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Transmission
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Ramond Sophie
Tradition et transmission. Une génération de biblistes à l'Institut Catholique de Paris
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Recension du livre de Sophie Ramond (dir.) : "Tradition et transmission. Une génération de biblistes à l'Institut Catholique de Paris", par Paul Agneray
 

Sophie Ramond (dir. )
Tradition et transmission. Une génération de biblistes à l’Institut Catholique de Paris
« Cerf Patrimoines », Éd. du Cerf, 2016, 208 p., 24 €

Ces dernières années, six biblistes bien connus ont cessé leur fonction d’enseignement à l’Institut Catholique de Paris. Chacun d’eux a produit un des articles qui constituent cet ouvrage. Cela donne un livre attachant, d’abord d’un point de vue subjectif (car plusieurs sont des amis de longue date) mais surtout parce qu’on sent que chacun a eu à coeur de donner le meilleur. S’il y avait à repérer des points communs, ce serait d’une part l’usage libre, personnel et rigoureux, de la méthode historico-cri­tique, enrichie ici ou là, sans jargon aucun, d’approches contextuelles, sémiotiques ou narratives et, d’autre part, l’at­tention à la dimension théolo­gique des textes, pour hier et pour aujourd’hui. La légèreté et la vivacité du ton de la plupart rendent l’ouvrage d’autant plus agréable à lire. Joëlle Ferry se penche sur le prophète Élie dont les différents récits de 1 R 17-19 donnent des portraits assez contras­tés, depuis le combattant qui terrasse les prophètes de Baal jusqu’au fuyard terrorisé du désert de Juda, pour aboutir à l’expérience proprement mys­tique de celui qui entend Dieu parler dans le silence.

Jesús Asurmendi s’intéresse aux « prophètes écolos ». On pourrait dire, avec un brin de malice, qu’il s’agit de voir com­ment les prophètes répondent à une question qui ne se pose pas (de leur temps). Il passe en revue plusieurs textes d’Isaïe, de Jérémie et d’Osée pour mon­trer comment, d’une part, les animaux plus intelligents que les hommes sont donnés en exemple à Israël et comment, d’autre part, il y a correspon­dance entre les désordres dans l’ordre social et les désordres dans l’ordre cosmique.

Claude Tassin, selon son approche habituelle, relit les textes du N.T. à la lumière des traditions juives anciennes. En Rm 4 et Ac 7, il dégage deux portraits d’Abraham : en Rm, un Abraham croyant en Dieu qui fait vivre les morts, et dans le discours d’Étienne un Abra­ham dont l’itinérance annonce la diaspora chrétienne.

Lisant l’Épitre aux Colos­siens, Roselyne Dupont-Roc retrouve dans l’hymne l’image paulinienne de l’Église corps du Christ en croissance, mais elle se situe dans l’accouche­ment de la création nouvelle. Dans la suite de l’épitre cette impressionnante perspective eschatologique s’incarne en quelque sorte dans les petites églises locales dispersées dans la société gréco-romaine.

Michel Berder nous promène à travers les quatre Évangiles à la recherche des multiples traits d’humour… Certes, note-t-il, donner une défini­tion rigoureuse de l’humour est une contradiction dans les termes, mais il est passionnant de relever dans chaque Évan­gile tout ce qui étonne, tout ce qui déroute, tout ce qui relève du jeu de mots ou du jeu des significations multiples… pas­sionnant dans le registre de la narrativité et fructueux au plan théologique.

Yves Marie Blanchard se demande si « la question du Disciple Bien-aimé présente encore quelque intérêt ». La réponse, on s’en doute, est : « non, mais… » Comme l’ont fait naguère Brown et Schnackenburg, il faut renon­cer à identifier l’auteur du Qua­trième Évangile. Cependant une nouvelle manière de poser la question peut se révéler per­tinente : quelles sont les moti­vations d’un anonymat aussi délibéré ? Il y va de la légiti­mation de cet Évangile, de sa réception aux temps les plus anciens.

En signe d’hommage, quatre de leurs collègues, de la géné­ration suivante, leur offrent des contributions plus brèves. Yara Matta : « Le christianisme est-il misogyne ? » ; Chris­tophe Raimbault : « Saint Paul, Romains 8, la création gémis­sante et en renouvellement » ; Olivier Artus : « Le calendrier de la création en Gn 1,1 – 2,3, enjeux littéraires et théolo­giques » ; Sophie Ramond : « Le Ps 90, une appréciation sapien­tielle de la finitude humaine ? » Ces études n’ont rien à envier à celles de leurs aînés pour le sérieux et la liberté de ton. La relève est donc bien assurée !
                                                                                                     Paul Agneray

Recension parue dans le Cahier Évangile n° 180

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org