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Grâce
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Jésus
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Miséricorde
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Saint Luc
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Stricher Joseph
Saint Luc présente un Jésus plein de grâce et de miséricorde
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La christologie de Luc donne de Jésus un portrait plein de grâce et de miséricorde.
 
Il y a quatre évangiles, chacun avec son rythme, son style, ses accents. C’est la richesse du Nouveau Testament de nous proposer diverses "christologies" ou "discours sur Jésus le Christ". La christologie de Luc donne de Jésus un portrait plein de grâce et de miséricorde.

Dès les premières pages de l’évangile de Luc, le lecteur apprend que Jésus est : Fils de Dieu, Sauveur, Christ, Seigneur. Ces titres sont révélés par des personnages remplis d’Esprit Saint, par des anges voire par Dieu lui-même. Mais ces titres ne sont pas définis. Le lecteur n’en découvre le contenu que progressivement en suivant le grand récit qui le conduit à la suite de Jésus, de la mangeoire de Bethléem jusqu’à la croix et la résurrection.

Jésus, Fils de Dieu
À la manière des biographes de l’Antiquité, Luc commence son récit en entremêlant la destinée de deux personnages : Jean-Baptiste et Jésus. Tous les deux sont des enfants de l’impossible, le premier naît d’un couple âgé et stérile, le deuxième naît d’une vierge. L’ange Gabriel dit à Zacharie que son fils sera grand devant le Seigneur et rempli d’Esprit Saint. Le même ange dit à Marie : "Tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très Haut." À la différence de Jean-Baptiste, la grandeur de Jésus est associée à la qualité de fils de Dieu.

Mais que signifie ce titre de fils de Dieu ? Oublions provisoirement ce que nous savons du catéchisme et laissons-nous conduire par le texte de Luc. L’ange parle d’abord de règne et de trône de David. Il laisse entendre que l’enfant à naître sera le futur roi d’Israël. Lors de leur montée sur le trône, les rois d’Israël se considéraient comme les fils adoptifs de Dieu. Jésus serait donc le futur roi d’Israël, un fils de Dieu comme David son père. Mais, suite à la question de Marie, l’ange ajoute que celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. Ceux qui appelleront Jésus fils de Dieu ne feront pas référence uniquement à la royauté mais également à la sainteté. Celle-ci n’est nullement une caractéristique royale. De la plupart des rois, la Bible dit : "Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, comme son père." (voir par exemple Amôn en 2 R 21,20) La sainteté est un attribut exclusif de Dieu : "Saint, saint, saint, le Seigneur", chante la cour céleste dans la vision d’Isaïe.

Cette royauté de nature divine, annoncée avant la naissance de Jésus, se dévoilera progressivement tout au long de l’évangile et prendra tout son sens lors de la passion de Jésus. Jésus entre solennellement à Jérusalem, accueilli au cri de "Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur". Devant le Sanhédrin, Jésus est interrogé sur sa qualité royale de Messie. Il laisse entendre que le fils de l’homme, titre qu’il utilise quand il parle de lui-même, est le Fils de Dieu. Sur la croix enfin, il exerce sa royauté, non pas en se sauvant lui-même, mais en introduisant, par initiative souveraine, le bon larron au Paradis. Il dispose des clés du Royaume des cieux.

Les mots pour le dire (v. 4-10)
Un des titres favoris de Luc pour désigner Jésus est celui de "Seigneur". Ce mot est en effet employé dans la Bible pour parler du roi ou bien de Dieu. Luc place le mot dans la bouche d’Élisabeth quand elle accueille Marie : "Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ?" Dans la nuit de Noël, les bergers, enveloppés de lumière par la gloire du Seigneur, entendent l’ange du Seigneur leur dire : "Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur". Ici, même mot sert à désigner Dieu et l’enfant qui vient de naître. À un degré moindre, les mots de Christ et de Sauveur participent à cette dualité de sens. Le premier est la traduction grecque du mot "messie" qui désigne le futur roi d’Israël envoyé par Dieu. Le second est accolé à Dieu, au début du Magnificat. Il est également le titre favori que se donnent les rois hellénistiques. Ajoutons à cela l’expression de "fils de l’homme" que Jésus emploie pour parler de lui-même et qui renvoie probablement à ce personnage mystérieux envoyé par Dieu et qui apparaît dans les nuées du ciel en Daniel 7,13.

