124
Epreuve
149
Espérance
90
Fidélité
1345
Livre de Job
91
Solitude
10
Autané Maurice
L'épreuve de Job. Commentaire de Job 1,1-2,10
Commentaire au fil du texte
 
Commencer
 
Job sur son tas de fumier, Rome, catacombe saints Pierre et ...
Le Satan a lancé un défi à Dieu . L'épreuve de Job peut commencer.
 

Le Satan lance un défi à Dieu : ''Tu dis qu’il n’y a pas d’homme plus juste sur terre ? Je parie que Job te maudira en face !'' Commence l'épreuve. Mais ne nous y trompons pas : derrière un schéma simpliste à première vue, se cache une question fondamentale : d’où vient le mal ? Parcourons pas à pas le prologue du livre de Job.

La première phrase donne le ton : ''Il y avait…'', devons-nous entendre : ''Il était une fois…'' comme dans les contes ? Le héros est présenté : Job. Il n’est pas israélite. Il vient d’Ouç, pays lointain. Il est paré de toutes les qualités. Très riche, ses nombreux enfants sont le signe vivant d’une bénédiction divine. Il les élève dans la droiture et la crainte de Dieu, offrant l’holocauste pour eux. Le décor est planté, l’histoire peut commencer. Elle se déploie en diptyque : dans chacun des deux tableaux, l’action débute à la cour céleste, entre le Seigneur et le Satan et se prolonge sur terre, avec Job qui subit malheur sur malheur mais ''ne pèche point'' (1, 22 et 2, 10).

Mise à l'épreuve (1, 6-22)

Au début du premier tableau, à la cour céleste, le Seigneur est présenté à l’instar d’un roi tenant audience, recevant les rapports de ses serviteurs (appelés ici ''Fils de Dieu'') sur la situation du royaume. Parmi eux s’en trouve un, nommé ''le Satan''. Le Satan (notez l'article) n’est pas encore le diable de la théologie juive et chrétienne, mais un prince de la cour. Les v. 6 à 12 le présentent comme une figure déplaisante, un accusateur, qui met en doute la sincérité des actions humaines et qui critique l’optimisme du Seigneur lui-même. Job, l’homme juste, ne serait pas sincère. Le Satan demande donc une mise à l’épreuve, persuadé que la foi de Job ne résistera pas. Le Seigneur accepte le pari, mais avec une restriction : ''Évite seulement de porter la main sur lui''.

Au v. 13, nous redescendons sur terre pour rejoindre Job et sa famille. Les lecteurs que nous sommes savent qu’il s’agit d’une épreuve. Pas Job. En quatre coups, il va tout perdre : ses ânes et ses bœufs, ses moutons, ses chameaux, et enfin, le pire pour un père, ses fils et ses filles (v. 14-19). À chaque fois, les serviteurs sont tués également. Ne subsistent que les messagers de mauvaises nouvelles. En quatre coups, Job est passé de la grande richesse au dénuement total. Il est à terre et il ne lui reste rien. Il a perdu ses enfants, fruits de la bénédiction divine. Va-t-il se révolter ? La réponse est aux v. 20-22 : Job demeure fidèle et, attitude étrange pour nous, il magnifie le nom du Seigneur.

Le fond du malheur (2, 1-10)

Le deuxième volet du diptyque répète le déroulement du premier : nouvelle audience à la cour céleste, nouvelle intervention du Satan, et prise de parole louangeuse du Seigneur envers Job. Le récit pourrait s’arrêter là, puisque l’épreuve est accomplie. Job en est sorti vainqueur. Mais le Satan n’accepte pas sa défaite. Il réplique, réclame une autre épreuve, plus dure, qui touchera Job dans son corps. Le Seigneur accepte. La restriction première change : il ne s’agit plus d’éviter de porter la main sur Job – ce qui va être fait – mais de respecter sa vie.

Au v. 7 on a une étonnante transition en ''fondu enchaîné''. Le Satan demeure sur scène, la cour céleste s’évanouit, Job apparaît. Dans le premier tableau, la transition avait été plus nette, le Satan disparaissant en même temps que le Seigneur pour laisser place au monde de Job. Ici, le Satan rejoint l'univers terrestre et frappe lui-même Job. Atteint dans sa chair, de la tête aux pieds, celui-ci est mis plus bas que terre, sur la cendre. Et voici un nouveau personnage : sa femme. Elle lui enjoint de maudire Dieu. Elle a la réaction que le Satan attendait de Job. Mais Job résiste, correspondant exactement au portrait que le Seigneur faisait de lui. Il accepte ce qui lui arrive et s'il ne magnifie plus le nom divin (comme à la fin du premier tableau), il ne pèche pas.

