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Miséricorde
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Vialle Catherine
Un Dieu juste et miséricordieux
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L'image de Dieu a évolué au cours de l'histoire du peuple d'Israël...
 

« Dieu » n’est pas toujours réputé miséricordieux. Souvent même, les chrétiens opposent le Dieu juge de l’Ancien Testament au Dieu d’amour de Jésus. Mais, souvent aussi, nous ne connaissons pas bien l’Ancien Testament et les richesses qu’il recèle. Nous oublions que le Dieu que nous révèle Jésus Christ n’est pas différent de celui qui s’est révélé peu à peu tout au long de l’histoire du peuple d’Israël. L’Ancien Testament raconte cette révélation progressive de Dieu à un peuple qui va apprendre à connaître peu à peu ce Dieu qui fait alliance avec lui. Il est aussi le fruit de cette histoire qui s’inscrit dans une évolution : il a fallu plusieurs siècles pour donner naissance à la Bible, telle qu’elle nous est transmise, et les passages qui la composent reflètent les différentes strates de son histoire.

Il est donc important de se souvenir que l’image de Dieu a évolué au cours de l’histoire du peuple d’Israël. Dans un premier temps, les Hébreux comprennent leur Dieu à la manière des peuples qui l’entourent : il a les attributs d’un souverain ancien, tout-puissant, peu miséricordieux et parfois capricieux. Cette image évolue peu à peu, avec la découverte progressive de la justice de Dieu, puis de la justice et de la miséricorde divines.

En effet, dans l’Ancien Testament, un des attributs fondamentaux de Dieu est la justice. Dieu crée et gouverne un monde harmonieux régit par sa justice, qui s’exprime à la fois dans les lois de la nature qui gouvernent l’univers et dans la Loi, la Torah, donnée à Israël : « 4 Car la parole du Seigneur est droite, et toute son œuvre est sûre. 5 Il aime la justice et l’équité ; la terre est remplie de la fidélité du Seigneur. 6 Par sa parole, le Seigneur a fait les cieux, et toute leur armée, par le souffle de sa bouche. 7 Il amasse et endigue les eaux de la mer ; dans des réservoirs, il met les océans. 8 Que toute la terre ait la crainte du Seigneur, que tous les habitants du monde le redoute : 9 c’est lui qui a parlé, et cela arriva ; lui qui a commandé, et cela exista » (Ps 33 [32],4-9).

Puisque Dieu gouverne l’univers et qu’il est un Dieu juste, tout ce qui arrive est considéré comme le fruit de ses justes décisions. De ce fait, il est dans l’ordre des choses que le juste soit récompensé et le méchant puni. La Bible regorge de passages qui l’affirment, selon ce qu’on appelle la « justice rétributive » opposant le sort du juste à celui du méchant ou de l’impie : « 27 La crainte du Seigneur accroît les jours, mais les années des méchants seront raccourcies. 28 L’attente des justes, c’est la joie ; quant à l’espérance des méchants, elle périra. 29 La voie du Seigneur est une citadelle pour l’homme intègre ; mais, pour les malfaisants, c’est une ruine » (Pr 10,27-29).

C’est ainsi que l’Exil à Babylone est relu comme un châtiment de Dieu en raison des infidélités récurrentes des rois de Juda et du peuple à leur suite. C’est du moins l’interprétation qui en est donnée à la fin du livre des Rois (2 R 24,1-4) et que l’on retrouve chez le prophète Jérémie : « 2 Ainsi parle le Seigneur, le Tout-Puissant, le Dieu d’Israël: Vous savez bien tous les malheurs que j’ai fait venir contre Jérusalem et contre les villes de Juda : les voilà maintenant en ruines, personne n’y habite ; 3 c’est à cause des méfaits qu’ils ont commis ; ils m’ont offensé en allant brûler des offrandes et rendre un culte à d’autres dieux qui ne s’étaient occupés ni d’eux, ni de vous, ni de vos pères. 4 Je vous ai envoyé inlassablement tous mes serviteurs les prophètes vous dire : "Ne commettez pas les choses horribles que je déteste !" 5 Ils n’ont ni écouté ni prêté l’oreille pour se convertir de leur méchanceté et ne plus brûler des offrandes à d’autres dieux. 6 Ainsi ma fureur, ma colère, s’est déversée et, tel un feu, elle a ravagé les villes de Juda et les ruelles de Jérusalem : elles sont devenues des monceaux de ruines, des lieux désolés – c’est bien la situation actuelle ! » (Jr 44,2-6).

Il faudra du temps pour que l’image de Dieu des Israélites évolue et qu’ils découvrent, d’une part, l’importance de la responsabilité humaine dans le cours des événements, et, d’autre part, la miséricorde de Dieu. Dieu n’est pas responsable de tout ce qui arrive et il est un Dieu qui fait miséricorde.

