Quelques mots sur l'histoire du texte
 
 
 

Quelques mots sur l’histoire du texte

La fille de Jephté, Isaac, Iphigénie : ces trois récits à peine évoqués ont souvent été rapprochés. Les deux pages bibliques partagent non seulement le thème du sacrifice d’un enfant unique, victime passive entre les mains de son père, mais aussi un vocabulaire commun, ce qui pourrait faire penser à une influence de l’une sur l’autre. Quant aux circonstances du sacrifice, le vœu d’un chef de guerre qui condamne sa fille sans le savoir puis qui le regrette amèrement, il n’est pas sans rappeler la promesse d’Agamemnon à Artémis à propos d’Iphigénie. Mais dans ces deux cas, au contraire de ce qui est raconté en Jg 11, la victime ne meurt pas, elle est sauvée in extremispar la divinité qui empêche la mise à mort d’un être humain. (C’est aussi le cas en 1 S 14 où, suite à un vœu de Saül, son fils Jonathan frise la mort avant d’en être sauvé par le peuple.) Dans ces conditions, il est permis de penser avec Th. Römer et C. Lanoir que le sacrifice de la fille de Jephté s’inspire de ces récits et doit être considéré comme tardif et sans doute postérieur à la rédaction deutéronomiste du livre des Juges. Le texte témoignerait de l’influence hellénistique sur le Judaïsme postexilique, une influence responsable d’un certain scepticisme théologique concernant l’action de Dieu dans le monde humain, une tendance également repérable dans le livre de Qohélet.

Cette hypothèse me semble meilleure que celles qui situent la composition de ce récit à l’époque préexilique. Considérant le récit comme deutéronomiste, certains commentateurs ont pensé qu’il s’agissait pour son rédacteur de critiquer violemment les sacrifices humains comme antinomiques avec la religion yahwiste, tout en mettant en cause Jephté pour le manque de foi qui inspire son vœu inconsidéré. En se basant sur un certain parallélisme avec des mythologies orientales, d’autres encore voient dans le récit l’étiologie d’une coutume. Partant du rite annuel de commémoration de la fille défunte à la fin de l’épisode, ils ont pensé à l’historicisation d’un mythe comme, par exemple, celui de Tammuz, l’Adonis mésopotamien dont la descente aux enfers donnait lieu à des pleurs rituels (attestés en Ez 8,14), ou encore celui de Baal dans les écrits d’Ougarit (en ce sens, Za 12,11 fait allusion à des pleurs pour Hadad-Rimmôn). Mais les liens trop lâches avec les mythologies invoquées fragilisent les bases de ce type d’hypothèse.

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org