Fils d’Adam, fils de Dieu
Avant de commencer le récit de la vie publique de Jésus, Luc se livre à de brillantes variations sur le thème du Fils. Jésus est le fils premier-né que ses parents viennent consacrer au Seigneur et qui est reconnu comme "salut préparé face à tous les peuples, lumière pour la révélation aux païens et gloire d’Israël ton peuple". À l’âge de 12 ans, le fils dit à ses parents, dans le Temple : "Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ?" Sur la croix, Jésus expire en invoquant le Père. Toute sa vie est incluse entre ces deux invocations du Père. Au baptême, la voix du Père répond au Fils : "Tu es mon Fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré". La citation d’un psaume d’intronisation royale est accompagnée du don de l’Esprit Saint qui descend sous une apparence corporelle, comme une colombe. Bien que cette indication de Luc ne soit pas d’une clarté aveuglante, elle indique cependant que Dieu ne s’adresse pas à Jésus dans le secret de sa conscience, mais le reconnaît comme Fils, face à toute la foule des baptisés.

Pour compléter ce tableau, Luc déploie une généalogie de Jésus qui était "fils, croyait-on de Joseph, fils de Héli". Il remonte jusqu’à David en omettant tous les rois d’Israël. Il continue jusqu’à Abraham et poursuit ensuite jusqu’à Adam, "fils de Dieu". Jésus est donc l’un des nôtres, notre frère en humanité. Tellement l’un des nôtres que les habitants de son village, qui eux, n’ont pas été inspirés par l’Esprit Saint, disent, lors de son premier retour parmi les siens : n’est-ce pas là le fils de Joseph ? Qui est Jésus ? Vrai Dieu et vrai homme, diront ultérieurement les théologiens.

Jésus, maître
Au cours de son séjour galiléen, Jésus choisit des disciples qui l’appellent souvent "maître". Ce mot doit être compris dans le sens de chef, patron. "Maître, maître, nous périssons", crient les disciples pendant la tempête sur le lac. Puis Jésus monte à Jérusalem, entraînant des hommes et des femmes à sa suite. Pendant cette longue marche, racontée sur une dizaine de chapitres, Jésus forme ses disciples. Il est le maître, mot à comprendre ici dans le sens d’enseignant. Il leur raconte les paraboles du bon Samaritain, du fils prodigue, etc. Il invite ses disciples à se méfier des richesses et à faire de bons choix dans la gestion de leurs biens en vue du royaume de Dieu. Il les invite également à imiter Marie, la sœur de Marthe, et de toujours donner la priorité à l’écoute de la Parole de Dieu.

Jésus, prophète et sauveur
Terminons ce rapide portrait de Jésus selon St Luc par le chapitre 7 duquel nous avons tiré l’épisode du centurion. Ce chapitre est comme un résumé de l’évangile. Jésus en effet guérit à distance l’esclave d’un officier étranger qui lui envoie une délégation. Il ressuscite ensuite le fils d’une veuve. Dans ces deux scènes, le lecteur attentif de la Bible trouve un écho des miracles accomplis par Élisée en faveur de Naaman le syrien (2 R 5) et Élie en faveur de la veuve de Sarepta (1 R 17). Jésus est Le Prophète des temps nouveaux. En lui s’accomplissent les Écritures. Jésus l’annonce d’ailleurs dans son discours inaugural dans la synagogue de Nazareth (Lc 4,16-30) en citant les deux prophètes des temps anciens. Le lecteur de l’évangile peut constater que ce que les prophètes ont fait ou ont annoncé s’accomplit avec Jésus. Mais également que s’accomplit ce que Jésus a annoncé.

La dernière scène du chapitre 7 fait écho à la première. Jésus, qui a vu, annoncé et magnifié la foi d’un païen, en fait de même avec une pécheresse. Cette fois-ci la rencontre a lieu. Et quelle rencontre ! Devant cette femme qui se liquéfie littéralement sur ses pieds, Jésus montre à Simon, qui en doute, qu’il est le prophète de Dieu. Il ne regarde pas simplement çà, le scandale causé par la femme, mais il regarde cette femme et il invite Simon, le pharisien, à faire de même. Y arrivera-t-il ? L’évangile ne le dit pas. Il ne nous dit pas non plus si le fils aîné de la parabole accepte de faire la fête avec son frère. Cette question, seul le lecteur de l’évangile peut y répondre. Il ne dépend que de lui de changer son regard sur les pauvres, les pécheurs, les étrangers, les païens et d’entendre, lui aussi, de la bouche de Jésus : "Ta foi t’a sauvé".


© SBEV. Joseph Stricher

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org