La machine infernale

L'histoire de Job ne fait que commencer. Déjà touché dans ses biens, son amour paternel, sa chair, Job va être touché, au long des 40 chapitres suivants, dans sa dignité et sa foi. Trois amis, Elifaz, Bildad et Tsofar, vont s'avancer. Plus tard, un quatrième, Élihu, les rejoindra. Le Satan, lui, ne reparaîtra plus. Il a mis en route une machine infernale qui va se nourrir désormais des représentations de Dieu qui habitent ces ''amis'' et qu'ils exposent à longueur de discours : Dieu ne faisant rien sans raison, ils cherchent la faute cachée qui justifierait le déferlement des malheurs. Job a beau protester de son innocence, ils ne le croient pas. Job est seul. Seul il va se révolter et crier contre le ciel… Or – surprise – le Seigneur va l'approuver ! Et, dans l'épilogue (chap. 42), Job retrouvera santé et richesses.

Ce ''happy-end'' ne saurait faire oublier que le livre pose des questions qui passent les générations : d'où vient le mal ? S'il ne vient pas de Dieu, qui donc est responsable ? Le prologue du livre de Job accuse l’obstination perverse du Satan. Est-ce si simple ? Derrière ces questions, d’autres surgissent, tout aussi existentielles : le Satan met en doute la gratuité des actions humaines. Pour lui, tout ce qui advient chez l’homme, même ses sentiments les plus profonds, est le fruit d’un calcul. La grandeur de Job, dans son épreuve et sa révolte, est de montrer qu'il n'en est rien.

© SBEV. Maurice AUTANÉ

 
Jb1,1-2,10
1Le jour advint où les Fils de Dieu se rendaient à l'audience du SEIGNEUR. L'Adversaire vint aussi parmi eux à l'audience du SEIGNEUR.
2Le SEIGNEUR dit à l'Adversaire : « D'où est-ce que tu viens ? » - « De parcourir la terre, répondit-il, et d'y rôder. »
3Et le SEIGNEUR lui demanda : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'a pas son pareil sur terre. C'est un homme intègre et droit qui craint Dieu et se garde du mal. Il persiste dans son intégrité, et c'est bien en vain que tu m'as incité à l'engloutir. »
4Mais l'Adversaire répliqua au SEIGNEUR  : « Peau pour peau  ! Tout ce qu'un homme possède, il le donne pour sa vie.
5Mais veuille étendre ta main, touche à ses os et à sa chair. Je parie qu'il te maudira en face ! »
6Alors le SEIGNEUR dit à l'Adversaire : « Soit ! Il est en ton pouvoir ; respecte seulement sa vie. »
7Et l'Adversaire, quittant la présence du SEIGNEUR, frappa Job d'une lèpre maligne depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête.
8Alors Job prit un tesson pour se gratter et il s'installa parmi les cendres.
9Sa femme lui dit : « Vas-tu persister dans ton intégrité ? Maudis Dieu, et meurs  ! »
10Il lui dit : « Tu parles comme une folle. Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu. Et le malheur, pourquoi ne l'accepterions-nous pas aussi ? » En tout cela, Job ne pécha point par ses lèvres.
11Mais veuille étendre ta main et touche à tout ce qu'il possède. Je parie qu'il te maudira en face  ! »
12Alors le SEIGNEUR dit à l'Adversaire : « Soit ! Tous ses biens sont en ton pouvoir. Evite seulement de porter la main sur lui. » Et l'Adversaire se retira de la présence du SEIGNEUR.
13Le jour advint où ses fils et ses filles étaient en train de manger et de boire du vin chez leur frère aîné.
14Un messager arriva auprès de Job et dit : « Les boeufs étaient à labourer et les ânesses paissaient auprès d'eux.
15Un rezzou de Sabéens les a enlevés en massacrant tes serviteurs. Seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer. »
16Il parlait encore quand un autre survint qui disait : « Un feu de Dieu est tombé du ciel, brûlant moutons et serviteurs. Il les a consumés, et seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer. »
17Il parlait encore quand un autre survint qui disait : « Des Chaldéens formant trois bandes se sont jetés sur les chameaux et les ont enlevés en massacrant tes serviteurs. Seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer. »
18Il parlait encore quand un autre survint qui disait : « Tes fils et tes filles étaient en train de manger et de boire du vin chez leur frère aîné
19lorsqu'un grand vent venu d'au-delà du désert a frappé les quatre coins de la maison. Elle est tombée sur les jeunes gens. Ils sont morts. Seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer. »
20Alors Job se leva. Il déchira son manteau et se rasa la tête. Puis il se jeta à terre, adora
21et dit : « Sorti nu du ventre de ma mère, nu j'y retournerai. Le SEIGNEUR a donné, le SEIGNEUR a ôté : Que le nom du SEIGNEUR soit béni  ! »
22En tout cela, Job ne pécha pas. Il n'imputa rien d'indigne à Dieu.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org