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Credo
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Kérygme
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Résurrection
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Poffet Jean-Michel
Le premier "Credo". Commentaire de 1 Co 15,1-11
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http://www.pitts.emory.edu/ Christ Ressuscité, Bible de Luth ...
Le cri de foi des premiers chrétiens est associé aux ''apparitions'' pascales : ''il est ressuscité, il est apparu...''
 

La première annonce de la foi pascale

La mention des apparitions pascales se trouve associée à ce qui apparaît comme un cri de foi dans la finale du récit des pèlerins d'Emmaüs : ''C'est bien vrai, le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon'' (Lc 24,34), et de manière répétitive dans un des plus anciens textes kérygmatiques du Nouveau Testament : en 1 Co 15, Paul se réfère à une tradition reçue par lui (peut-être à Antioche) et transmise par ses soins à la communauté de Corinthe dans les années 50-51.

Une vingtaine d'années seulement sépare l'Apôtre de la mort du Christ. Ce Credo bien rythmé confesse : ''ll est apparu à Céphas, puis aux douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois [.. 1; ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. En tout dernier lieu, il m'est aussi apparu, à moi l'avorton '' (1 Co 15,3-8).

À chaque fois l'apparition pascale est exprimée en grec par un verbe à l'aoriste (ôphthè), qui désigne la ponctualité d'un événement précis survenu dans le passé (par ex. l'apparition au tombeau, en Galilée, sur le chemin d'Emmaüs, ou sur celui de Damas pour Paul), et à une forme particulière du passif. Ce passif grec transcrit en effet dans la Septante le ''niphal'' hébreu correspondant dans cette forme au réfléchi du factitif hébreu (le ''hiphil''). La traduction exacte est donc : ''il s'est fait voir de...'' La forme suggère donc non pas d'abord le fait que Pierre, Paul ou les autres témoins des apparitions ont eu une vision du Ressuscité, mais bien que le Ressuscité s'est fait voir d'eux. L'initiative vient de Dieu ou du Christ et c'est elle qui permet en même temps une réelle vision de la part de l'homme : il s'est fait voir de tel ou tel.

À titre d'exemple, voici comment le juif Philon d'Alexandrie (1er siècle) commente la théophanie dont bénéficia Abraham à Sichem (Gn 12,7): '' [Dieu], par amour pour les hommes, ne se détourna pas de l'âme qui était venue vers lui et, l'ayant rencontrée, il montra sa propre nature, autant que pouvait voir celui qui regardait. Aussi est-il dit non pas que le sage vit Dieu, mais que ''Dieu se fit voir (ophtè)'' du sage, car il était impossible que quelqu'un comprît l'Être véritable, sans que celui-ci se révélât et se montrât lui-même. (Philon d'Alexandrie, De Abrahamo, 79-80)

La foi n'est pas née de la seule réflexion des disciples, ni de leur incapacité d'accepter la disparition de leur Maître. Elle s'est imposée à eux par une série de rencontres. Le credo de 1 Co 15 ne décrit pas ces apparitions. Il ne mentionne pas la découverte du tombeau vide et ne dit rien d'une apparition aux femmes. En revanche, il se fait l'écho d'apparitions à Pierre et à Jacques qu'aucun récit ne développe (cf. seulement l'allusion de Lc 24,34 pour Pierre).

Chez Paul, signalons d'autres évocations brèves de rencontres pascales, exprimées elles aussi sur un mode très théologique. La rencontre entre l'Apôtre et le Ressuscité sur le chemin de Damas : Paul se garde bien de décrire l'événement (comme Luc le fera à trois reprises dans les Actes). Il tient plutôt à en exprimer le sens profond : ''''Lorsque Celui qui m'a mis à part depuis le sein de ma mère et m'a appelé par sa grâce, a jugé bon de révéler en moi son Fils afin que je l'annonce parmi les païens…'' (Ga 1,16). Paul sait avoir rencontré le Christ vivant qui s'est emparé dorénavant de sa personne (cf. encore 2 Co 4,6), mais il renonce à donner toute indication anecdotique de l'événement. il préfère s'inspirer de la vocation du Serviteur en Is 42 pour baliser sa naissance à la foi en Jésus Christ, et recourir au langage théologique de révélation pour rendre compte de cette rencontre pascale. Evoquant ce tournant de son existence, l'Apôtre écrit encore : ''Non que j'aie déjà obtenu tout cela ou que je sois devenu parfait; mais je m'élance pour tâcher de le saisir, parce que j'ai été saisi moi-même par Jésus Christ'' (Ph 3,12).

© SBEV / Jean-Michel Poffet
cf. ''Les rencontres pascales avec le Ressuscité !'',  Supplément au Cahiers Évangile n° 108, pages 5-6

Complément : Le vocabulaire de résurrection

 
1 Co 15,1-11
1Je vous rappelle, frères, l'Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, auquel vous restez attachés,
2et par lequel vous serez sauvés si vous le retenez tel que je vous l'ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain.
3Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais reçu moi-même : Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures.
4Il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures.
5Il est apparu à Céphas, puis aux Douze.
6Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois ; la plupart sont encore vivants et quelques-uns sont morts.
7Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.
8En tout dernier lieu, il m'est aussi apparu, à moi l'avorton.
9Car je suis le plus petit des apôtres, moi qui ne suis pas digne d'être appelé apôtre parce que j'ai persécuté l'Eglise de Dieu.
10Mais ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu et sa grâce à mon égard n'a pas été vaine. Au contraire, j'ai travaillé plus qu'eux tous  : non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.
11Bref, que ce soit moi, que ce soit eux, voilà ce que nous proclamons et voilà ce que vous avez cru.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org