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Traductions récentes en français
Traductions récentes de la Bible en français
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Depuis 2001, trois traductions de la Bible sont parues. Pourquoi cette ''rage'' de traduire ?
 
La nouvelle traduction de la Bible (éditions Bayard) a trouvé un écho favorable dans le public. Quel est son intérêt ? Plus largement, pourquoi multiplier les traductions ? Opinion de M. Auwers, qui a dirigé un excellent ''guide des traductions courantes'' : La Bible en français (coll. ''connaître la Bible'' n°11-12, éditions Lumen Vitae 1999, 136 p.).

On peut s'étonner de voir paraître cette nouvelle traduction quatre ans à peine après la Bible Pastorale de Maredsous, trois ans après la refonte de la Bible de Jérusalem, un an seulement après la parution de la Bible Parole de Vie. Et ce n'est pas tout, d'autres Bibles sont prévues dans les années à venir : la Nouvelle Segond révisée est annoncée pour 2002, et l'édition intégrale de la Traduction Liturgique de la Bible pour 2003. Vraiment, le public francophone est gâté, mais il peut aussi s'interroger sur les raisons de cette ''rage'' de la traduction.

Lectures diverses
S'il y a autant de traductions, c'est parce que le texte biblique est susceptible de recevoir diverses interprétations. Et cela dès le premier mot de la Bible. Le mot hébreu ''bereshith'' peut être compris comme indiquant un commencement absolu ; dans ce cas, on traduira, comme la Bible de Jérusalem : ''Au commencement Dieu créa le ciel et la terre''. Mais on peut aussi interpréter le mot comme une conjonction de temps et traduire avec la T.O.B. : ''Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre, la terre était…'' ; ce commencement est alors celui de l'action créatrice de Dieu. On peut encore interpréter ''bereshith'' comme signifiant ''en tant que premiers'' ; le mot signale alors que le ciel et la terre sont comme les prémices de la création. C'est cette interprétation que retient la Bible Bayard :
'' Premiers
Dieu crée ciel et terre ''.
On voit, à ce seul exemple, l'intérêt qu'il y a à confronter plusieurs traductions : l'exercice permet de mettre immédiatement le doigt sur les enjeux d'interprétation.

Le texte et le lecteur
À vrai dire, la polysémie du texte biblique ne suffit pas à expliquer la multiplicité des traductions existantes. En fait, celles-ci ne diffèrent pas tant par leurs options sur des points de détail que par la conception même que les traducteurs se font de leur travail. Toute traduction est le résultat d'une rencontre entre, d'une part, un texte lointain (dans l'espace et dans le temps) qui, grâce au traducteur, vient vers le lecteur en modifiant sa forme linguistique, et, d'autre part, ce lecteur qui marche vers le texte en faisant l'effort de comprendre un monde différent du sien. La différence entre les traductions dépend, pour une large part, de la position du point de rencontre. Dans telle traduction, le texte se déplacera peu, obligeant ainsi le lecteur à marcher beaucoup pour le rejoindre ; dans telle autre, la forme originale du texte sera considérablement modifiée et le lecteur trouvera le texte tout près de lui. Entre un littéralisme servile qui laisserait le texte incompréhensible et une actualisation qui le rendrait méconnaissable, s'ouvre toute une gamme de possibilités.

La Bible de Jérusalem et, dans une moindre mesure, la T.O.B. s'en tiennent à un littéralisme relativement strict (sans être pour autant du charabia !). Les traducteurs ont serré au plus près le texte-source, dont ils se sont attachés à rendre la forme : si la traduction n'est pas immédiatement compréhensible, le sens sera précisé en note ; si le sens est incertain, la note le signalera et indiquera les options possibles. Si, en 2 Co 5, 16, la Bible de Jérusalem peut garder l'expression ''connaître le Christ selon la chair'', c'est parce qu'une note en bas de page donne le sens de l'expression. C'est pourquoi ces grandes Bibles sont un outil privilégié pour celui qui veut étudier le texte biblique.

La Bible Parole de Vie s'adresse à un public n'ayant qu'une connaissance limitée du français ; elle propose, dans un français dit ''fondamental'' – c'est-à-dire dans des phrases courtes, aux structures grammaticales simples, et avec un vocabulaire limité à 3.500 mots – un sens immédiatement intelligible. Pour ce faire, elle n'hésite pas à se détacher de la forme des textes traduits, en privilégiant le contenu du message plutôt que sa forme : ''connaître selon la chair'' devient ici ''connaître d'une façon humaine'' ; et le fameux ''il est un Dieu jaloux'' est explicité en ''il veut être votre seul Dieu'' (Jos 24,19). L'absence presque totale de notes de bas de page oblige ici le traducteur à faire refluer dans la traduction une part de l'interprétation que les Bibles d'étude fournissent en note. Certaines notions trop abstraites ont été évitées : la résurrection devient le réveil de la mort, le mot ''grâce'' est remplacé par divers équivalents (comme ''don gratuit'', ''bonté'').

