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Foi
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Luc
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Miracles
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Debergé Pierre
Des miracles qui invitent à la foi (Lc 8,22-56)
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Luc propose ici quelques récits de miracles qui coïncident avec ses déplacements sur le lac...
 

À partir de la césure de Luc 8,22, marquée par la formule : « Or, un jour », Luc propose un groupe de récits qui coïncident avec des déplacements de Jésus sur le lac (vv. 22, 26,37 et 40).

Le premier donne lieu au miracle de la « tempête apaisée ». À la différence de Marc (4,35-41), Luc n’en fait pas un récit d’exorcisme, mais une révélation de l’identité divine de Jésus qui protège ses disciples par sa parole puissante et les délivre du péril qui les menace. Dans ce même récit, Jésus ne traite pas ses disciples d’« hommes de peu de foi », comme il le fait dans l’évangile de Matthieu (8,25), pas plus qu’il ne leur reproche leur incrédulité (cf. Mc 4,40), mais il leur demande « où est leur foi » (8,25), comme si, bien qu’ayant la foi, ils ne savaient pas encore l’exercer au milieu de l’épreuve. La réaction des disciples face au pouvoir de Jésus sur les vents et les flots n’en est que plus compréhensible, car ils savent que Dieu seul domine les forces de la nature (Ps 107[106],28-30). Dans les Actes des Apôtres (27,13-44), le récit de la tempête essuyée par Paul attestera également, malgré son apparente absence, de la protection du Ressuscité à l’égard de ses envoyés.

Le récit suivant conduit le lecteur en territoire païen où Jésus fait une brève et unique incursion, puisque Luc ne rapporte pas son voyage dans les territoires de Tyr et de Sidon (Mc 7,34-41). Ici, Jésus ne se contente pas de guérir un possédé, mais il détruit le nombre impressionnant des démons qu’il vient d’expulser: une légion (5 500 fantassins et120 cavaliers) ! On est loin des sept démons qui, dans le monde juif, représentent les possessions les plus sévères (cf. 8,2 ; 11,26). Ainsi se révèle une fois encore la puissance salvatrice du « Fils du Dieu Très Haut » (8,29), qui provoque la chute des puissances du mal (cf.4,34). En voyant le possédé guéri et « sauvé » (v. 36), « assis aux pieds de Jésus » (v. 35) dans la position du disciple, la population de la région est saisie de crainte. Elle demande donc à Jésus de s’éloigner, ce qu’il s’empresse manifestement de faire, d’autant plus que sa mission n’est pas de prêcher aux non-Juifs ; ce sera celle des apôtres. Auparavant, comme il l’avait déjà fait (5,24), Jésus renvoie celui qu’il vient de sauver « dans sa maison », en lui demandant de « raconter tout ce que Dieu a fait pour lui ». Mais lui s’en va, proclamant tout ce que Jésus a fait pour lui (vv. 38-39) !

Après que Jésus ait retrouvé la foule (cf. 8,4), Luc rapporte l’intervention d’un chef de synagogue en faveur de sa fille unique, âgée de douze ans, en train de mourir (8,41-42),et la guérison d’une femme qui, souffrant de pertes de sang, avait connu douze ans de soins médicaux inefficaces (8,43). À cette occasion, Jésus pose deux gestes qui vont à l’encontre des pratiques liées à la loi de Moïse : courant le risque de devenir lui-même impur (cf. Lv 15,25-27), il accepte d’abord d’être touché par une femme impure dont il reconnaît la foi, et qu’il invite à une rencontre franche et sereine pour qu’elle ne soit pas seulement guérie mais sauvée (vv. 47-48) ; avant de la« réveiller » (vv. 54-55 ; cf. 1 R 17,21-22), il touche ensuite une jeune fille qui vient de mourir, contrevenant à nouveau à la Loi qui interdit de toucher un mort (Nb 19,11-16).

Dans cet épisode où tous se moquent de lui (vv. 52-53 ; cf. Ac 17,32), Jésus manifeste une fois encore la venue du règne de Dieu (cf. 7,22) mais, pour la première fois dans cet évangile, il ordonne de ne parler à personne de ce qu’il a fait (v. 56).

 

© Pierre Debergé, Cahier Évangile n° 173, Pour lire l’Évangile selon saint Luc, p. 26-28.

