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Apocalypse
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Dragon
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Femme
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Vierge Marie
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Le Saux Madeleine
La femme et le dragon. Commentaire de Ap 12,1-18
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Dans les visions de Jean à Patmos il est question d'une femme resplendissante qui enfante dans la douleur et qui est traquée par un dragon monstrueux. Beaucoup voient dans cette femme une figure de Marie. Or cela ne va pas de soi.
 

Dans les visions de Jean à Patmos il est question d'une femme resplendissante qui enfante dans la douleur et qui est traquée par un dragon monstrueux (Ap 12).

La liturgie catholique propose de lire ce texte lors de la fête du 15 août et beaucoup y voient une image de la Vierge Marie enfantant le Messie. Or cela ne va pas de soi. En effet la figure d'une femme sur le point d'enfanter se retrouve et dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. On la voit affligée ou joyeuse, toujours mystérieuse, tournée vers l'avenir. Elle symbolise le peuple de Dieu.

Stérilité, fécondité

Relisons quelques passages du livre du prophète Isaïe. L'absence de fécondité est douloureuse. C'est vrai de la femme qui a rêvé d'être mère, en vain. C'est vrai d'un peuple appelé à montrer le chemin de la vie aux autres nations et qui n'a pas mené à terme le projet divin. Un passage du livre d'Isaïe exprime cette souffrance : ''Nous avons été devant toi, Seigneur, comme une femme enceinte, près d'enfanter, qui se tord et crie dans les douleurs ; mais c'est comme si nous avions enfanté du vent, nous n'apportons pas le salut à la terre, ni au monde de nouveaux habitants '' (Is 26,17-18).

À l'opposé de cette lamentation, le livre d'Isaïe offre plus loin un chant d'espoir, écrit à une période différente. Vers 540 avant J.-C., un signe se profile pour les fils d'Israël exilés à Babylone : le conquérant Cyrus va-t-il mettre fin à leur épreuve ? Le prophète appelé ''Second Isaïe'' fait alors entendre la voix du Seigneur. La joie promise y dépasse de beaucoup la libération politique : ''Pousse des acclamations, toi, stérile, qui n'enfantais plus ; explose en acclamations et vibre, toi qui ne mettais plus au monde, car les voici en foule, les fils de la désolée'' (Is 54,1).

Troisième texte, toujours dans le livre d'Isaïe. Les exilés revenus au pays, Jérusalem, la ville sainte poétiquement appelée Sion (du nom de la colline où s'élève le Temple) se reconstruit. Le Seigneur veille et l'inouï arrive : en accouchant d'un seul garçon, c'est tout un peuple qui naît : ''Avant d'être en travail elle a enfanté, avant que lui viennent les douleurs, elle s'est libérée d'un garçon... Qui a jamais vu semblable chose ? Un pays est-il mis au monde en un seul jour, une nation est-elle enfantée en une seule fois pour qu'à peine en travail, Sion ait enfanté ses fils ?'' (Is 66,7-8).

Israël, Sion et l'Église

À lui seul, le livre d'Isaïe propose donc plusieurs fois l'image de la femme qui enfante dans les douleurs ou dans la joie (cf. les textes ci-dessus). Cette femme représente le peuple d'Israël, aussi bien dans l'échec de sa mission (Is 26) que dans la joie d'une transformation dont le Seigneur seul est l'auteur (Is 54 et 66). Le nom féminin de Sion donné au peuple s'harmonise bien avec le langage de l'Alliance dans lequel le Seigneur est un époux aimant, un époux qui donne une fécondité, une beauté inouïe. Au point qu'on pourrait s'écrier, avec le fiancé du Cantique des Cantiques : ''Qui donc est celle-ci qui surgit comme l'aurore, belle comme la lune, brillante comme le soleil ?'' (Ct 6,10).

Dans l'Apocalypse, cet éclat est rehaussé par une couronne de douze étoiles. Ces douze étoiles pourraient être le symbole des douze tribus d'Israël qui, dans l'Exode, ont connu les dangers de mort, le désert, les épreuves mais aussi le salut et la protection divine. Or l'Église des commencements, pour laquelle écrit Jean de Patmos, a aussi une ''couronne'' de douze étoiles : les apôtres et elle a connu très vite une fécondité merveilleuse grâce à l'Esprit Saint. Et si sa descendance est menacée par les forces du mal, Dieu ne l'abandonne pas. En elle Dieu réside comme en Sion, il est sa force. D'une certaine manière, l'Église est ''Fille de Sion''.

