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Littérature
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Service Biblique catholique Évangile et Vie
Cahiers Evangile n° 107
2-204-39107-7

© J.-L. SKA, J.-P. SONNET, A. WENIN

''L'analyse narrative des récits de l'Ancien Testament'', Cahiers Évangile n° 107 (1999)

Style biblique et style classique
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Pour Auerbach, les deux racines du « réalisme » propre à la littérature occidentale sont la littérature classique gréco-latine d'une part et la Bible de l'autre.
 

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Toujours à propos du monde des personnages, les réflexions qu'un spécialiste de la littérature occidentale, E. Auerbach, a faites à propos des récits bibliques méritent qu'on s'y attarde un instant. Pour cet auteur, les deux racines du « réalisme » propre à la littérature occidentale sont la littérature classique gréco-latine d'une part et la Bible de l'autre. Dans les deux chapitres initiaux de son volume intitulé Mimesis, il compare ces deux univers (1). Le premier chapitre est dédié à une comparaison entre l'épreuve d'Abraham (Gn 22) et la scène de l'Odyssée où Ulysse, de retour à Ithaque, est reconnu par sa vieille nourrice quand, en lui lavant les pieds, elle découvre une ancienne cicatrice. Le second chapitre compare le style du récit du reniement de Pierre avec celui de l'historien latin Petrone.

Auerbach découvre deux différences principales entre le style biblique et celui de la littérature classique. D'une part, la Bible est avare de détails et laisse bien des choses à l'arrière-plan du récit, alors que la littérature classique abonde en détails qui sont pour la plupart à l'avant-plan. D'autre part, la Bible ne connaît pas la différence de style propre à la littérature classique. Il n'existe pas dans la Bible deux classes de héros et deux classes d'actions. Pas de style « élevé » et de style « mineur ». Les héros bibliques n'appartiennent pas nécessairement à l'aristocratie et leurs actions ne doivent pas être des exploits guerriers ou amoureux. Dans l'ensemble, les héros de la Bible peuvent appartenir à n'importe quelle classe sociale et leurs expériences sont celles du commun des mortels. En termes très simples, les personnes de toutes les classes, même les plus humbles, peuvent faire des expériences de portée universelle et les actions les plus ordinaires peuvent être le lieu d'une « vérité » qui concerne l'existence humaine comme telle. Comme toute règle, celle-ci ne doit pas être appliquée de façon trop rigide. Les livres d'Esther et de Daniel sont moins fidèles à ce principe que la Genèse, pour ne citer que ces deux cas.
[…]
(1) E. Auerbach, Mimesis, La représentation de la réalité dans la littérature occidentale, Paris 1968

© J.-L. SKA, J.-P. SONNET, A. WENIN, citation extraite de ''L'analyse narrative des récits de l'Ancien Testament'', Cahiers Évangile n° 107, p. 12-13


Exemple de lecture effectuée par Auerbach : le reniement de Pierre en Mc 14

 
 
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