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Amour
462
Marie Madeleine
451
Résurrection
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Marchadour Alain
Supplément au cahier Evangile N° 138
Les pleurs de Marie de Magdala devant le tombeau vide. Au fil du texte : Jn 20,11-18
Commentaire au fil du texte
 
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GIOTTO, Noli me tangere, Assise, Basilique inférieure.1320
Marie de Magdala, première à découvrir le tombeau ouvert, première à rencontrer son Seigneur vivant, ne reconnaît pas d'emblée "le Prince de la Vie".
 

Au fil du texte : Jn 20

(Pour lire le beau récit de Jn 20, cliquer ici)

Marie de Magdala pleure et ne reconnaît pas l'homme qu'elle cherche en celui qui lui parle. Étonnant et mystérieux chapitre 20 de l'évangile de Jean ! Relisons-le, lentement, pour redécouvrir l'amour qui brûle en cette femme, et pour redécouvrir, avec elle, notre identité d'envoyé(e) par le Christ.

À la différence des évangiles synoptiques, celui de Jean aime à mettre en scène, face à Jésus le révélateur, non seulement des aveugles ou des paralytiques anonymes, mais des hommes et des femmes désignés par leur prénom : Nicodème, Lazare, Simon-Pierre, Marthe ou Marie… Il y a, dans la façon d'écrire de Jean, un art de raconter des histoires de personnages au destin à la fois complexe et inachevé. La rencontre avec Jésus produit à chaque fois, un effet décisif que le lecteur perçoit, et qu'il est conduit à prolonger en remplissant les "blancs" laissés par le narrateur. Cela se vérifie dans l'histoire de Marie de Magdala, venue au tombeau à la recherche du corps de Jésus.

Le pur désir Pourquoi Marie de Magdala vient-elle seule au tombeau, tandis que la nuit s'achève, en ce premier jour d'une semaine qui a changé la face du monde ? L'habileté de l'évangéliste se manifeste par plusieurs traits. D'abord, il centre son récit sur un seul personnage : Marie de Magdala. Il connaît la tradition que rapportent les autres évangélistes selon laquelle elles étaient plusieurs à avoir fait ce déplacement, après la fin du sabbat. Il a d'ailleurs conservé une cicatrice de cette tradition dans la parole de Marie aux deux apôtres : "On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l'a mis." (v. 2). Fidèle à un procédé d'écriture avec lequel le cinéma nous a familiarisés, il a fait un gros plan sur Marie de Magdala dont l'expérience humaine et spirituelle prend valeur exemplaire.

De plus, Marie n'a pas de tâche concrète à remplir, elle vient sans objectif déclaré. Dans les synoptiques au contraire les femmes ont une mission à remplir : embaumer le corps de Jésus, onction des morts pour entrer pleinement dans la paix de Dieu. Dans l'évangile de Jean, cela a été fait par Joseph d'Arimathie et Nicodème dès la descente de la croix (Jn 19,40). La venue de Marie, seule, dans une gratuité totale, ouvre un espace à la lecture. Jean construit ainsi une figure admirable, portée par le désir et l'amour absolu. Elle est ici l'amante qui veut conduire son deuil jusqu'au bout, dans une quête obstinée de la dépouille de son bien-aimé.

L'intuition de la femme Habituellement les visites aux morts se déroulent dans le calme et le silence. Le temps s'arrête. L'expérience de Marie est tout autre. En voyant "que la pierre a été enlevée", au lieu d'aller au bout de sa plongée dans le monde des morts comme prévu, elle s'éloigne du tombeau et court avertir deux disciples : le corps du Seigneur a disparu, le tombeau est vide. Son mouvement devient contagieux, entraînant dans sa course Pierre et le disciple que Jésus aimait (v. 3-4). Tous les trois courent, pauvre trio humain ignorant qu'ils sont face à la Trinité divine, plus forte que la mort : le Dieu Père ressuscitant son fils par la puissance de l'Esprit. Chacun des trois retourne vers le tombeau, pour y être affronté à l'irruption de la Vie dans le monde de la mort. Marie, la première à découvrir le tombeau ouvert, sera aussi la première à rencontrer son Seigneur vivant.

