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Notre Père
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Pouilly Jean
La structure du "Notre Père"
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Le "Notre Père" a une structure bien équilibrée...
 

Notre Père qui es aux cieux,

que ton Nom soit sanctifié,
que ton Règne vienne,
que ta Volonté soit faite,
            sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour,
Pardonne-nous nos offenses
            comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés
Et ne nous soumets pas à la tentation,
            mais délivre-nous du Mal.

Que peut-on découvrir à partir de cette présentation du Notre Père ? Tout d'abord, que la prière a une structure bien équilibrée :

– une invocation solennelle : « Notre Père qui es aux cieux »,

– trois vœux adressés à Dieu et pour Dieu : (Toi)
* la sanctification du Nom de Dieu,
* la venue du Règne de Dieu,
* l'accomplissement de la volonté de Dieu.

– une formule-charnière : « sur la terre comme au ciel » (littéralement : « comme au ciel, ainsi sur terre »).

– trois demandes concernant l'homme : (Nous)
* le pain,
* le pardon,
* la délivrance (libération du Mal).

Ensuite, nous constatons que là formule charnière « sur la terre comme au ciel » n'est pas obligatoirement liée au troisième vœu, mais peut aussi concerner les deux premiers. Nous souhaitons que le nom de Dieu soit sanctifié sur la terre comme au ciel, que son Règne arrive sur la terre comme au ciel, que sa Volonté soit faite sur la terre comme au ciel. De plus, il est à noter que, dans le texte grec, les trois demandes sont reliées entre elles par deux et de coordination, omis dans la traduction œcuménique, tandis que les trois vœux sont simplement juxtaposés.

Enfin, on voit apparaître un schéma spatial pour la première partie du Notre Père (on souhaite que ce qui se vit déjà au ciel dans le monde de Dieu, se réalise aussi sur la terre), alors que la seconde partie de la prière, ayant trait aux besoins des hommes, développe un schème temporel (aujourd'hui; verbes au présent).

Face à cette structure d'ensemble de la prière (trois vœux / trois demandes), il serait totalement inexact de voir dans ces trois souhaits initiaux, comme dans certaines prières du Proche-Orient Ancien, une louange adressée à la divinité pour mieux se la concilier et obtenir plus aisément ce qu'on désire. Nous ne commençons pas par formuler ces vœux à l'adresse de Dieu pour mieux recevoir, mais, en réalité, nous demandons à Dieu qu'il fasse advenir ce royaume qu'annonçait Jésus. Nous souhaitons la pleine révélation de la gloire de Dieu et de ce monde nouveau qu'évoque l’Apocalypse (21,3b-5a).

Ces vœux expriment donc ce qu'est le plus ardent désir du chrétien et sont déjà, en quelque sorte, des demandes. On saisit alors pourquoi « le Pater nous apprend à porter d'abord notre regard vers Dieu, son Nom, son Règne, sa Volonté, avant de le porter sur notre communauté terrestre. Notre situation concrète et nos véritables besoins ne peuvent être compris que si nous envisageons d'abord notre Père, ses objectifs, son œuvre » (J. Delorme). Jésus enseigne là, en quelque sorte, toute une pédagogie de la prière : avant de demander à Dieu de combler ses propres besoins le croyant se nlet devant Lui dans une attitude d'humble adoration, donnant la priorité à la réalisation du dessein d'amour de Dieu sur le monde.

(...)

© Jean Pouilly, SBEV / Éd du Cerf, Cahier Évangile n° 68 (Juin 1989), « Dieu notre Père », p. 35-36.

 

 
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