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Passion
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Reniement de Pierre
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Billon Gérard
Cahiers Evangile n°133

année B, l'évangile selon St Marc

Le reniement de Pierre. Commentaire de Mc 14,66-72
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Le reniement de Pierre :Etrange épisode où on (re)découvre l'importance de l' identité galiléenne du Christ Fils de Dieu.
 

''Tu es galiléen !''

Du procès de Jésus, nous ne retiendrons ici que ce qui concerne le reniement de Pierre (v. 66-72). Mieux que les évangiles de Matthieu, de Luc et de Jean, celui de Marc invite tout chrétien à (re)découvrir l'importance de l' identité galiléenne du Christ Fils de Dieu.

Chronique d'un reniement annoncé

Cadre, notation temporelle, déplacements des personnages, tout concourt à faire de cette scène apparemment banale un récit spirituel. C'est la nuit, dans la maison du Grand Prêtre. Jésus a été jugé, sa mort a été décidée, il reçoit crachats, injures, gifles. Le reniement de Pierre doit-il être compté parmi ces outrages ? Il semble bien. Lorsque Jésus a été arrêté, Pierre a été l'unique disciple à le suivre (pour cela il mérite notre admiration) ; il tient ainsi la promesse faite après le repas pascal. Il est là, dans la cour, assis avec d'autres près du feu. Cherche-t-il à savoir ce qui se passe ? Nous l'ignorons, mais nous attendons le moment de la ''chute''. Elle va se produire inéluctablement, en trois étapes.

D'abord une servante arrive, voit, regarde, identifie : Pierre nie et s'éloigne. Puis la servante prend à témoin ceux qui se trouvent là : nouvelle dénégation. Enfin, ces derniers prennent le relais : la servante avait parlé d'un compagnon du Nazaréen, eux le reconnaissent pour un ''galiléen''. Acculé, Pierre se défend, jure. C'est alors que le coq chante pour la deuxième fois. Le chant réveille la mémoire : ce qui arrive, Jésus l'avait dit. Le texte s'achève sur l'image de Pierre en larmes.

Le disciple a renié son maître. Si proches, ils se séparent. Proximité de lieu et de situation : Jésus est interrogé par les autorités religieuses dans le palais, Pierre doit répondre à la servante et aux autres dans le vestibule et la cour. Et pourtant séparation : le Nazaréen révèle son identité messianique, le galiléen nie connaître Jésus. Est-il donc impossible d'être disciple jusqu'au bout, de ''renoncer à soi-même'', de prendre sa croix et de suivre Jésus (Mc 8,34) ? Il faudra attendre le message de Pâques pour que la relation soit renouée… en Galilée ! (Mc 15,7).

La part du quotidien

Éric Auerbach ( Mimésis, la représentation de la réalité dans la littérature occidentale, 1946, chap. 2) a montré combien le style de l'évangéliste s'oppose ici à celui d'écrivains de la fin du 1er siècle comme Pétrone ou Tacite. Les personnages populaires mis en scène (Pierre, servante, serviteurs), loin d'être caricaturés, soumis au moralisme ou à la rhétorique, prennent une dimension tragique. Ce qui pourrait être seulement une anecdote devient un épisode sublime, digne de l'ensemble du texte évangélique ''[qui] représente quelque chose que ni la poésie antique ni l'historiographie antique n'ont jamais représenté : la naissance d'un mouvement spirituel dans les profondeurs du peuple, au sein des circonstances quotidiennes de l'existence du temps, ce qui confère à celles-ci une importance qu'elles n'ont jamais eu chez les écrivains antiques.''

Rien de plus banal que ce qui se passe ici autour du feu. Le tragique naît du rapport avec le drame qui se déroule dans le palais du Grand Prêtre. Dans la cour, servante et serviteurs ignorent sans doute que Jésus vient de reconnaître qu'il est le ''Christ, le Fils du Béni'' (Mc 14,61). Leurs interventions rappellent néanmoins, malgré eux, l'autre face de Jésus, la face terrienne, galiléenne. Comme galiléen et compagnon de la première heure, Pierre serait le mieux placé pour affirmer que ce Nazaréen est le Christ : ne l'a-t-il pas déjà fait (Mc 8,29) ? Ses dénégations successives ne signifient pas pour autant l'échec de la prédication de l'Évangile.

Auparavant, sur le chemin du mont des Oliviers, Jésus avait annoncé le reniement. Il avait dit également : ''Ressuscité, je vous précéderai en Galilée'' ( Mc 14,28). Le lecteur découvre que, du quotidien, naît ce qui transcende le quotidien. Le dessein de Dieu se réalise en prenant acte de l'infidélité du disciple et en la situant sur un horizon d'espérance. La rencontre avec le Ressuscité se fera en Galilée, sur le lieu du premier appel, dans la terre des paraboles et de la prédication du Royaume. Comment Pierre ne serait-il pas bouleversé, et nous avec lui ? Larmes de repentir ? Peut-être. Larmes de joie ? Pourquoi pas ?

© SBEV / Gérard Billon
''Jésus le Galiléen'', Monde de la Bible n° 134 (avril-mai 2001), page 72

> > > Pour une introduction simple à l'évangile de Marc, cf.  Jésus selon St Marc Dossiers de la Bible n° 94 (sept. 2002)

> > > Pour en savoir plus sur le portrait de Jésus dessiné par Marc : Jésus selon St Marc

> > > Pour méditer le récit de la Passion selon Marc

 Pour lire  l'évangile selon St Marc : Cahier Evangile n° 133

 
Mc 14,66-72
66Tandis que Pierre était en bas, dans la cour, l'une des servantes du Grand Prêtre arrive.
67Voyant Pierre qui se chauffait, elle le regarde et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec le Nazaréen, avec Jésus ! »
68Mais il nia en disant : « Je ne sais pas et je ne comprends pas ce que tu veux dire. » Et il s'en alla dehors dans le vestibule.
69La servante le vit et se mit à redire à ceux qui étaient là : « Celui-là, il est des leurs ! »
70Mais de nouveau il niait. Peu après, ceux qui étaient là disaient une fois de plus à Pierre : « A coup sûr, tu es des leurs ! et puis, tu es galiléen. »
71Mais lui se mit à jurer avec des imprécations : « Je ne connais pas l'homme dont vous me parlez ! »
72Aussitôt, pour la deuxième fois, un coq chanta. Et Pierre se rappela la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois. » Il sortit précipitamment  ; il pleurait.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org