 
Lc 8,22-56
22Or, un jour il monta en barque avec ses disciples  ; il leur dit : « Passons sur l'autre rive du lac  », et ils gagnèrent le large.
23Pendant qu'ils naviguaient, Jésus s'endormit. Un tourbillon de vent s'abattit sur le lac ; la barque se remplissait et ils se trouvaient en danger.
24Ils s'approchèrent et le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous périssons ! » Il se réveilla, menaça le vent et les vagues : ils s'apaisèrent et le calme se fit.
25Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Saisis de crainte, ils s'émerveillèrent et ils se disaient entre eux : « Qui donc est-il, pour qu'il commande même aux vents et aux flots et qu'ils lui obéissent ? »
26Ils abordèrent au pays des Gergéséniens qui est en face de la Galilée.
27Comme il descendait à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville qui avait des démons. Depuis longtemps il ne portait plus de vêtement et ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombeaux.
28A la vue de Jésus, il se jeta à ses pieds en poussant des cris et dit d'une voix forte : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas. »
29Jésus ordonnait en effet à l'esprit impur de sortir de cet homme. Car bien des fois il s'était emparé de lui ; on le liait, pour le garder, avec des chaînes et des entraves ; mais il brisait ses liens et il était poussé par le démon vers les lieux déserts.
30Jésus l'interrogea : « Quel est ton nom ? » - « Légion », répondit-il, car de nombreux démons étaient entrés en lui.
31Et ils le suppliaient de ne pas leur ordonner de s'en aller dans l'abîme.
32Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d'entrer dans ces porcs. Il le leur permit.
33Les démons sortirent de l'homme, ils entrèrent dans les porcs, et le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans le lac et s'y noya.
34A la vue de ce qui était arrivé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la chose dans la ville et dans les hameaux.
35Les gens s'en vinrent pour voir ce qui s'était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent, assis à ses pieds, l'homme dont les démons étaient sortis, qui était vêtu et dans son bon sens, et ils furent saisis de crainte.
36Ceux qui avaient vu leur rapportèrent comment celui qui était démoniaque avait été sauvé.
37Alors, toute la population de la région des Gergéséniens demanda à Jésus de s'éloigner d'eux, car ils étaient en proie à une grande crainte ; et lui monta en barque et s'en retourna.
38L'homme dont les démons étaient sortis le sollicitait ; il demandait à être avec lui. Mais Jésus le renvoya en disant :
39« Retourne dans ta maison et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Et l'homme s'en alla, proclamant par toute la ville tout ce que Jésus avait fait pour lui.
40A son retour, Jésus fut accueilli par la foule, car ils étaient tous à l'attendre.
41Et voici qu'arriva un homme du nom de Jaïros ; il était chef de la synagogue. Tombant aux pieds de Jésus, il le suppliait de venir dans sa maison,
42parce qu'il avait une fille unique, d'environ douze ans, qui était mourante. Pendant que Jésus s'y rendait, les gens le serraient à l'étouffer.
43Il y avait là une femme qui souffrait d'hémorragie depuis douze ans ; elle avait dépensé tout son avoir en médecins, et aucun n'avait pu la guérir.
44Elle s'approcha par-derrière, toucha la frange de son vêtement et, à l'instant même, son hémorragie s'arrêta.
45Jésus demanda : « Qui est celui qui m'a touché ? » Comme tous s'en défendaient, Pierre dit : « Maître, ce sont les gens qui te serrent et te pressent. »
46Mais Jésus dit : « Quelqu'un m'a touché ; j'ai bien senti qu'une force était sortie de moi. »
47Voyant qu'elle n'avait pu passer inaperçue, la femme vint en tremblant se jeter à ses pieds ; elle raconta devant tout le peuple pour quel motif elle l'avait touché, et comment elle avait été guérie à l'instant même.
48Alors il lui dit : « Ma fille, ta foi t'a sauvée. Va en paix. »
49Il parlait encore quand arriva de chez le chef de synagogue quelqu'un qui dit : « Ta fille est morte. N'ennuie plus le maître. »
50Mais Jésus, qui avait entendu, dit à Jaïros : « Sois sans crainte ; crois seulement, et elle sera sauvée. »
51A son arrivée à la maison, il ne laissa entrer avec lui que Pierre, Jean et Jacques, avec le père et la mère de l'enfant.
52Tous pleuraient et se lamentaient sur elle. Jésus dit : « Ne pleurez pas ; elle n'est pas morte, elle dort. »
53Et ils se moquaient de lui, car ils savaient qu'elle était morte.
54Mais lui, prenant sa main, l'appela : « Mon enfant, réveille-toi. »
55Son esprit revint, et elle se leva à l'instant même. Et il enjoignit de lui donner à manger.
56Ses parents furent bouleversés ; et il leur ordonna de ne dire à personne ce qui était arrivé.
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org