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Lecture de la Bible
1610
Saint Dominique
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Dahan Gilbert
La place de l'Écriture dans la vie et la pensée de saint Dominique
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L'intérêt porté à la Bible est consubstantiel à l'ordre fondé par saint Dominique, il y a huit siècles...
 

Au dire d’un témoin, Dominique de Guzmán (saint Dominique) « portait toujours sur lui l’évangile de saint Matthieu et les épîtres de Paul et il les étudiait beaucoup jusqu’à les savoir presque entièrement par cœur ». L’intérêt porté à la Bible est non seulement ancien mais consubstantiel à l’ordre fondé par Dominique, il y a huit siècles.

Tout va se passer dans les premières décennies du XIIIe siècle. Un siècle effervescent, au cours duquel vont être posés les fondements de la société et de la pensée occidentales modernes : on dirait volontiers que, plus encore que lle XVIe ou le XVIIe sièclesc’est le premier siècle de la modernité. Toute une série de nouveautés contribuent à cela, dont est contemporain saint Dominique.

Naissance des universités

En premier lieu, citons la naissance des universités, qui prolongent et développent l’enseignement des écoles du XIIe siècle en mettant en place des facultés spécialisées. Ainsi, la faculté des arts est en quelque sorte la « propédeutique » qui donne aux étudiants se destinant à faire du droit, de la médecine ou de la théologie les bases nécessaires, à savoir une connaissance approfondie de que l’on appelle alors les « arts libéraux » (grammaire, rhétorique, dialectique, géométrie, arithmétique, astronomie, musique) qui, au XIIIe siècle, s’élargissent et vont comprendre l’ensemble de ce que nous désignons par « philosophie » (logique, éthique, métaphysique) et les sciences de la nature.

Cet élargissement du savoir se fait par la diffusion renouvelée en Occident chrétien (dont la langue de culture est le latin) des sources grecques anciennes (Aristote et ses commentateurs, les savants de l’Antiquité) et des textes arabes (al-Ghazzali, al-Farabi, Avicenne, Averroès et, parmi les juifs, Isaac Israeli, Avicébron, Maïmonide), par le biais de traductions latines, dans un mouvement qui naît en Espagne et dans le sud de l’Italie dès le XIIe siècle et s’étend dans une partie de l’Occident, notamment en France, au cours du XIIIe siècle. Suscitant au début un certain malaise auprès des autorités ecclésiastiques, cet élargissement des connaissances va, dès les années 1230, recevoir l’aval du pouvoir pontifical, même si les crises sont récurrentes. Il faut noter que les écrits des Pères grecs bénéficient également de ce mouvement de traduction. Il semble bien que la culture des élites, voire leurs mentalités, en soient profondément transformées.

Paradoxalement (du moins à première vue), c’est aussi le moment au l’Occident va être réellement « christianisé ». Là, il est davantage question de l’ensemble de la population que des élites : les cathédrales gothiques sont en quelque sorte la traduction visible de cette conquête du monde occidental par l’Église et déjà le quatrième concile du Latran (1215) en est l’affirmation. La mise en place d’une prédication efficace et adaptée est l’un des signes de cette volonté conquérante des esprits.

Mais ces premières décennies duXIIIe siècle sont aussi le moment où se développent des mouvements dissidents, qui répondaient dès le XIIe siècle à une insatisfaction ou à des faiblesses des structures ecclésiastiques : cela est le cas pour les Vaudois qui, dans un premier temps à l’intérieur même de l’Église, veulent pallier les insuffisances de la prédication, mais sont rejetés parce que ne se pliant pas aux cadres stricts de l’organisation de l’Église. Les cathares, de leur côté, prolongent une vision dualiste de l’univers, en rupture avec la pensée chrétienne. La nécessité d’une mission auprès de ces « hérétiques » est vite affirmée, qui se superpose aux efforts faits pour la conversion des populations juives (de nombreuses communautés résident dans tout l’Occident) et musulmanes (surtout en Espagne) ; mais, très vite, le besoin d’aller au-delà du monde occidental se fait sentir, et des missions lointaines seront entreprises. Sur tous ces plans, le rôle des ordres mendiants sera décisif.

En effet, l’autre grande innovation de ce XIIIe siècle si fécond est la création des ordres mendiants, et des deux principaux d’entre eux, les franciscains et les dominicains. Si, dans un premier temps, François d’Assise ne veut pas accorder une trop grande place à l’étude, le rôle de ses frères étant l’« exhortation pénitentielle », bien vite, avec notamment l’entrée dans l’ordre d’Antoine de Padoue, la nécessité d’une étude organisée est perçue et des structures d’enseignement mises en place.

Chez les frères de saint Dominique, il n’en est pas de même : l’étude est immédiatement ressentie comme indispensable pour mener à bien les buts que se fixe le fondateur.

© Gilbert Dahan,Dominique et ses frères lecteurs de la Bible au XIIIe siècle, Supplément au Cahier Évangile n° 177 (p. 3-4).

 

 
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org