Une langue souple et rebelle
L'originalité de la Bible Bayard est de mettre au service du texte toutes les ressources poétiques et littéraires du français contemporain. Le travail de traduction a été confié à des hommes ou femmes de lettres qui réécrivent, en y imprimant leur propre style, un mot à mot qui leur est soumis et expliqué par des exégètes, lesquels contrôlent le travail des écrivains, de manière à garantir la fidélité au sens de l'original. C'est donc une Bible revisitée par des poètes, des romanciers, des philosophes d'aujourd'hui, qui la restituent dans cette langue souple et rebelle qui est la leur. Pourquoi pas ? La Bible n'est pas une pièce de musée ; chaque génération a le devoir de se la réapproprier. Les traducteurs ont fait la chasse au vocabulaire conventionnel : l'arche de Noé est devenue une boîte ; le mot ''âme'' a presque complètement disparu ; la foi fait souvent place à la confiance ; le péché, à l'égarement ou à la faute ; on immerge ou on plonge autant qu’on baptise ! Cela dit, chacun des écrivains qui ont collaboré à l'entreprise – ils sont vingt au total – a gardé toute liberté dans ses choix d'écriture et de procédés poétiques. D'où une grande variété de styles à l'intérieur de cette traduction. Les quatre évangiles ont été confiés à quatre écrivains différents, et l'harmonisation est restée volontairement discrète. Aussi, la première béatitude est-elle traduite d'un côté : ''Joie de ceux qui sont à bout de souffle'' (Mt 5, 3) et, de l'autre : ''Vous êtes chanceux, les pauvres !'' (Lc 6, 20). La première demande du Notre Père est formulée d'un côté : ''Tu es saint : fais-toi connaître'' (Mt 6, 9) et, de l'autre : ''Soit ton nom reconnu saint'' (Lc 11, 2). Les versets de psaumes qui sont cités en 1 Ch 16 y sont traduits autrement que ne le sont les psaumes correspondants. Ce parti pris est tout à fait légitime et cohérent avec la philosophie du projet : chaque écrivain récrit ''son texte'' dans le style qui est le sien. Mais ce parti pris a aussi ses conséquences. La Bible Bayard n'est pas réalisée pour servir de point de départ à une étude critique du texte biblique ; elle se situe plutôt au point de convergence d'un double travail : un travail d'interprétation exégétique et un travail d'écriture. C’est ainsi que la parole de Jésus : '' C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices '' est devenue : '' Je préfère la compassion aux rites '' (Mt 9, 13). Cette nouvelle traduction donne assurément l'agrément de la lecture. À tous ceux qui ont voulu lire l'ensemble de la Bible et se sont découragés en chemin, je conseillerais de renouveler l'expérience avec cette nouvelle traduction. En tout cas, ceux qui aiment la poésie d'Olivier Cadiot n'auront pas de peine à traverser avec lui le Psautier, comme portés par un souffle…

© SBEV, Jean-Marie Auwers


Annexe :
La Nouvelle Bible Segond,édition d'étude (Alliance Biblique Universelle 2002, 1900 pages)

Au terme d'un travail de plus de 10 ans est enfin parue, en juin 2002, la ''NBS''. Ces trois initiales semblent vouloir rivaliser avec la TOB. En effet, depuis la parution de celle-ci, bien des protestants (surtout des églises évangéliques) désiraient une véritable ''bible d'étude'' en français, meilleure que les traductions des bibles anglaises (Scofield et Thompson). Le comité de rédaction s'est fixé deux grands objectifs : réviser en profondeur la traduction Segond et fournir des aides à la lecture et à l'étude ; ce qui est une innovation dans le protestantisme traditionnel. Le résultat est magistral. La bible d'étude souhaitée est là et constitue une véritable petite bibliothèque biblique. Notes, repères chronologiques, index, concordance et cartes constituent de précieuses aides à la lecture.

La traduction est bien améliorée, libérée des pieuses traditions : l'Éternel est devenu le SEIGNEUR, comme dans la TOB. On relève quelques traductions nouvelles dans le vocabulaire traditionnel : Païen devient ''Non-juif''; Conversion = Changement radical ; Évangile = Bonne nouvelle ; Jalousie = Passion jalouse ; Publicain = Collecteur des taxes ; Miséricorde = Compassion, etc. Le langage inclusif est souvent adopté. ''Sur la terre, paix parmi les humains en qui (Dieu) prend plaisir'' chantent les anges de Noël ; et Jésus dit à Pierre : ''Désormais ce sont des êtres humains que tu prendras''. Les citations de l'A.T. dans le N.T. sont en italiques. La traduction a pu souvent être harmonisée, grâce à la concordance électronique. Sans être savante, elle est précise et claire.

© SBEV, Philippe Gruson
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org