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Adam
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Création
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Eve
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Jardin d'Éden
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Paradis
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Billon Gérard
La création. Commentaire de Genèse 1,1-3,24.
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L'arbre de vie Bible hébraïque Saragosse, 1404B ...
Deux récits de création du monde et non pas un seul : l'homme est crée libre afin de rejoindre l'harmonie voulue par Dieu, au-delà des cassures.
 

Gn 1 : le récit des sept jours de la création
Gn 2-3 : le récit du jardin d'Eden ou paradis terrestre


Un récit de commencement s'intéresse aux origines. Il raconte comment le monde, la terre, l'homme ou un peuple sont nés. Mais en racontant ''comment'', en fait il pose la question du ''pourquoi'' puisque personne n'a été témoin des origines !

Au début de la Bible, il y a deux récits de création du monde : on peut appeler le premier ''récit des sept jours'' (Gn 1,1 – 2,4a) et le deuxième ''récit du jardin'' (Gn 2,4b – 3,24).

Un commencement, deux récits
Pour se convaincre que ces deux récits ne se recoupent pas, il suffit de comparer ce qu'ils disent de la création de l'homme, des animaux et de la femme.

Dans le récit des sept jours, en Gn 1,26-28, l'être humain est ''homme et femme''. Il apparaît après les animaux, lesquels sont hiérarchisés suivant leurs lieux d'habitation : mer, air, terre. Dans le récit du jardin, en Gn 2,7.21-23, l'homme est créé le premier, puis les animaux semblent fabriqués un peu au petit bonheur (cherchez les poissons !) ; de tous les êtres vivants, la femme vient en dernier. Elle est la seule à ne pas être tirée de la terre mais de l'homme, ce qui lui donne une position unique.

A quelles grandes questions, ces deux récits de création tentent-ils de répondre ? Pour le dire en bref, le récit du jardin pourrait bien affronter la question de la liberté et celui des sept jours, celle de… l'absence de Dieu.

Le récit du jardin ou Qu'est-ce que la liberté ?
Le récit du jardin en Gn 2 brasse, à la manière des mythes du Proche-Orient Ancien, des dimensions fondamentales de l'existence humaine : vie et mort, bonheur, malheur, liberté, amour, harmonie et domination… Il affronte une énigme : l'homme, ce qu'il est, sa liberté et ses choix au quotidien. Au centre de cette énigme mise en intrigue : le serpent, animal qui invite à faire un (mauvais) choix puisque contrairement à ce qu'il dit, l'être humain ne se retrouve pas ''comme Dieu'' !

Le récit du jardin prend acte de cassures. Cassure entre l'homme et la terre – il est pénible de cultiver le sol, de gagner sa vie. Cassure entre l'homme et les animaux : un animal a pris le dessus sur son maître (le péché sera désormais «tapi comme un bête fauve», cf. Gn 4,7). Cassure entre l'homme et la femme – celui-ci domine sur celle-là, et celle-là enfante dans la douleur. Cassure enfin irrémédiable de la mort… Mais il y a un espoir car ces cassures – qui sont le lot de tout être humain – ne sont pas insurmontables. Le récit du jardin montre un avenir à ses auditeurs en retournant à l'origine : il dit que les cassures sont au début, mais ne sont pas le début.

Au début, il existe un accord primordial entre l'homme (adam) et le sol (adamah) ordonné à la vie et au plaisir (tant de fruits bons à manger !). Au début, Il existe une harmonie entre l'homme et la femme : la femme présentée par Dieu à l'homme provoque chez celui-ci un cri de joie ! Cet accord et cette harmonie survivent aujourd'hui sous les cassures. Ils se découvrent dans l'exercice d'une liberté. En Gn 3,19-20, après le jugement de Dieu, il y a souffrance, mais il y a aussi la vie : pour l'homme dans le travail, pour la femme dans l'enfantement.

L'énigme développée en Gn 2-3 ne porte pas sur le monde, mais sur l'homme et son rapport au monde. Le récit est ''anthropocentrique'', y compris quand il fait apparaître Dieu. Dieu, le «Seigneur Dieu» ( en hébreu : YaHWeH Elohim), n'est pas sur le devant de la scène. Le créateur s'efface devant ses créatures. Au point que le récit ne l'imagine pas autrement qu'avec des traits humains : il travaille à façon comme un potier, il se promène dans le «souffle du jour». Mais il est aussi le grand ordonnateur, celui qui cherche l'accord et l'harmonie, celui qui offre la liberté.

Le récit des sept jours ou Pourquoi Dieu est-il absent ?
Le récit des sept jours va mettre Dieu au premier plan et le faire sortir de sa discrétion : Dieu est le sujet de presque 50 verbes d'action. Des deux récits, Gn 1 est d'emblée, exclusivement, ''théo-centrique''. Gn 1 affronte en effet une mystère autrement redoutable que celui de la liberté – qui n'est déjà pas mince – : la présence du Dieu Absent.

Si des croyants juifs ont estimé nécessaire de réécrire un récit de création et de le mettre avant celui du jardin, c'est parce que se faisait jour une nouvelle intelligence du rapport à Dieu. Sous une double influence. D'abord l'expérience historique de l'Alliance, provisoirement sous le signe de l'échec politique : avec l'exil de 587 av. J.C. Israël doit ré-envisager sa relation à Dieu et réajuster sa place «dans le concert des nations». Ensuite par la confrontation d'une culture, celle de Babylone puis des Perses, qui interroge justement ses représentations du monde et de Dieu.

