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Stricher Joseph
Guérison à Lystre. Commentaire de Ac 14,8-10
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Guérison à Lystre ,Karel Dujardin 1663, Rijksmuseum
L'apôtre Paul s'est confronté à d'autres cultures que celle de la tradition juive. Un bon exemple : l'épisode de la guérison à Lystre .
 

Ac 14 : guérison à Lystre

L'apôtre Paul est célèbre pour avoir sillonné les pays de la Méditerranée. Sur terre et par mer, son annonce de l'Évangile s'est confronté à d'autres cultures que celle de la tradition juive. Un bon exemple : l'épisode de Lystre (Actes 14, 8-20).

Dans le livre des Actes des Apôtres, l’épisode de Lystre est une étape importante du premier voyage de Paul. Depuis leur départ d’Antioche en Syrie, Paul et Barnabé, d’origine juive, n’ont visité que des villes où se trouvent des coreligionnaires. Mais à Lystre (localité aujourd'hui disparue, elle se trouvait près de Hatunsaray en Turquie), il n'y a pas de communauté juive, la population est uniquement païenne.

Du Temple de Dieu au temple de Zeus
Paul guérit un infirme de naissance. Suit une scène haute en couleurs qui a pour décor le temple de Zeus-hors-les-murs. Pour en goûter le sel, il convient de se souvenir du premier miracle raconté dans les Actes des Apôtres. Après l’Ascension et de la Pentecôte, qui sont comme un lever de rideau, Luc commence son grand récit de la course de la Parole de Dieu, de Jérusalem à Rome, par un récit de guérison : au nom de Jésus, le Nazôréen, Pierre et Jean permettent à un infirme de naissance de gambader dans le Temple en louant Dieu. À la foule ébahie, Pierre explique le miracle en invoquant '' le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères '' qui a relevé Jésus d’entre les morts. Ce même Jésus, dit-il, a relevé maintenant cet homme. Le discours, qui a un certain succès dans le peuple, est interrompu par les responsables du Temple qui font arrêter les apôtres.

Utilisant sa technique habituelle de la ''syncrisis'' (construction en parallèle), Luc reprend les mêmes éléments pour raconter le miracle de Lystre. Là aussi, un homme est paralysé de naissance. Comme à Jérusalem, le thaumaturge fixe intensément du regard l’infirme avant de le guérir mais ne s’attribue pas le mérite de la guérison. Dans les deux cas, nous retrouvons le même lien étroit entre le miracle et la foi et le même décor : un temple. Et pour finir il y a une similitude dans les mauvais traitements réservés au guérisseurs. À Jérusalem, Pierre et Jean sont arrêtés et menacés par le Grand Conseil. Relâchés, ils rejoignent la communauté en prière. À Lystre, Paul est lapidé mais se relève dès que la communauté se regroupe autour de lui.

Quiproquo et coup de théâtre
Sur ce fond commun, le lecteur remarque les différences entre les deux miracles accomplis en milieu juif et en milieu païen. Il y a tout d’abord la réaction de la population de Lystre : elle prend Paul et Barnabé pour des dieux. Les apôtres, qui ne comprennent pas l’idiome des habitants, ne réagissent pas tout de suite. Mais quand les prêtres du temple de Zeus amènent taureaux et couronnes aux portes de la ville, ils ont les réflexes de bons juifs pratiquants en déchirant leurs vêtements devant ce qu’ils prennent pour un blasphème. Les gens de la ville, eux, ne pensent pas à mal. Sans doute ne veulent-ils pas refaire l’erreur de leurs ancêtres qui, selon une vieille légende, avaient autrefois mal accueilli Zeus et Hermès, venus visiter la région. (Cf. Philémon et Baucis de La Fontaine, qui reprend un conte des Métamorphoses d’Ovide VIII, 601-710). Ils préparent donc un sacrifice en l’honneur de Zeus-Barnabé et de Paul-Hermès.

Luc place alors dans la bouche des apôtres un discours qui annonce celui que Paul tiendra plus tard à Athènes. Il tranche avec celui de Pierre dans le Temple de Jérusalem : plus question du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, ''le Dieu de nos pères''. Ce langage, qui fait référence à une histoire sainte, au thème de l’élection et au Dieu de l’Alliance ne pourrait être compris par des païens. Les apôtres invoquent ''le Dieu qui a créé le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve''. C’est un Dieu qui donne la vie, un Dieu bienfaiteur. Il n’est pas ''sans-témoignage'' (''amartyros'', mot unique dans le N.T.) et il manifeste sa bienveillance à toutes les nations. Les apôtres invitent leurs auditeurs à se détourner des ''néants'' (comprendre les divinités de la mythologie) pour se tourner vers le ''Dieu vivant''. Ce langage n’est pas une nouveauté. Il reprend les critiques du psalmiste ou du livre de la Sagesse contre les idoles mais il ne propose pas l’observation de la Torah comme chemin vers Dieu. Le discours ne suscite pas l’enthousiasme des habitants de Lystre, mais il déclenche une réaction furieuse… chez les Juifs ! Ceux-ci accourent d’Antioche et d’Iconium et infligent à Paul la punition prévue en cas d’apostasie, la lapidation. Paul et Barnabé poursuivront néanmoins leur chemin.

Ce récit enlevé et dramatique illustre à merveille les chances et les risques de l’ouverture de la communauté judéo-chrétienne aux païens.

© Joseph STRICHER. Article paru dans Le Monde la Bible n° 144 ''La Méditerranée des croisades'' (Bayard-Presse, sept-oct. 2001), p. 72

 
Ac 14, 8-20
8Il se trouvait à Lystre un homme qui ne pouvait pas se tenir sur ses pieds ; étant infirme de naissance, il n'avait jamais marché.
9Un jour qu'il écoutait Paul parler, celui-ci fixa son regard sur lui et, voyant qu'il avait la foi pour être sauvé,
10il dit d'une voix forte : « Lève-toi, droit sur tes pieds ! » L'homme bondit : il marchait.
11A la vue de ce que Paul venait de faire, des voix s'élevèrent de la foule, disant en lycaonien : « Les dieux se sont rendus semblables à des hommes et sont descendus vers nous. »
12Ils appelaient Barnabas « Zeus », et Paul « Hermès  », parce que c'était lui le porte-parole.
13Le prêtre de Zeus-hors-les-murs fit amener taureaux et couronnes aux portes de la ville  ; d'accord avec la foule, il voulait offrir un sacrifice.
14A cette nouvelle, les apôtres Barnabas et Paul déchirèrent leur manteau et se précipitèrent vers la foule en criant :
15« Oh ! que faites-vous là ? disaient-ils. Nous aussi nous sommes des hommes, au même titre que vous ! La bonne nouvelle que nous vous annonçons, c'est d'abandonner ces sottises pour vous tourner vers le Dieu vivant qui a créé le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s'y trouve.
16Dans les générations maintenant révolues, il a laissé toutes les nations suivre leurs voies,
17sans manquer pourtant de leur témoigner sa bienfaisance, puisqu'il vous a envoyé du ciel pluies et saisons fertiles, comblant vos coeurs de nourriture et de satisfaction. »
18Ces paroles calmèrent à grand-peine la foule, la détournant ainsi de leur offrir un sacrifice.
19D'Antioche et d'Iconium survinrent alors des Juifs qui rallièrent la foule à leurs vues. On lapida Paul, puis on le traîna hors de la ville, le laissant pour mort.
20Mais, quand les disciples se furent rassemblés autour de lui, il se releva et rentra dans la ville. Le lendemain, avec Barnabas, il partit pour Derbé.
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org