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Evangiles
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Beaude Pierre-Marie
Les évangiles : vers la mise en récit
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Les évangiles sont constituée à la base d'unités variées qui ont été ensuite intégrées dans un ensemble narratif...
 

Les unités formelles dont nous venons de parler peuvent être considérées comme les pierres entrant dans une construction. Sans doute la plupart d'entre elles, logia, récits de miracles, paraboles, etc., eurent-elles une existence indépendante dans les communautés qui s'en nourrissaient. Comment en arrivèrent-elles à être intégrées dans un ensemble narratif allant de la naissance ou du baptême du héros à sa mort et sa résurrection ? L'observation du texte final (le seul dont nous disposons) nous permet de postuler plusieurs stades de mises en récit.

Des ensembles ou collections

On repère assez facilement dans les évangiles des ensembles ou collections. Par exemple, Mt 57 regroupe une collection de sentences qu'on pourrait qualifier par le genre halakah mot hébreu qui, dans le judaïsme, désigne les règles d'action et de comportement. Mt 8,1 – 9,8 regroupe presque exclusivement une série de dix miracles qui correspondent, dans le judaïsme, à ce qu'on appelle la haggadah, c'est-à-dire le récit visant l'édification. Bien d'autres regroupements pourraient être signalés. Pensons aux collections de paroles comme Mc 9,33-50, de paraboles comme Mt 13, ou de controverses comme Mc 2,1 – 3,6 et 11,27 – 12,34. Regardons encore i'ensemble appelé Section des Pains en Mc 6,30 – 8,26, où plusieurs péricopes parlent de « manger » et de « pain ». À partir de là, on suppose que ces unités indépendantes furent regroupées pour former des ensembles plus vastes et proposer à la catéchèse et à la prière des collections où les prédicateurs pouvaient puiser l’enseignement pour les communautés.

Le schéma narratif « vie »

Déjà regroupés en ensembles cohérents, ces blocs furent intégrés dans un ensemble narratif organisé en gros, comme une biographie de Jésus allant de son baptême à sa mort et à sa résurrection (et pour Mt et Lc, de l'enfance à la résurrection). Pour garder le lien entre la mémoire du Jésus qui était à l'origine de la foi et la proclamation du Seigneur célébré dans les églises ce schéma biographique s'imposait naturellement, et accueillait facilement les collections de paroles, de miracles, de paraboles précédemment formées. Plusieurs textes du NT montrent l'importance d'un tel schéma narratif. Quand il s'agit de choisir le remplaçant de Judas, Pierre déclare : « Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a marché à notre tête, à commencer par le baptême de Jean jusqu'au jour où il nous a été enlevé: il faut donc que l'un d'entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection » (Ac 2,2122). La tâche ainsi dévolue à Matthias - à savoir être témoin de la résurrection en racontant Jésus depuis son baptême jusqu'à son ascension - n'est-elle pas en même temps une présentation exacte de l'essence même des évangiles écrits ? De même, ne trouve-t-on pas une sorte d’évangile miniature dans les proclamations orales que Luc met dans la bouche de Pierre en Ac 2,22-28, ou dans la bouche de Paul en Ac 13,23-31 ?

 

© Pierre-Marie Beaude, SBEV / Éd du Cerf, Cahier Évangile n° 96 (Juillet 1996), « Qu’est-ce que l’évangile ? », p. 36-37.

 
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