Le récit des sept jours a pu s'inspirer de textes liturgiques à la gloire du dieu babylonien Mardouk, comme le récit de l'Enuma Elish (lu pendant les fêtes du Nouvel An) mais il a accusé la différence. Ni théogonies (naissance de divinités) ni théomachies (combats entre divinités). Au début, il n'y a que Dieu «Elohim», seul dans sa souveraine liberté. Il n'a pas encore son nom propre, son nom de relation particulière avec le peuple d'Israël : YaHWeH. Il est Dieu, tout uniment. Gn 1 s'intéresse peu à l'homme. Il sait que le récit du jardin va en faire son héros. Dieu, le Tout-Autre, suscite un Autre que lui-même à «son image et à sa ressemblance» (Gn 1,26) après avoir marqué les temps et les lieux (Gn 1,3-19). Sur l'altérité, il est à remarquer qu'une étymologie possible du verbe hébreu «bara /créer, faire de l'inédit, de l'inouï» donne «mettre à l'extérieur». Comme Dieu est toujours le sujet du verbe «créer», cela soulignerait la discontinuité entre le créateur et ses créatures, en particulier l'être humain à propos duquel le verbe «créer» est répété trois fois en Gn 1,27.

Le dernier acte de Dieu, au septième jour, est une sanctification et un repos. Repos ? L'autre de Dieu, l'homme, qui duplique chaque semaine ce repos, prend conscience ainsi de la distance entre Dieu et lui. Seul Dieu a terminé une fois pour toutes son activité. L'inachèvement du travail humain, lui, de repos en recommencement, s'achemine vers la limite ultime et naturelle, la mort… Et si Dieu est absent de la scène du monde, il reste pour le montrer, moins sans doute la nature (qui se raconte très bien elle-même comme œuvre de Dieu, cf. le Ps.19) que le respect du sabbat d'une part, le peuple particulier qui l'observe de l'autre et enfin le Livre écrit par ce peuple.

La création d'un lecteur
En conclusion, si les deux récits formulent bien des réponses aux questions fondamentales de la liberté humaine et de l'Absence de Dieu, si nous percevons mieux le lien originaire qui unit le créateur et sa créature, reste une question lancinante : pourquoi Dieu «crée»-t-il ? Seul Gn 1 emploie ce terme, sept fois, diamant aux éclats d'éternelle nouveauté (Gn 1,1.21.27[3 fois] et 2,3.4). Pourquoi Dieu «crée»-t-il ? A cette question pas d'autre réponse que le récit lui-même dans sa poétique, son rythme, ses images et sa beauté. Le récit comme événement, comme consentement au monde qu'explorent ailleurs la science et la foi. Le récit comme ouverture à un destin.

© Gérard Billon

 
Gn 1,1-3,24
1Or le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le SEIGNEUR Dieu avait faites. Il dit à la femme : « Vraiment ! Dieu vous a dit : "Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin "... »
2La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin,
3mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : "Vous n'en mangerez pas et vous n'y toucherez pas afin de ne pas mourir." »
4Le serpent dit à la femme : « Non, vous ne mourrez pas,
5mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »
6La femme vit que l'arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea.
7Leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils surent qu'ils étaient nus. Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des pagnes.
8Or ils entendirent la voix du SEIGNEUR Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour. L'homme et la femme se cachèrent devant le SEIGNEUR Dieu au milieu des arbres du jardin.
9Le SEIGNEUR Dieu appela l'homme et lui dit : « Où es-tu ? »
10Il répondit : « J'ai entendu ta voix dans le jardin, j'ai pris peur car j'étais nu, et je me suis caché. » -
11« Qui t'a révélé, dit-il, que tu étais nu ? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais prescrit de ne pas manger ? »
12L'homme répondit : « La femme que tu as mise auprès de moi, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé. »
13Le SEIGNEUR Dieu dit à la femme : « Qu'as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m'a trompée et j'ai mangé. »
14Le SEIGNEUR Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les bestiaux et toutes les bêtes des champs ; tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie.
15Je mettrai l'hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon. »
16Il dit à la femme : « Je ferai qu'enceinte, tu sois dans de grandes souffrances ; c'est péniblement que tu enfanteras des fils. Ton désir te poussera vers ton homme et lui te dominera. »
17Il dit à Adam : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C'est dans la peine que tu t'en nourriras tous les jours de ta vie,
18il fera germer pour toi l'épine et le chardon et tu mangeras l'herbe des champs.
19A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu'à ce que tu retournes au sol car c'est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. »
20L'homme appela sa femme du nom d'Eve - c'est-à-dire La Vivante -, car c'est elle qui a été la mère de tout vivant.
21Le SEIGNEUR Dieu fit pour Adam et sa femme des tuniques de peau dont il les revêtit.
22Le SEIGNEUR Dieu dit : « Voici que l'homme est devenu comme l'un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. Maintenant, qu'il ne tende pas la main pour prendre aussi de l'arbre de vie, en manger et vivre à jamais  ! »
23Le SEIGNEUR Dieu l'expulsa du jardin d'Eden pour cultiver le sol d'où il avait été pris.
24Ayant chassé l'homme, il posta les chérubins à l'orient du jardin d'Eden avec la flamme de l'épée foudroyante pour garder le chemin de l'arbre de vie.
25Tous deux étaient nus, l'homme et sa femme, sans se faire mutuellement honte.
26Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre ! »
27Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa.
28Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre  ! »
29Dieu dit : « Voici, je vous donne toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre nourriture.
30A toute bête de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui remue sur la terre et qui a souffle de vie, je donne pour nourriture toute herbe mûrissante. » Il en fut ainsi.
31Dieu vit tout ce qu'il avait fait. Voilà, c'était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour.
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org