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Art
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Pentecôte
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Boespflug François
La Pentecôte dans l'art
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La lettre du récit ne répond pas à toutes les curiosités d'un peintre...
 

Le récit de la Pentecôte a inspiré aux artistes, en Occident comme en Orient, des images par milliers. Les premières remontent au VIe siècle (Codex Raboula). Au XXe siècle encore, quoique de manière raréfiée, cet épisode fondateur de l'Église a. eu ses interprètes, y compris parmi les « grands » de l'histoire de l'art (Emil Nolde, Maurice Denis, Salvador Dali, Alfred Manessier). Et du IXe au XVIIe siècle, les images de la Pentecôte ont été très nombreuses, dans toutes les formes d'art (enluminures, émaux, reliefs, panneaux peints, tableaux sur toile).

L'étude du corpus que constituent toutes ces oeuvres est du plus haut intérêt. Elle peut être abordée de bien des façons, selon que l'on suit un fil d'Ariane historique ou privilégie un angle thématique particulier – il n'en manque pas. Parmi les thèmes les plus stimulants, mentionnons : le mode de manifestation de l'Esprit saint et de son «Envoyeur», la composition du groupe des «récepteurs», leur disposition les uns par rapport aux autres, leurs attitudes (debout, assis, à genoux mains jointes, en extase), le lieu de leur réunion et son architecture (intérieur, porche, terrasse), l'articulation de ce lieu avec l'extérieur (cénacle seul ou perché sur un rez-de-chaussée autour duquel une foule s'assemble, prairie), etc. Chaque enquête fait découvrir la variété surprenante des solutions adoptées au cours des siècles, et confirme que ce corpus recouvre de la part des artistes et de leurs commanditaires un important travail d'interprétation du récit des Actes. Il n'est pas exagéré de parler à ce propos d'exégèse picturale. On voudrait le suggérer en esquissant l'étude conjointe des deux premiers aspects mentionnés, l'effusion de l'Esprit et la structuration du groupe formé par ses récipiendaires. Un choix d'une dizaine d'images suffira à faire sentir le prix d'une réflexion théologique sur la tradition iconographique.

Mais pour apprécier ce type d'enquête, il convient tout d'abord de se mettre à la place des artistes et de prendre conscience du fait que la lettre du récit de la Pentecôte ne répondait évidemment pas à toutes les curiosités d'un peintre ou d'un metteur en scène qui entreprenait de faire assister à la descente de l'Esprit.

Le texte ne précise guère, par exemple, d'où l'Esprit est apparu (il est vrai que l'on ne sait de lui ni d'où il vient ni où il va). En outre, il se présente ici sous des aspects qui avaient de quoi décourager le pinceau. Tout à coup, il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d'un vent violent; la maison où ils se tenaient en fut toute remplie (Ac 2,2). Comment rendre un bruit, ou un vent, ou encore une maison emplie par le bruit ou le vent ? La plupart des artistes y ont renoncé. Un bruit, pour un peintre, est un défi quasi impossible à relever, sauf à placer un « Boum ! » au centre d'une sorte de faisceau de rayons figurant la déflagration, comme a coutume de faire désormais le neuvième art (la bande dessinée) ; un fort vent peut également être suggéré par des personnes vigoureusement décoiffées – mais ces deux façons de faire, à supposer que l'on ait pu songer à elles, ont dû apparaître comme indécentes dans le cadre de la peinture religieuse.

Alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s'en posa sur chacun d'eux. lis furent tous remplis d'esprit saint et se mirent à parier d'autres langues... (Ac 2,3-4). Comment rendre le fait d'être remplis d'Esprit et de parler en langues étrangères ? Ces deux aspects de l'événement ne sont en général pas traités non plus.

L'apparition des langues de feu, en revanche, offrait quelque prise aux artistes : c'est elle qu'ils choisirent de représenter en priorité. Les images de Pentecôte qui associent descente de l'Esprit et attroupement des juifs pieux ( À la rumeur qui se répandait, la foule se rassembla... Ac 2,6), à partir du XIVe siècle, ne sont pas rares. Mais elles sont minoritaires (Missel franciscain du XIVe s., fig. 1). En général, les artistes se sont limités à la descente de l'Esprit sur les apôtres. L'iconographie religieuse recouvre un type d'interprétation sui generis qui suppose le plus souvent une opération de sélection : un moment du récit est privilégié au détriment du reste.

Tout n'est pas réglé pour autant. Car il reste à déterminer qui l'on installe au cénacle, comment l'on dispose les disciples et articule leur groupe dans l'espace de la représentation, avec l'irruption de l'Esprit. Loin d'être anecdotiques, les choix opérés à cet égard sont le plus souvent porteurs d'une théologie.

© François Boespflug, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Evangile n° 124, (juin 2003), "Le récit de la Pentecôté, Ac 2,1-13", p. 93-94.

 
Jérusalem: l'entrée du St Sépulcre
Ac 2,1-13
1Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble.
2Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie ;
3alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s'en posa sur chacun d'eux.
4Ils furent tous remplis d'Esprit Saint et se mirent à parler d'autres langues, comme l'Esprit leur donnait de s'exprimer.
5Or, à Jérusalem, résidaient des Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
6A la rumeur qui se répandait, la foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun les entendait parler sa propre langue.
7Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens  ?
8Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?
9Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie,
10de la Phrygie et de la Pamphylie, de l'Egypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence ici,
11tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu. »
12Ils étaient tous déconcertés, et dans leur perplexité ils se disaient les uns aux autres : « Qu'est-ce que cela veut dire ? »
13D'autres s'esclaffaient : « Ils sont pleins de vin doux. »
Ac 2,1-13
 
Vidéo
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