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Croix
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Première épître aux Corinthiens
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Carrez Maurice
Folie de la Croix et Sagesse de Dieu
Théologie
 
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Avec son aspect dérisoire, avec sa faiblesse, la croix réalise le salut d'une manière qui semble folle pour les hommes...
 

Dieu a un plan paradoxal : le discours de la croix : 1,18-25

Le crucifié (1,18-20) : Paul use d'un langage neuf. Au lieu de partir du Dieu créateur pour en arriver à sa dernière intervention dans le monde par la résurrection du Christ comme à Lystre (Ac 14,15-17) ou à Athènes (Ac 17,22-31), il centre son message sur le crucifié. Sans rien retirer de sa force à la résurrection (voir 1 Co 15,1-58), il découvre l'ampleur du contraste Mort-Vie et constate qu'il ne peut annoncer la Vie avec toute sa puissance, sans souligner le Message de la Croix. Avec son aspect dérisoire, avec sa faiblesse, la croix réalise le salut d'une manière qui semble folle pour les hommes qui marchent encore à leur perte, tout en étant puissance de Dieu pour ceux qui sont en route vers le salut (1,18).

Paul ne parle ni de doctrine, ni de proclamation, ni d'annonce, mais seulement de discours de la Croix. En 2,4 il ajoutera proclamation, prédication à discours. Paul aime à citer Isaïe : 25 fois sur 87 citations en Rm, 1 et 2 Co, Ga; dont 7 fois pour 1 Co en citations simples ou regroupées. Isaïe 29,14 est introduit par « il est écrit » et doit être compris en fonction de l'ensemble du message du prophète : 7,9; 28 14-16; 30,12-15. 1 Co1,20 souligne l'antithèse : le sage, c'est le philosophe grec; le scribe, c'est le savant juif; le sophiste de ce siècle peut appartenir à n'importe quel peuple; c'est celui dont la pensée tout entière est marquée par l'ère présente qui va vers sa fin, par opposition à l'ère future inaugurée par la venue du Messie Jésus et promise à un avenir définitif. Pour se faire comprendre de tous, au lieu de « la sagesse de ce siècle », Paul dit : « La sagesse du monde », car si pour un juif « ce siècle » est plus parlant, pour un grec, c'est « le monde ».

- Sagesse du monde et sagesse de Dieu (1,2125) : 1,21, résumé de l'histoire du salut, explique 1,18-19 et l'antithèse de 1,20. Formule bien frappée, elle rappelle celle de Rm 1,18 et ses explications en Rm 1,19-21.

« Puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie de la prédication qu'il a plu à Dieu de sauver ceux qui croient ». La difficulté de ce verset réside dans la double mention de la sagesse. Voici quel pourrait en être le sens: la connaissance de Dieu aurait pu être atteinte par la contemplation du monde, dont Sg 13,1ss fait un reflet de la sagesse divine. Mais dans sa propre sagesse Dieu ne l'a pas permis. Il voulait en effet faire éclater sa miséricorde.                            

Le discours de la croix est constitué à proprement parler de 1,22-25. L'apôtre prend deux exemples: Les Juifs et les Grecs. Les Juifs, concrets, pratiques, réclament des signes (Mt 12, 38; Jn 2, 18; 6,30...). Les Juifs de tendance apocalyptique attendent d'un prodige céleste le remède à tous leurs maux; les pharisiens, par leur zèle religieux, par leur savoir, font tout pour faire vivre les exigences divines; les zélotes exigent de Dieu des victoires politiques. Ainsi tous les Juifs attendent de Dieu des signes, des interventions en leur faveur. Leur Dieu est un Dieu vivant, actif: il doit le prouver. Les Grecs, logiques, hommes de raisonnement, créateurs de systèmes, aiment le langage, l'éloquence, la philosophie. Stoïciens, Pythagoriciens, d'une religion à mystères ou non, ils cherchent Dieu par des moyens humains et veulent le trouver. Les Grecs représentent les païens les plus évolués et les plus cultivés. Paul aurait pu faire comme les penseurs d'Alexandrie : présenter le christianisme comme une sagesse supérieure. D'après Luc, Paul devant l'Aréopage à Athènes (Ac 17,22-31), l'avait tenté sans succès. Maintenant il cherche à exprimer le contraste fondamental entre la faiblesse des moyens employés par Dieu et sa puissance en Jésus-Christ. Pour les Juifs, c'est un scandale. La croix d'après Dt 21,23 est un signe de malédiction (cf. Ga 3,13). Pour les Grecs, c'est une folie sur le plan intellectuel tout comme sur l'échelle des valeurs. Accepter la croix nécessite une conversion radicale. L'alliance en 1,24 des deux termes puissance pour les Juifs et sagesse pour les Grecs vise à faire une formule de foi recevable par l'ensemble Juifs et Grecs. Le discours de la croix s'adresse donc à tous sans distinction (cf.1 Co 9,22) personne, ni sur terre, ni dans le ciel (1 Co 2,8-9), ne peut découvrir l'action de Dieu ailleurs que là où il la révèle : dans le Christ crucifié.

 

© Maurice Carrez, SBEV / Éd du Cerf, Cahier Évangile n° 66 (Décembre 1988), « La première épître aux Corinthiens », p. 13-14. 

 
1 Co 1,18-25
 
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