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Résurrection
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Tombeau Vide
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Delorme Jean
Le tombeau vide. Au fil du texte : Mc 16,1-8
Commentaire au fil du texte
 
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Visite des femmes, Tombeau ouvert, Annonce de l’ange : Rave ...
Les femmes au tombeau...
 

Les femmes  passent à l'action dès la fin du sabbat, le samedi soir, pour acheter des aromates en vue d'oindre le corps de Jésus. Et, le dimanche, dès le lever du soleil, elles se rendent au tombeau.

Le récit mérite attention : c'est celui d'un projet humain, mis soigneusement au point, qui avorte. Projet humain, au sens noble du terme : les femmes témoignent d'un attachement profond à Jésus. Elles font tout pour réaliser ce qu'il leur inspire. Elles ont bien préparé leur projet, elles ont pensé à tout. Le lecteur s'étonne dès lors qu'elles se demandent sur le chemin : « qui nous roulera la pierre hors de l'entrée du tombeau ? » Comment n'ont-elles pas pensé à prendre quelqu'un avec elles ?

Une logique qui n’est pas historique

Le récit ne s'intéresse pas à cela, ce qui prouve qu'il ne s'installe pas dans la logique d'un déroulement historique, mais dans une autre logique. Qu'est-ce qui intéresse le narrateur ? C'est de mettre en valeur la surprise des femmes : « qui nous roulera la pierre de l'entrée du tombeau ? » Le lecteur est en haleine, et on lui annonce que le tombeau est ouvert « la pierre est roulée ; or elle était très grande », il a fallu une force exceptionnelle pour la déplacer.

Elles vont alors de surprise en surprise : « entrées clans le tombeau, elles voient, assis à droite, un jeune homme vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur ». Nous avons déjà vu le sens de cette « frayeur » lors de la scène de Gethsémani : l'homme est dérouté devant la présence du surnaturel : « Mais il leur dit : ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est ressuscité, il n'est plus ici. »

Leur projet est dépassé par l'événement. Elles ont pensé à tout, sauf à ce qui est arrivé. Elles sont restées à l'heure de la mort de Jésus. Il est ressuscité. Elles n'ont plus rien à faire ici. L'action de Dieu déroute l'homme, elles ont été devancées par l'événement, elles sont effrayées parce que leur logique humaine est prise en défaut.

Mais le message de l'ange, au v. 7, les oriente ailleurs : si Jésus est ressuscité, ce n'est pas pour le plaisir d'étonner. Il y a quelque chose à faire, et cela se déroulera en Galilée. Elles croient que tout est fini, mais « l'affaire Jésus continue ». Ressuscité, Jésus va regrouper ses disciples en Galilée, pour un nouveau départ.

Le silence des femmes

La fin du récit est surprenante : « elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur » (16, 8). Le fil du récit parait brisé : le message dont elles sont chargées pour les disciples n'a pas été transmis. Cela se complique du fait que le texte de Marc s'arrête là. La suite (v. 9-20) n'est pas de sa plume et manque dans plusieurs manuscrits. Elle remonte au deuxième siècle et a été ajoutée pour corriger l'impression curieuse de récit inachevé laissée par le v. 8. On ne saura jamais si Marc avait prévu ou écrit une suite qui manque pour une raison quelconque ou s'il pouvait estimer qu'avec le tombeau ouvert et le message de la résurrection, son livre était achevé. Cette dernière possibilité est à prendre au sérieux. En effet, dans son livre, il n'est pas nécessaire que les femmes aient fait aux disciples la commission dont elles étaient chargées, puisque Jésus les avait déjà avertis lors de la dernière Cène (14, 28). Les femmes n'avaient qu'à leur rappeler ce qu'ils devaient déjà savoir.

Dès lors le silence des femmes aurait une double fonction dans le texte. D'une part il montre à quel point les femmes ont été bouleversées . elles ont perdu la tête. Cette réaction est bien dans la logique de tout le récit, qui accuse leur désarroi et le caractère divin de l'événement. Dieu a fait ce à quoi elles ne s'attendaient pas. Leurs pensées humaines ont été prises en défaut. D'autre part, leur silence fait que le regroupement des disciples en Galilée et le nouveau départ de I'Évangile après la résurrection ne sont pas dus aux femmes, mais à l'initiative du Ressuscité : « après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée » (14,28).

Il est donc peu indiqué de parler de misogynie, à propos du portrait que Marc fait des femmes au tombeau. Leur présence au Calvaire et lors de l'ensevelissement fait ressortir l'absence des disciples. Ceux-ci ont fui devant le danger, mais des femmes, auxquelles les acteurs de la crucifixion et de l'ensevelissement ne font pas attention, étaient là et leur témoignage est supposé par le récit. Quant à leur déroute devant la manifestation et le message de l'ange, elle fait ressortir la transcendance de l'action de Dieu, aussi bien dans l'acte de la résurrection de Jésus qu'à l'origine du massage pascal. Ni l'un ni l'autre n'a été l'œuvre de l'homme. L'affolement de Marie de Magdala, de l'autre Marie et de Salomé, n'est pas à mettre simplement au compte de la fragilité féminine. Comme l'inintelligence et la fuite des disciples, il montre combien l'homme est dépassé par ce que Dieu fait et révèle à travers la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Nous devrions nous en souvenir quand nous cherchons à emprisonner Dieu dans nos projets ou nos idéaux humains. L'évangile de Marc est difficile pour nous : nous aimons les préparations subjectives, les signes humains. de l'action de Dieu en nous. Au contraire, Marc est l'homme du scandale de la foi. Lorsque guidés par lui, nous refaisons l'itinéraire de notre propre foi, nous sommes amenés à nous demander si nous avons bien compris le message. Le portrait de l'homme fait par Marc n'est pas flatté : le projet des femmes avorte, les projets des- disciples ne mènent à rien. Mais cette vue est profondément optimiste, car elle nous amène à nous en remettre à Dieu pour la suite des événements : c'est Dieu lui-même qui nous lance dans l'avenir.

© SBEV / Jean Delorme
''Lecture de l’Évangile selon saint Marc'',  Cahiers Évangile n° 1-2, pages 115-116.

Lire: Jésus selon St Marc 
Le vocabulaire de résurrection
 La finale de Marc

 
Mc 16,1-8
1Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l'embaumer.
2Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé.
3Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre de l'entrée du tombeau  ? »
4Et, levant les yeux, elles voient que la pierre est roulée ; or, elle était très grande.
5Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur.
6Mais il leur dit : « Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est ressuscité, il n'est pas ici ; voyez l'endroit où on l'avait déposé.
7Mais allez dire à ses disciples et à Pierre : "Il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit." »
8Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org