Pressent-elle que l'impossible pourrait advenir ? Sa lenteur à lire les signes (y compris la présence des deux anges et celle de Jésus lui-même) laisserait entendre le contraire (v. 11-15) mais sa quête insistante fait entrevoir en elle une intuition cachée : "Il me semble que, sous le couvert de son inquiétude, quant à l'absence du corps, filtre, en elle, mais très profonde, une source. Obscure. Celle même qui tient captive pour l'instant, sa mémoire : l'idée, la vague idée, comme un oiseau aveugle, de la résurrection qui vient heurter sa préoccupation du corps disparu" (Georges Haldas).

Sa rencontre avec Jésus est étrange. Dans sa hâte de pouvoir toucher pour la dernière fois le corps du bien aimé, Marie est comme aveuglée. Elle ne voit pas les signes du mystère qui se donnent pourtant à voir : les anges qui sont habituellement les messagers de Dieu, et même Jésus qu'elle ne reconnaît pas et qu'elle prend pour un jardinier. C'est peut-être l'aveuglement de l'amour. Il faut que retentisse la voix de Jésus : "Myriam" pour qu'elle accueille enfin pleinement le mystère : "Rabbouni !" Sa quête du cadavre peut alors prendre fin, il lui faut désormais apprendre à vivre une autre relation avec Jésus : "Ne me retiens pas" ou, plus littéralement, "Cesse de me toucher" (v. 17).

Marie, l'une d'entre nous Par sa façon d'écrire, Jean accorde une place importante au lecteur et à la lectrice. Chacun peut, à partir des ouvertures du texte, se reconnaître dans l'expérience de cette femme et la prolonger. Pour ma part, j'aime voir en Marie de Magdala, la croyante idéale, éblouie par le maître dont elle a tant reçu et qu'elle a accompagné dans une fidélité sans faille. Lecteur parfois naïf des évangiles, mais en même temps restant toujours exégète marqué par la critique, je me refuse à fusionner en une seule figure toutes les Marie, en y rajoutant même la pécheresse anonyme de Luc. Il me suffit de me reconnaître dans Marie de Magdala, telle que Jean la raconte. Elle est alors pour moi, quelqu'un qui m'apprend à dépasser l'univers transitoire de la vision pour entrer résolument dans l'attitude de l'écoute. Je suis invité à m'inspirer de Marie, entrant à sa suite dans le temps de l'Église qui commence. Comme elle, qui, au matin de Pâque, a dû abandonner la relation physique avec Jésus, je suis invité à rencontrer le Seigneur dans l'obéissance à sa parole. Moi aussi il m'appelle par mon nom et m'envoie annoncer qu'il est devenu "le Prince de la Vie".

© Alain MARCHADOUR. 

> Pour en savoir plus sur Marie de Magdala :  Marie-Madeleine, épouse de Jésus ?
> Pour en savoir plus sur le portrait de Jésus selon Jean :  Jésus selon St Jean
> complément : le vocabulaire de résurrection

 
Jn 20,11-18
11Marie était restée dehors, près du tombeau, et elle pleurait. Tout en pleurant elle se penche vers le tombeau
12et elle voit deux anges vêtus de blanc, assis à l'endroit même où le corps de Jésus avait été déposé, l'un à la tête et l'autre aux pieds.
13« Femme, lui dirent-ils, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répondit : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l'a mis. »
14Tout en parlant, elle se retourne et elle voit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c'était lui.
15Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? qui cherches-tu ? » Mais elle, croyant qu'elle avait affaire au gardien du jardin, lui dit : « Seigneur, si c'est toi qui l'as enlevé, dis-moi où tu l'as mis, et j'irai le prendre. »
16Jésus lui dit : « Marie. » Elle se retourna et lui dit en hébreu : « Rabbouni » - ce qui signifie maître.
17Jésus lui dit : « Ne me retiens pas ! car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. »
18Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples  : « J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit. »
GIOTTO, Noli me tangere, Assise, Basilique inférieure.détail ...
 
 
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