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David
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Goliath
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Saül
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Billon Gérard
David, Goliath et Saül, Commentaire de 1 S 17,1-58
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Michel-Ange, 1504, à Florence.
Un petit berger tue un guerrier gigantesque: un récit merveilleux, trop merveilleux ?
 

Commentaire du récit de 1 S 17. Où le lecteur verra comment un jeune drôle vient à bout d'une grosse brute, étonne un roi, devient l'ami du prince héritier et nous révèle ce qu'est la foi en Dieu...

Le "David" sculpté par Michel-Ange il y a 500 ans se dresse fièrement à Florence – et Marseille – , emblème d'une jeune République qui ne voulait rien devoir à personne : "… les armes d'autrui, ou tombent à terre, ou te pèsent, ou te serrent" (Machiavel).

Le héros est nu, la fronde n'est pas encore tendue, il toise son adversaire. Dans quel interstice du récit biblique le sculpteur a-t-il donc saisi cette image ? Car le chapitre 17 du premier livre de Samuel est étonnant à plus d'un titre.

Le masque du conte
Ce récit, illustrissime, est tellement merveilleux – un jeune berger tue avec sa seule fronde un guerrier gigantesque armé jusqu'aux dents – que le doute saisit le lecteur quant à son historicité. L'embarras grandit, quelques chapitres plus loin, à la lecture des exploits de héros de la guerre contre les Philistins : il est question, par deux fois, d'un guerrier monstrueux, lié à la ville de Gath, vaincu par un Israélite qui est soit un habitant de Bethléem (comme David), soit un neveu de David (2 Samuel 21,19-21). L'histoire royale a-t-elle été embellie jusqu'à attribuer au monarque des faits d'armes dus à des gens de son entourage ? Peut-être. Sa bravoure, bien réelle, a été exaltée par tant de chants (cf. 18, 7 : "Saül en a frappé mille, mais David, dix mille"). La vérité s'avance ici sous le masque du conte.

Le narrateur n'est pas dupe. Il n'hésite pas devant les incohérences narratives (en 17, 55-56 le roi Saül s'informe sur l'identité de David alors qu'au chapitre précédent, rappelé au v. 15, David joue de la cithare pour lui !). À un récit trop lisse, au crescendo trop prévisible, il préfère les scènes exemplaires et le heurt des personnages : ainsi, en même temps qu'il présente les forces armées, le défi de Goliath et la peur des Israélites, il donne à voir David, jeune, obéissant et partant, tel le Chaperon Rouge, avec son panier. Un peu plus tard, celui-ci fait la nique à son grand frère avant d'être reçu par le roi. Puis le gamin espiègle fait place à un homme à la foi éprouvée etc. Jusqu'à la fin de l'épisode où un contraste violent oppose l'amitié de Jonathan et la jalousie de Saül.

A-t-on suffisamment remarqué que le combat contre Goliath est expédié en une phrase ? La guerre contre les Philistins est reléguée à l'arrière-plan. Un autre conflit, tenace, est en train de naître entre Saül, l'ex messie, et David, le nouveau messie (secret) au destin si programmé que l'héritier du trône, Jonathan, s'incline déjà de bonne grâce.

Force de la faiblesse
À la suite des travaux de Pierre Gibert en particulier, on pense qu'une légende royale composée sous la monarchie (entre le 10e et le 6e siècle) a été reprise autour de l'exil (6e siècle) pour être intégrée à un vaste projet historien appelé "histoire deutéronomiste". Il s'agissait alors de relire la période qui s'étend de l'entrée en Canaan jusqu'à l'exil à Babylone et de comprendre le statut de la royauté. Celle-ci a failli : quelles en sont donc les causes politiques et religieuses ? Dans les premiers temps, ceux de Samuel, Saül et David, y avait-il déjà des signes avant-coureurs de cet échec ? Le cours de l'histoire pouvait-il s'orienter autrement ? David a-t-il été un roi "selon le cœur de Dieu" ? Car même David est un personnage ambigü : héros devant Goliath, il sera brutal envers Bethsabée et lâche devant ses fils (cf. 2 Samuel 11-13). Dans l'écriture biblique, la politique internationale s'efface devant les conduites individuelles et devant l'écoute (ou la non écoute) de la Loi, Parole divine qui crée, qui sauve.

Au monarque vieillissant que les manteaux n'arrivent plus à réchauffer (1 Rois 1, 2) et qui ourdit sa succession comme un complot, il est permis de préférer le jeune homme qui, ayant essayé une armure trop lourde, s'en débarrasse pour s'ébrouer dans le torrent : faible, il se laisse agir par la force de Dieu. L'action divine se conjugue alors avec l'adresse et l'agilité du "bel enfant roux". Qu'est-ce donc que l'action de Dieu ? Et qu'est-ce que la foi ? Un corps offert à la parole du Dieu d'Israël ? Michel-Ange – après Donatello et avant Le Bernin – en a exalté la nudité, fragilité à vues humaines, confiance aux yeux de la foi. Tout comme le scribe antique rédigeant à Babylone ou à Jérusalem, il oblige son interlocuteur (spectateur, lecteur) à discerner au-delà des apparences, à voir que cet homme, à ce moment de son histoire, a choisi d'être mu par la force d'un autre, la force de l'Autre. Ce choix et ce geste traversent les siècles. Ils rachètent d'autres décisions à venir, moins confiantes, moins nues.

