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Temps
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Vanité
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Carrière Jean-Marie
Vanité des vanités
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La formule qui ouvre le livre est passée dans le patrimoine universel : ''Vanité des vanités...'' (1,2). Elle est répétée, presque identique, à la fin du livre.
 

La formule qui ouvre le livre est passée dans le patrimoine universel : ''Vanité des vanités, dit Qohélet, vanité des vanités, tout est vanité'' (1,2). Elle est répétée, presque identique, à la fin du livre (12,8). Si l'auteur nous martèle ainsi le mot ''vanité'' au début et à la fin de son œuvre, il faut sans doute y voir une clé pour comprendre l'ensemble.

Du vent...


Qu'entendre par ''vanité'' ? Le terme hébreu ''HéVèL'' désigne généralement une brume matinale, un brouillard qui ne dure pas. Le frère de Caïn, dont la vie a été aussi brève qu'un brume matinale, s'appelle justement Abel (en hébreu, ''Hével''). Autre image : dans la fable de La Fontaine, une grenouille voulant se faire aussi grosse qu'un bœuf, se gonfla de vent, devint énorme et éclata. Voilà ce qu'est la ''vanité'' : être plein de vent ! Il se trouve que Qohélet a employé ce mot 37 fois dans son livre. Or, sachant que les juifs calculent non avec des chiffres mais avec des lettres, la somme des consonnes de ''HéVeL'' fait exactement… 37 ! Nous ne pouvons plus en douter : le mot ''vanité'' organise la composition du livre.

Le cheminement d'une pensée


À suivre les emplois de ce terme, on peut distinguer trois grandes parties. Dans un premier temps (1,12-2,26) on trouve une réflexion sur la vanité des œuvres humaines, ce qu'on fait, ce qu'on essaye de construire et de transmettre à la génération suivante : tout cela, c'est du vent, ''vanité''. Dans un second temps (3,16-6,6), Qohélet réfléchit sur le sort de l'homme en tant qu'être social, tissant des relations amicales, économiques, politiques. Tout cela aussi est ''vanité''. C'est du vent, parce que, au fond, le sort de l'homme et celui de l'animal sont semblables (3,19).

Dans un troisième temps (6,7-11,10), la méditation porte sur la ''vanité'' de tout ce qui pourrait donner un sens à la vie humaine, l'orienter, lui donner une finalité et un achèvement : la mort marque la fin de l'existence, comme Qohélet l'avait déjà annoncé au début de la seconde partie (3,19). Le livre s'achève d'ailleurs sur l'évocation de l'approche de la mort (12,1-7). À la fin de son discours, Qohélet livre le secret de sa réflexion : ''la poussière retourne à la terre comme elle en est venue, et le souffle à Dieu qui l'a donné''. Extraordinaire paradoxe : rien ne tient, ou presque, dans la vie de l'homme, tout est ''vanité'', vent, mais précisément c'est le souffle, don de Dieu, qui fait l'homme vivant !

Quelle est alors la place du chapitre 3 dans la composition du livre ? Il est situé à l'articulation de la première et de la seconde réflexion de Qohélet, entre la considération de la vanité des œuvres humaines, et celle de la vanité des constructions sociales. Au fond, qu'est-ce que le temps que nous dépensons à construire quelque chose dans notre vie, et dans lequel s'inscrivent nos relations, nos rendez-vous, nos fêtes ?


© SBEV. Jean-Marie Carrière.

 
Qo 1,2
2Vanité des vanités, dit Qohéleth, vanité des vanités, tout est vanité.
Qo 1,2
 
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