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Guérison
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Révélation
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Sabbat
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Billon Gérard
Guérison à la synagogue. Commentaire de Mc 3,1-6
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Ce petit épisode n'est pas une simple anecdote jetée sur le papier. Il est de composition très élaborée.
 

Mc 3 : guérison à la synagogue

Ce petit épisode, placé dans la première partie de l'évangile, n'est pas une simple anecdote jetée sur le papier. Il s'agit d'un récit, certes tout simple, mais de composition très élaborée.

Une question de vie ou de mort
Que remarquons-nous à la lecture, simplement en observant les acteurs, leurs gestes et leurs paroles ? Une série d'oppositions :
- au début, Jésus entre ; à la fin, ses adversaires sortent
- il y a un homme à la main desséchée ; elle est remise en état
- les adversaires épient Jésus ; il les regarde avec colère
- Jésus leur parle ; ils se taisent

Au milieu de l'épisode une interrogation, une provocation. La mise en scène, ou, pour être plus précis, la « mise en récit », est trop travaillée pour que nous réduisions cet épisode à un document, à une chose vue ou à un souvenir, même enjolivé par la mémoire. Nous sommes partie prenante d'un drame : il est question de vie et de mort, d'une main paralysée, de cœurs durs, de colère et de haine. La tension monte au fil du récit : Jésus est épié, puis objet d'un complot où les ennemis d'hier - pharisiens, hérodiens - font cause commune. Tout cela dans une synagogue, lieu de l'écoute de la Parole de Dieu. Là où il devrait y avoir vie - et, effectivement, il y a vie quand même pour l'homme handicapé ! - la violence déploie ses cercles meurtriers. Comment ne pas y voir un élément de tragédie ?

Sommes-nous devant une histoire inventée ? Non. Ce n’est pas parce que nous repérons un travail d’écriture que nous avons affaire à un récit de fiction. Le récit évangélique a pour objectif d'informer son lecteur du sort de l’homme de Nazareth mais surtout de le former en l'invitant à devenir lui-même disciple. Disciple de « Jésus le Christ, Fils de Dieu », tel est le portrait du « lecteur implicite » dessiné au fil du récit évangélique par Marc, le narrateur. D’où l’intérêt, dans une lecture critique, de repérer les stratégies de Marc. En particulier le type d’intrigue dont il use.

Intrigue de résolution, intrigue de révélation
Quand l’intrigue s’intéresse d’abord aux actions, au «faire» des personnages, elle est dite de «résolution». Il s’agit de résoudre un problème, mener un combat, une enquête, une quête… Oui ou non, le héros arrivera-t-il à vaincre les obstacles et à toucher au but ? En Mc 3,1-6, il y a une intrigue de résolution : Jésus va-t-il guérir l’homme handicapé ? Mais le lecteur pressent bien que toute l’intrigue ne se porte pas sur cette guérison. Et qu’en particulier, l’interrogation du v. 4 lancée aux pharisiens est d’un autre ordre que le «faire».

Le récit tourne autour de la question «Est-il permis de… ». Il s’agit donc de se déterminer sur le statut du sabbat, ses liens avec la vie et la mort. Ce qui est en cause, c’est moins un «faire» (réussite/échec) qu’un «savoir», une prise de position raisonnée sur un donné de la tradition. Les pharisiens, visiblement, en se taisant, refusent de rentrer dans le système de valeurs de Jésus et de modifier leur conception du permis/défendu. L’intrigue est ici une intrigue de «révélation» parce qu’elle se donne pour objectif de faire accéder les personnages du récit – et, par ricochet, le lecteur – à un niveau de connaissance qui, jusqu’à présent, leur était caché.

Or, cette question du sabbat traverse le récit de Marc depuis un certain temps. La première guérison racontée a pour cadre la synagogue de Capharnaüm, le jour du sabbat (Mc 1,21-28). Elle suscite de l’effroi, mais pas d’hostilité. Les pharisiens apparaissent lors du repas qui suit l’appel de Lévi (Mc 2,16-18) pour s’étonner, avec les baptistes, de l’accueil fait par Jésus aux pécheurs. Le premier véritable conflit s’ouvre quand les disciples de Jésus, le jour du sabbat, cueillent des épis (Mc 2,23-27). À ce moment-là, c’est moins la pratique pharisienne qui semble contestée que les références religieuses sous-jacentes : le rapport à la Loi. Mais ce conflit d’interprétation soulève immédiatement une autre question : celle de l’autorité de Jésus et de son identité. Située dans ce contexte, l’épisode de la guérison un jour de sabbat (que l’on peut à bon droit lire comme la résolution d’un handicap) relève bien, en dernier ressort, d’une intrigue de révélation.

Ainsi, Marc ne se contente pas de rapporter des faits. Il les organise et cherche à montrer les enjeux en cause, qu'il s'agisse de l'identité de Jésus ou de la formation de l'identité chrétienne (ici en rapport avec la Loi de Dieu).

© Gérard BILLON.

 
Mc 3,1-6
1Il entra de nouveau dans une synagogue  ; il y avait là un homme qui avait la main paralysée.
2Ils observaient Jésus pour voir s'il le guérirait le jour du sabbat  ; c'était pour l'accuser.
3Jésus dit à l'homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi ! viens au milieu. »
4Et il leur dit : « Ce qui est permis le jour du sabbat, est-ce de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver un être vivant ou de le tuer ? » Mais eux se taisaient.
5Promenant sur eux un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur coeur, il dit à cet homme : « Etends la main. » Il l'étendit et sa main fut guérie.
6Une fois sortis, les Pharisiens tinrent aussitôt conseil avec les Hérodiens contre Jésus sur les moyens de le faire périr.
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org