Hors des flots de la mort

Il faut revenir au livre d'Isaïe. En Is 66, Dieu donne à Sion de mettre au monde un ''garçon'' et, en même temps ou presque, un nouveau peuple. Comment ne pas voir en ce garçon une figure du roi idéal, source de bonheur pour tous? Une fils qui prend le relais du ''signe'' donné en Is 7,14 : ''La jeune femme est enceinte et elle enfante un fils et elle lui donnera le nom d''Emmanuel'' ? Le livre d'Isaïe, du début jusqu'à la fin, évoquerait ainsi l'attente du Messie de Dieu. Sion a beau avoir connu l'échec et la détresse, Dieu lui accordera d'enfanter le ''merveilleux Conseiller'' qui ''délivrera chacun des flots de la mort'' selon la belle formule d'une hymne juive trouvée parmi les manuscrits de Qoumrân. Les chrétiens, on le sait, disent que cette attente qui parcourt les siècles a été comblée par Jésus de Nazareth.

C'est parce qu'elle enfante le Sauveur du monde que la femme est si belle, si lumineuse. C'est parce qu'elle résume les débuts du peuple d'Israël et de l'Église qu'elle est éprouvée. En tout cas, puisque Dieu la protège, elle est un grand signe d'espoir, une aurore pour tous ceux qui attendent la venue du soleil de justice.

La mère du Christ

Ajoutons pour terminer qu'à partir du 5e siècle, certains ont voulu identifier cette femme avec Marie puisque l'enfant est le Christ. Mais une difficulté se présente : aucun évangile ne parle d'une naissance douloureuse de Jésus. À moins de considérer que la vision de Ap 12 n'évoque pas ici la Nativité mais la Passion et la Croix, véritable entrée dans la vie de Dieu.
En effet, selon le Quatrième Évangile - et lui seul - Marie se tient près de la Croix au moment ultime. Jésus l'appelle ''Femme'' (Jn 19,26) comme à Cana où il évoquait déjà son ''heure'' de glorification dans la souffrance (Jn 2,4). Pour une partie de la tradition chrétienne, Marie représente donc plus qu'elle-même, elle est la figure symbolique du peuple de Dieu, la ''Fille de Sion'' par excellence, le fleuron d'Israël de qui est né le Messie crucifié. De plus, celui-ci lui confie le disciple bien-aimé et, à travers lui, tous les chrétiens (en Ap 12,17 la femme, mère du Messie, a d'autres enfants qui sont, eux aussi, persécutés).

© Madeleine LE SAUX

 
Ap 12,1-18
1Un grand signe apparut dans le ciel  : une femme, vêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles.
2Elle était enceinte et criait dans le travail et les douleurs de l'enfantement.
3Alors un autre signe apparut dans le ciel : C'était un grand dragon rouge feu. Il avait sept têtes et dix cornes et, sur ses têtes, sept diadèmes.
4Sa queue, qui balayait le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le dragon se posta devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l'enfant dès sa naissance.
5Elle mit au monde un fils, un enfant mâle ; c'est lui qui doit mener paître toutes les nations avec une verge de fer. Et son enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône.
6Alors la femme s'enfuit au désert, où Dieu lui a fait préparer une place, pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.
7Il y eut alors un combat dans le ciel : Michaël et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon lui aussi combattait avec ses anges,
8mais il n'eut pas le dessus : il ne se trouva plus de place pour eux dans le ciel.
9Il fut précipité, le grand dragon, l'antique serpent, celui qu'on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier, il fut précipité sur la terre et ses anges avec lui.
10Et j'entendis une voix forte qui, dans le ciel, disait : Voici le temps du salut, de la puissance et du Règne de notre Dieu, et de l'autorité de son Christ ; car il a été précipité, l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu, jour et nuit.
11Mais eux, ils l'ont vaincu par le sang de l'agneau et par la parole dont ils ont rendu témoignage : Ils n'ont pas aimé leur vie jusqu'à craindre la mort.
12C'est pourquoi soyez dans la joie, vous les cieux et vous qui y avez votre demeure ! Malheur à vous, la terre et la mer, car le diable est descendu vers vous, emporté de fureur, sachant que peu de temps lui reste.
13Quand le dragon se vit précipité sur la terre, il se lança à la poursuite de la femme qui avait mis au monde l'enfant mâle.
14Mais les deux ailes du grand aigle furent données à la femme pour qu'elle s'envole au désert, au lieu qui lui est réservé pour y être nourrie, loin du serpent, un temps, des temps et la moitié d'un temps.
15Alors le serpent vomit comme un fleuve d'eau derrière la femme pour la faire emporter par les flots.
16Mais la terre vint au secours de la femme : la terre s'ouvrit et engloutit le fleuve vomi par le dragon.
17Dans sa fureur contre la femme, le dragon porta le combat contre le reste de sa descendance, ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus.
18Puis il se posta sur le sable de la mer.
391 La Vierge Marie, femme de l’Apocalypse, Peter Paul Ruben ...
 
 
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