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Sermon sur la montagne
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Billon Gérard
Le Sermon sur la Montagne
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Les évangélistes prêtent à Jésus de nombreux discours, l'un des plus longs étant le "Sermon sur la Montagne". Celui-ci serait-il la dernière actualisation de la Loi ?
 
Les évangélistes prêtent à Jésus de nombreux discours, l'un des plus longs étant le ''Sermon sur la Montagne'' (Mt 5-7). On y repère la fameuse opposition : ''Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens… / Et moi je vous le dit…'' (Mt 5, 21.27.31.33.38.43). Opposition qui n'est pas abolition, mais dépassement. Le Sermon sur la Montagne serait-il la dernière actualisation de la Loi ?

Cependant la différence entre Ancienne et Nouvelle Alliance tient moins à son contenu (un nouveau texte succèderait à l'ancien) qu'au mode de relation qui apparaît : celui qui dit la Loi n'est plus la divinité invisible, altérité qu'on ne peut voir sans mourir, il a pris visage humain et se soumet à la Loi qu'il prononce.

Vue d'ensemble du Sermon

Le discours de Jésus est appelé par Matthieu «enseignement» (Mt 5,2 et 7,28-29). Au début, en ouverture, les béatitudes. En conclusion, les images des deux voies et des deux maisons. Pour risquer son choix, le disciple a désormais sous les yeux un résumé de l'enseignement de Jésus dont le cur tient en deux formules : ''N'allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abroger mais accomplir'' (Mt 5,17) et ''Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-même pour eux : c'est là toute la Loi ou les Prophètes'' (Mt 7,12). Notons que si le cur du discours est là, le milieu, lui, est constitué par la prière du Notre Père (Mt 6,9-15).

Qui a autorité sur la Loi ? Celui qui la promulgue en disant ''je''. Pour le Décalogue, c'est le Seigneur Dieu libérateur de la servitude d'Égypte. Ici, c'est Jésus : il n'abolit pas la Loi, il l'accomplit (donc il la domine). On pourrait dire aussi qu'il l'intériorise et la radicalise, partant de la lettre pour mieux faire entendre le souffle. C'est tout le paradoxe des ''antithèses'' (Mt 5,21-48) : la colère est mise en lien avec le meurtre et l'amour du prochain est étendu à l'amour des ennemis.

Approche d'une partie : les antithèses

Le cinquième commandement du Décalogue (''Tu ne tueras pas'') jouait déjà avec le huitième (''Tu ne témoigneras pas à tort contre ton prochain''), le faux témoignage pouvant, dans un procès, conduire l'accusé à la mort. En Mt 5,22 (première antithèse), nous ne quittons pas le tribunal et Jésus radicalise la portée responsable de toute parole prononcée contre un frère.

La radicalisation se poursuit avec la deuxième antithèse, écho du sixième commandement sur l'adultère. La dénonciation du regard désirant (Mt 5,28) est dans la droite ligne du mouvement amorcé par le dixième commandement (''Tu ne convoiteras pas...''). Même processus avec la quatrième antithèse sur le parjure (Mt 5,33), actualisation du troisième commandement (''Tu ne prononceras pas à tort le nom du Seigneur ton Dieu...'') déjà revu et corrigé par la Loi de Sainteté et le Code Deutéronomique (Lv 19,12 et Dt 23,22).

La troisième antithèse sur le divorce (Mt 5,31s) et la cinquième sur le talion (Mt 5,38s) quittent d'ailleurs le cadre strict du Décalogue pour explorer les méandres des trois Codes (respectivement Dt 24,1 puis Ex 21,24, Lv 24,20 et Dt 19,21) tels que les parcouraient à l'époque les docteurs de la Loi.

Et c'est toute une Tradition de lecture multiséculaire qui semble exploser avec la dernière antithèse : ''Vous avez appris qu'il a été dit 'Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi'…'' (Mt 5,43). ''Il a été dit'', passif théologique pour ''Le Seigneur a dit...''. Si la première partie du précepte se trouve bien dans l'Écriture (Lv 19,18), il n'en va pas de même de la seconde. Il ne peut s'agir, durcissant un parallélisme trop attendu (aimer/haïr ; prochain/ennemi), que de la Torah orale, non consignée dans l'Écriture mais tout aussi révélée par Dieu. Jésus ne va pas invalider ce fondement, il va l'approfondir et en infléchir le mouvement d'extension : ''Et moi, je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent '' (Mt 5,44).

''Et moi, je vous dis…'' : ainsi se manifestent la liberté et l'autorité de Jésus. Elles lui permettent d'aller de l'avant sur les chemins de la Parole de Dieu, insondable et toujours autre, renouvelant à chaque fois le rapport au monde. Le ''prochain'' peut être mon ennemi ! Et Jésus invite ses auditeurs à s'approcher de cet ennemi. Luc, on le sait, tissera là-dessus la parabole du Bon Samaritain (Lc 10,25-37).

© Gérard Billon

À lire :
''Le Sermon sur la Montagne'', Cahiers Évangile n° 94 (1995)
 
Jérusalem: l'entrée du St Sépulcre
Mt 5-7
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org