Peu à peu, en effet, la conception que l’on avait de la justice de Dieu et de l’univers qu’il gouverne est mise à mal. Qu’en est-il de la justice de Dieu quand l’innocent souffre et le méchant prospère, diront Job et Qohéleth ? Car la simple observation contredit ce que les anciens sages ont dit de la justice divine. Ainsi Job rétorque-t-il à ces amis : « 30 Au jour du désastre, le méchant est préservé. Au jour des fureurs, il est mis à l’abri. 31 Qui lui jettera sa conduite à la face et ce qu’il a fait, qui le lui paiera ? 32 Lui, on l’escorte au cimetière et on veille sur son tertre. 33 Douces lui sont les mottes de la vallée et derrière lui toute la population défile. L’assistance est innombrable.34 Pourquoi donc vous perdre en consolations ? De vos réponses, il ne reste que fausseté » (Jb 21,30-34).

Et Qohéleth n’est pas plus optimiste sur la justice qui règne dans le monde : « 1 Je vois toutes les oppressions qui se pratiquent sous le soleil. Regardez les pleurs des opprimés : ils n’ont pas de consolateur. La force est du côté des oppresseurs : ils n’ont pas de consolateur. 2 Et moi, de féliciter les morts qui sont déjà morts plutôt que les vivants qui sont encore en vie. 3 Et plus heureux que les deux celui qui n’a pas encore été, puisqu’il n’a pas vu l’œuvre mauvaise qui se pratique sous le soleil » (Qo 4,1-3).

À leurs remises en cause, la Bible ne donne pas de réponse : elle nous confronte au mystère de la souffrance du juste, du malheur de l’innocent, tout en maintenant quand même la foi en la justice de Dieu. Il faut alors reconnaître, comme Job en finale, quand il se retrouve enfin face à Dieu, que cette justice échappe bien souvent à notre compréhension : « 2 Je sais que tu peux tout et qu’aucun projet n’échappe à tes prises. 3 "Qui est celui qui obscurcit mon projet sans rien y connaître ?" Eh oui ! J’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent. 4 "Écoute-moi, disais-je, à moi la parole, je vais t’interroger et tu m’instruiras." 5 Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant, mes yeux t’ont vu. 6 Aussi, j’ai horreur de moi et je me désavoue sur la poussière et sur la cendre » (Jb 42,2-6).

Reste alors l’espérance en la miséricorde de Dieu qui finit par venir au secours du juste. C’est la leçon du livre de Job, mais aussi des livres tardifs de l’Ancien Testament tels Tobit ou Judith : le croyant sait qu’il ne peut comprendre tous les projets de Dieu, ses desseins le dépassent ; mais il sait qu’il peut compter sur la miséricorde et la justice divines. De ce fait, il lui reste, de son côté, à maintenir le cap de la justice, même dans la nuit la plus complète. Et c’est ainsi que le livre de Qohéleth ne s’achève pas sur un dernier constat que tout est décidément vanité, mais plutôt sur ces mots (1) : « Crains Dieu et observe ses commandements, car c’est là tout l’homme : Dieu fera venir toute œuvre en jugement sur tout ce qu’elle recèle de bon ou de mauvais » (Qo 12,13-14).

Quant au livre de la Sagesse, probablement le dernier écrit de l’Ancien Testament, il projette cette espérance au-delà de la mort, dans la vie éternelle promise au juste : « Mais les justes vivent pour toujours ; leur salaire dépend du Seigneur et le Très-Haut prend soin d’eux. Aussi recevront-ils la royauté splendide et le diadème magnifique de la main du Seigneur. Car, de sa droite, il va les protéger et, de son bras, les couvrir » (Sg 5,16).

Cette évolution n’est pas présentée dans l’Ancien Testament de manière chronologique, puisque les textes ne sont pas classés en fonction de leur date de rédaction, mais plutôt en fonction de leur contenu (Pentateuque, livres historiques, livres poétiques et sapientiaux et livres prophétiques) et sont, de plus, chacun, le fruit d’une longue élaboration progressive qui s’échelonne sur plusieurs siècles. Nous pouvons donc rencontrer à différents endroits de la Bible, et même, parfois, à l’intérieur d’un même livre biblique, des textes reflétant des stades très contrastés de l’évolution de la théologie d’Israël. De plus, chaque livre biblique possède sa propre compréhension de Dieu, en dépendance plus ou moins grande de l’époque à laquelle il a été écrit. Ainsi, le livre d’Osée, un des prophètes les plus anciens (VIIIe siècle av. J.-C.) contient parmi les pages les plus belles pour dire la tendresse et la miséricorde de Dieu.


© Catherine Vialle, SBEV / Éd du Cerf, Cahier Évangile n° 178 (décembre 2016), « La miséricorde dans la Bible », p. 12-15.

 

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(1) Même si la finale de Qohéleth est une addition, comme l’affirment souvent les exégètes, il n’empêche que c’est avec cette finale que le livre nous a été transmis par les traditions juives et chrétiennes.

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org