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Magnificat
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Dahan Gilbert
Le "Magnificat " : les commentaires du Moyen Âge
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Vue l'importance croissante prise par la piété mariale au fil du Moyen Âge, on comprend que le Magnificat y a été souvent commenté...
 

Vue l’importance croissante prise par la piété mariale au fil du Moyen Âge, on comprend que le Magnificat y a été souvent commenté, surtout à partir du XIIIe siècle. Alors qu’aujourd’hui on considère le cantique de la Vierge comme l’hymne des pauvres, les commentateurs du Moyen Âge insistent sur l’humilité qui, plus que ses autres vertus, a permis à Marie d’être choisie pour accueillir le Seigneur.

Le Magnificat est évidemment étudié dans les commentaires de Luc. les commentaires des évangiles sont assez rares avant le XIIe siècle : on doit mentionner ceux de Bède le Vénérable, de Raban Maur ou de Christian de Stavelot. Au XIIe siècle, le développement des écoles urbaines (dépendant souvent de l’évêché), qui succèdent aux écoles monastiques dans la transmission de la culture en Occident, renouvelle l’exégèse de la Bible et l’on peut relever alors un certain nombre de commentaires des évangiles. Le plus remarquable est sans doute celui de Pierre le Mangeur (ou Pierre de Troyes), qui nous introduit véritablement dans la classe d’Écriture sainte, à l’école cathédrale de Paris. Les écoles monastiques n’en poursuivent pas moins leur travail sur l’Écriture et on peut citer comme exemple, au XIIe siècle, celui de Bruno de Segni ou d’Asti. Mais c’est au XIIIe siècle, avec l’enseignement à l’université (notamment celle de Paris) ou dans les studia (collèges) des ordres mendiants (surtout dominicains et franciscains), que l’exégèse des évangiles connaît un essor remarquable : on utilisera ici les commentaires des dominicains Hugues de Saint-Cher, Albert le Grand et Nicolas de Gorran et ceux des franciscains Bonaventure puis Nicolas de Lyre (en notant qu’on doit aussi des commentaitres de Luc à Alexandre de Halès, Jean de La Rochelle et Pierre de Jean Olieu). Le mouvement se poursuit aux XIVe et XVe siècles et on aura à utiliser le commentaire de Denys le Chartreux.

À côté de ces commentaires d’ensemble, il faut relever un certain nombre de textes consacrés aux cantiques du Nouveau Testament (notamment le Benedictus, le Magnificat et le Nunc dimittis), voire au seul Magnificat : c’est le cas des œuvres de Hugues de Saint-Victor, de Pierre d’Ailly ou de Jean Gerson, qui seront citées ici. Une autre source importante est constituée par les ouvrages sur la liturgie : il s’agit de traités qui envisagent généralement l’ensemble des problèmes liés aux offices et à la messe ; ils seront utilisés séparément, à la fin de ce chapitre. En revanche, on a assez peu de sermons sur le Magnificat ; malgré leurs attaches liturgiques, on les traitera en même temps que les commentaires puisque, dans leur forme écrite, ils ne diffèrent que peu de ceux-ci.

Quelques mots sur les sources de ces commentaires : l’exégèse médiévale se construit sur des bases patristiques, mais innove et approfondit constamment ; on a vu que les commentaires (notamment latins) de Luc et du Magnificat étaient peu nombreux chez les Pères ; la Glose ordinaire, composée à Laon vers 1110-1120 puis à Auxerre et Paris, présente des extraits de la tradition exégétique sur chaque livre biblique, et est donc un commentaire anthologique (dans lequel il ne faut cependant pas négliger l’apport des rédacteurs, particulièrement dans la Glose interlinéaire) ; elle présente surtout pour Lc 1, 46-55 des extraits du commentaire de Bède le Vénérable et plus rarement d’Ambroise. En revanche, Thomas d’Aquin qui, pour sa Catena aurea (« Chaîne d’or »), anthologie de textes patristiques constituant un commentaire des évangiles, avait fait traduire nombre de Pères grecs, enrichit considérablement la documentation : pour le Magnificat, on relève des extraits d’Ambroise, d’Origène, de Basile de Césarée, de Bède, de Théophylacte, d’Augustin, de Titus de Bostra, de Cyrille d’Alexandrie et d’un « Grec », qui doit être une chaîne sur Luc.

On envisagera successivement ce que j’appellerai « l’approche littéraire », les éléments doctrinaux (anthropologie, théologie, mariologie, histoire du salut) et l’application morale – les traités liturgiques étant étudiés séparément. Ce découpage n’est pas très satisfaisant puisqu’on constatera que chaque extrait qui sera traduit pourra illustrer plusieurs de ces catégories. Mais c’est la conséquence d’une matière extrêmement riche et souvent passionnante, par sa vive spiritualité comme par la rigueur de l’analyse.

© Gilbert Dahan, Le cantique de Marie, mère de Jésus (Luc 1,46-55), Supplément au Cahier Évangile n° 176 (p. 53-54).

 
Lc 1,46-55
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org