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Histoire
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Luc
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Josse Robert
Luc, un conteur historien
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http://expositions.bnf.fr/parole Saint Luc écrivant© BnF. MS ...
L'oeuvre de Luc est ''poétique'', mais elle ne néglige pas l'aspect documentaire, vérifiable, ou l'aspect explicatif.
 

Le livre des Actes des Apôtres décrit les premiers chrétiens de manière enthousiaste :
''Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s'accomplissaient par les apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au Temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut.'' REF:236 : (Actes 2,42-47)

Ce tableau de la première communauté de Jérusalem (repris plusieurs fois en d'autres termes dans la suite du récit) n'est-il pas trop idyllique ? La question en entraîne une autre : quel crédit accorder au travail historien de St Luc ?

Plusieurs manières d'écrire l'histoire
Il y a plusieurs manières d'écrire l'histoire. L'histoire ''documentaire'' établit des faits vérifiables : c'est vrai ou c'est faux. L'histoire ''explicative'' évalue l'événement et ses répercussions sur un horizon donné (social, économique, politique). L'histoire ''poétique'' enfin relit et interprète le passé afin de proposer un récit fondateur à un groupe humain en quête d'identité. Au tournant du 1er siècle, Tite-Live se replonge ainsi dans les origines de la ville de Rome. Au 2e siècle, Tacite racontera les exemples princiers à (ne pas) imiter. On écrit toujours pour ses contemporains.

Poétique et vrai
L'œuvre de Luc est ''poétique''. Elle offre aux chrétiens le récit de leurs origines. Elle ne néglige pas l'aspect documentaire, vérifiable (les lieux, les noms, les coutumes…) ou l'aspect explicatif (Luc s'attache à déchiffrer l'action de Dieu). L’archéologie ou l’histoire générale confirment d'ailleurs le cadre global du livre. Dans la Judée des années 30, le partage des biens n’est pas invraisemblable : l'historien juif Flavius Josèphe, contemporain de Luc, nous dit qu'il était pratiqué par la secte des esséniens. En Grèce, la secte des pythagoriciens vivait en ''communautés d'amis'' sur un modèle voisin. Luc déclare s'être soigneusement informé pour composer son récit (Lc 1,1-4). Dans ses sources, il a du trouver trace d'une tradition vécue dans l'Église de Jérusalem et, en la généralisant, il la propose en exemple à ses lecteurs. C'est moins le détail qui importe (l'épisode d'Ananias et Saphira montre d'ailleurs que tout n'allait pas de soi) que la visée globale.

Offrir une identité
L’information des Actes est indispensable à qui veut reconstituer la période de la première génération chrétienne. L'ouvrage a le souci parfois d’établir des faits, toujours celui d’offrir une mémoire et une identité. Car l'histoire doit édifier, construire le présent. Le passé est exploré en vue de constituer la mémoire des commencements. Il apparaît ici que l'histoire est ce par quoi l'institution Église – en crise au moment où Luc écrit ? – se remet devant son identité, ses racines. Le récit fondateur montre comment l’Esprit a fait naître l’Église. Dans ce récit ''de commencement'', la première communauté de Jérusalem devient comme un idéal pour les croyants. Ce prototype d’Église stimule et encourage la foi et la vie. Tant le monachisme que les mouvements novateurs, au fil des siècles, se sont inspirés de ce tableau.

©SBEV. Robert JOSSE. 2000 

 
 
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