© Gérard Billon, article extrait du Monde de la Bible n°148 (Bayard-Presse, janvier-février 2003), p. 72

 
1 S 17,1-58
1Les Philistins rassemblèrent leurs armées pour la guerre. Ils se rassemblèrent à Soko de Juda et ils campèrent entre Soko et Azéqa, à Efès-Dammim.
2Saül et les hommes d'Israël se rassemblèrent et campèrent dans la vallée du Térébinthe, et ils se rangèrent en bataille face aux Philistins.
3Les Philistins se tenaient sur la montagne d'un côté ; les Israélites se tenaient sur la montagne de l'autre côté ; la vallée était entre eux.
4Un champion sortit du camp philistin. Il s'appelait Goliath et il était de Gath. Sa taille était de six coudées et un empan.
5Il était coiffé d'un casque de bronze et revêtu d'une cuirasse à écailles. Le poids de la cuirasse était de cinq mille sicles de bronze.
6Il avait aux jambes des jambières de bronze, et un javelot de bronze en bandoulière.
7Le bois de sa lance était comme l'ensouple des tisserands, et la pointe de sa lance pesait six cents sicles de fer. Le porte-bouclier marchait devant lui.
8Il se campa, et il interpella les lignes d'Israël. Il leur dit : « A quoi bon sortir vous ranger en bataille ? Ne suis-je pas le Philistin, et vous des esclaves de Saül ? Choisissez-vous un homme, et qu'il descende vers moi !
9S'il est assez fort pour lutter avec moi et qu'il me batte, nous serons vos esclaves. Si je suis plus fort que lui et que je le batte, vous serez nos esclaves et vous nous servirez. »
10Le Philistin dit : « Moi, aujourd'hui, je lance le défi aux lignes d'Israël : Donnez-moi un homme, pour que nous combattions ensemble  ! »
11Saül et tout Israël entendirent ces paroles du Philistin et furent écrasés de terreur.
12David était le fils d'un Ephratéen, celui de Bethléem de Juda, qui s'appelait Jessé et avait huit fils. Cet homme était âgé au temps de Saül, il avait fourni des hommes.
13Les trois fils aînés de Jessé s'en étaient donc allés. Ils avaient suivi Saül à la guerre. Les trois fils de Jessé qui étaient allés à la guerre s'appelaient, l'aîné Eliav, le second Avinadav, et le troisième Shamma.
14David était le plus jeune  ; les trois aînés avaient suivi Saül,
15mais David allait chez Saül et en revenait pour paître le troupeau de son père à Bethléem.
16Le Philistin s'avança matin et soir et il se présenta ainsi pendant quarante jours.
17Jessé dit à son fils David : « Prends donc pour tes frères cette mesure de blé grillé et ces dix pains, et cours les porter au camp à tes frères.
18Et ces dix fromages, tu les porteras au chef de millier. Tu prendras des nouvelles de la santé de tes frères et tu recevras d'eux un gage.
19Saül est avec eux et avec tous les hommes d'Israël dans la vallée du Térébinthe, en train de se battre contre les Philistins. »
20David se leva de bon matin, laissa le troupeau à un gardien, prit sa charge, s'en alla, suivant l'ordre de Jessé, et arriva au campement. L'armée, qui allait rejoindre le front, poussait le cri de guerre.
21Israélites et Philistins prirent position, front contre front.
22David laissa les bagages, dont il s'était déchargé, entre les mains du gardien des bagages, puis il courut au front et vint saluer ses frères.
23Comme il parlait avec eux, voici que montait, des lignes philistines, le champion appelé Goliath, le Philistin de Gath. Il tint le même discours, et David l'entendit.
24En voyant cet homme, tous les hommes d'Israël eurent très peur et s'enfuirent.
25Les hommes d'Israël disaient : « Avez-vous vu cet homme qui monte ? C'est pour défier Israël qu'il monte. Qu'un homme le batte, et le roi le fera très riche. Il lui donnera sa fille et, à sa famille, des privilèges en Israël. »
26David dit aux hommes qui se tenaient près de lui : « Que fera-t-on pour l'homme qui battra ce Philistin et qui écartera la honte d'Israël ? Qui est-il, en effet, ce Philistin incirconcis, pour qu'il ait défié les lignes du Dieu vivant ? »
27Les gens lui répondirent de la même manière : « Voilà ce qu'on fera pour l'homme qui le battra. »
28Eliav, son frère aîné, entendit David parler aux hommes. Il se mit en colère contre lui et lui dit : « Pourquoi donc es-tu descendu ? A qui as-tu laissé ton petit troupeau dans le désert ? Je connais, moi, ta turbulence et tes mauvaises intentions : c'est pour voir la bataille que tu es descendu. »
29David dit : « Mais qu'ai-je fait ? Je n'ai fait que parler. »
30Il le quitta et, s'adressant à un autre, il lui répéta sa question. Les gens lui firent la même réponse qu'auparavant.
