendrait. Seulement, les uns et les autres s’en étaient fait une fausse idée. Jésus n'y correspond pas. L’opposition entre les deux conceptions du Messie culmine dans la scène dramatique du jugement devant le Sanhédrin (14,53-65). Parce qu’il sait qu’il n’y a désormais plus d'ambiguïté possible, Jésus déclare clairement qui il est : le Messie, Fils de l’homme. Et il est condamné à mort !

Cet homme était le Fils de Dieu
Après la mort de Jésus, au pied de la croix, un officier romain dit : ''Vraiment, cet homme était Fils de Dieu.” Il n'y a plus de secret. La vraie nature de Jésus est révélée par un païen. Le lecteur de l'évangile peut maintenant faire sienne cette proclamation. Il peut comprendre la phrase inaugurale du texte qu'il vient de lire : ''Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu.''

Jésus et ses disciples
Il est intéressant de remarquer la place des disciples dans l'évangile de Marc. Pendant tout le récit, Jésus est toujours entouré de disciples. A la fin il est tout seul, abandonné de tous.

Dès le début, sans aucun préambule, Jésus en appelle quatre hommes à le suivre : ''Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d'homme.'' Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent (1,17-18). D'autres vont rejoindre ce groupe et resteront avec Jésus. L'évangéliste nous présente toujours Jésus associé au groupe de ses disciples. Il y a cependant deux exceptions. La première est en Mc 6,16-12 quand Jésus envoie les Douze en mission. L'évangéliste fait alors une pause dans le récit des activités de Jésus et il en profite pour raconter la mort de Jean Baptiste. La deuxième se produit lors de l'arrestation de Jésus : Tous (les disciples) l’abandonnèrent et prirent la fuite. Un jeune homme le suivait, n’ayant qu’un drap sur le corps. On l’arrête, mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.(14,52). Jésus, lui aussi, est nu. Dépouillé du groupe de ses disciples, il s’enfonce seul dans sa passion.

Incompréhension et hostilité
Autour de Jésus, il n'y a pas seulement les disciples. Il y a également la foule. Jésus l’aime bien, même si elle ne le comprend pas toujours. Il y a les adversaires, qui sont parfois la parenté même de Jésus Et il y a surtout les chefs juifs.

Dans une première partie de l'évangile (1,14 à 6,6), on voit les différents groupes se mettre en place. Jésus est avec la foule. Il fait des miracles et enseigne en paraboles. Pourtant il explique ces paraboles uniquement à ses disciples, à l'écart, loin de la foule. Sa parenté cherche à s'emparer de lui en disant qu'il est fou et les scribes l'accusent d'être un possédé.

Dans une seconde partie (6,6 à 10,52), une faille se fait jour entre Jésus et ses disciples. Ceux-ci ne comprennent pas la mission de Jésus ni ce que sera la leur. Jésus les envoie en mission, leur fait traverser le lac vers la rive païenne, tient ''table ouverte'' à tous (les deux multiplications des pains), les met au service de la foule. On pourrait croire qu’ils sont enfin guéris de leur surdité et de leur aveuglement. Mais il n’en est rien. Ils n’arrivent pas à comprendre le chemin que Jésus doit prendre - et qu’ils devront prendre à sa suite - pour réaliser sa mission.

Après la confession de Pierre à Césarée, Jésus leur annonce clairement que le chemin du Fils de l’homme passe par la mort. La transfiguration elle-même ne peut leur ouvrir l’intelligence de ce mystère. Jésus multiplie pourtant les annonces de sa passion et les instructions sur leur futur rôle dans la communauté. Cette partie se termine par la guérison de l’aveugle de Jéricho qui suit Jésus sur le chemin. Voit-il plus clair que les disciples ?

Abandonné de tous
La troisième et dernière partie de l'évangile (11,1 à 16,8) se passe à Jérusalem. Jésus et ses disciples sont opposés aux adversaires. C’est le moment des grands affrontements dont l'un des sommets est la parabole des vignerons homicides. Mais, hélas, on sait déjà que la partie est perdue : l’épisode du figuier maudit nous avertit que Jérusalem est devenue stérile. La dernière étape est le drame de la passion. Jésus y a préparé ses disciples, mais en vain. Il se retrouve seul devant ses juges et il meurt seul.

Une fin surprenante
À l’origine l'évangile de Marc ne comportait probablement pas de récits d’apparitions et se terminait avec l’annonce du jeune homme en blanc : ” Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ; il est ressuscité, il n’est pas ici …” Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. (16, 6-8)

Cette fin surprenante met la dernière touche au portrait de Jésus et de ses disciples. Jésus est ressuscité : les femmes en tremblent d'émotion. Elles sont invitées à se mettre en route, avec les disciples, vers la Galilée des païens, qui préfigure les peuples du monde entier. Mais personne ne voit le Ressuscité. Dans l'évangile de Marc tout n'est pas achevé avec la résurrection de Jésus : tout commence. Au terme seulement de l'annonce de la Bonne Nouvelle à tous les peuples, les disciples verront ''verront'' le Ressuscité. Avec eux nous sommes en marche vers lui.

© SBEV. Maurice Autané

 
Mc 1,14 - 6,6
Mc 6,6 - 10,52
Mc 11,1 - 16,8
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org