31Cependant, les paroles prononcées par David avaient été entendues, et on les avait rapportées à Saül. Celui-ci le fit venir.
32David dit à Saül : « Que personne ne se décourage à cause de ce Philistin, ton serviteur ira le combattre. »
33Saül dit à David : « Tu es incapable d'aller te battre contre ce Philistin : tu n'es qu'un gamin, et lui est un homme de guerre depuis sa jeunesse. »
34David dit à Saül : « Ton serviteur était berger chez son père. S'il venait un lion, et même un ours, pour enlever une brebis du troupeau,
35je partais à sa poursuite, je le frappais et la lui arrachais de la gueule. Quand il m'attaquait, je le saisissais par les poils et je le frappais à mort.
36Ton serviteur a frappé et le lion et l'ours. Ce Philistin incirconcis sera comme l'un d'entre eux, car il a défié les lignes du Dieu vivant. »
37David dit : « Le SEIGNEUR qui m'a arraché aux griffes du lion et de l'ours, c'est lui qui m'arrachera de la main de ce Philistin. » Saül dit à David : « Va, et que le SEIGNEUR soit avec toi. »
38Saül revêtit David de ses propres habits, lui mit sur la tête un casque de bronze et le revêtit d'une cuirasse.
39David ceignit aussi l'épée de Saül par-dessus ses habits et essaya en vain de marcher, car il n'était pas entraîné. David dit à Saül : « Je ne pourrai pas marcher avec tout cela, car je ne suis pas entraîné. » Et David s'en débarrassa.
40Il prit en main son bâton, se choisit dans le torrent cinq pierres bien lisses, les mit dans son sac de berger, dans la sacoche, et, la fronde à la main, s'avança contre le Philistin.
41Le Philistin, précédé de son porte-bouclier, se mit en marche, s'approchant de plus en plus de David.
42Le Philistin regarda et, quand il aperçut David, il le méprisa : c'était un gamin au teint clair et à la jolie figure.
43Le Philistin dit à David : « Suis-je un chien pour que tu viennes à moi armé de bâtons ? » Et le Philistin maudit David par ses dieux.
44Le Philistin dit à David : « Viens ici, que je donne ta chair aux oiseaux du ciel et aux bêtes des champs. »
45David dit au Philistin : « Toi, tu viens à moi armé d'une épée, d'une lance et d'un javelot ; moi, je viens à toi armé du nom du SEIGNEUR de l'univers, le Dieu des lignes d'Israël, que tu as défié.
46Aujourd'hui même, le SEIGNEUR te remettra entre mes mains : je te frapperai et je te décapiterai. Aujourd'hui même, je donnerai les cadavres de l'armée philistine aux oiseaux du ciel et aux animaux de la terre. Et toute la terre saura qu'il y a un Dieu pour Israël.
47Et toute cette assemblée le saura : ce n'est ni par l'épée, ni par la lance que le SEIGNEUR donne la victoire, mais le SEIGNEUR est le maître de la guerre et il vous livrera entre nos mains. »
48Tandis que le Philistin s'ébranlait pour affronter David et s'approchait de plus en plus, David courut à toute vitesse pour se placer et affronter le Philistin.
49David mit prestement la main dans son sac, y prit une pierre, la lança avec la fronde et frappa le Philistin au front. La pierre s'enfonça dans son front, et il tomba la face contre terre.
50Ainsi David triompha du Philistin par la fronde et la pierre. Il frappa le Philistin et le tua. Il n'y avait pas d'épée dans la main de David.
51David courut, s'arrêta près du Philistin, lui prit son épée en la tirant du fourreau et avec elle acheva le Philistin et lui trancha la tête. Voyant que leur héros était mort, les Philistins prirent la fuite.
52Les hommes d'Israël et de Juda s'ébranlèrent en poussant le cri de guerre et poursuivirent les Philistins jusqu'à l'entrée de la vallée et jusqu'aux portes d'Eqrôn. Des cadavres de Philistins gisaient sur la route de Shaaraïm, et jusqu'à Gath et à Eqrôn.
53Après une chaude poursuite, les fils d'Israël revinrent piller le camp des Philistins.
54David prit la tête du Philistin et l'apporta à Jérusalem et il mit ses armes dans sa propre tente.
55Voyant David partir pour affronter le Philistin, Saül avait dit à Avner, le chef de l'armée : « De qui ce garçon est-il le fils, Avner ? » Et Avner avait dit : « Par ta vie, ô roi, je ne sais pas. »
56Le roi avait dit : « Demande toi-même de qui ce jeune homme est le fils. »
57Lorsque David revint, après avoir abattu le Philistin, Avner le prit et l'amena devant Saül. Il avait à la main la tête du Philistin.
58Saül lui dit : « De qui es-tu le fils, mon garçon ? » David dit : « Je suis le fils de ton serviteur, Jessé le Bethléémite. »
 
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