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Luc-Actes
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Flichy Odile
Introduction : Pourquoi parle-t-on aujourd'hui de « Luc-actes » ?
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L'expression « Luc-Actes » est employée couramment aujourd'hui pour désigner l'ensemble de l'oeuvre de saint Luc le troisième évangile, ou Évangile selon saint Luc et le livre des Actes des Apôtres...
 

L'expression « Luc-Actes » est employée couramment aujourd'hui pour désigner l'ensemble de l'œuvre de saint Luc  le troisième évangile, ou Évangile selon saint Luc et le livre des Actes des Apôtres. La formulation ainsi abrégée « LucActes » permet d'y faire référence de façon simple et efficace, en les désignant non seulement comme les deux ouvrages d'un même auteur, mais aussi comme une seule œuvre en deux volumes. Une telle affirmation fait actuellement l'objet d'un large consensus parmi les exégètes; elle marque une nouvelle étape dans le débat toujours ouvert autour de la question de l'auteur et de la composition de l'évangile selon saint Luc et des Actes des Apôtres. Il est donc nécessaire de resituer cette expression « Luc-Actes » dans le contexte qui lui a donné naissance, afin de mieux mesurer sa portée et de comprendre les raisons de son adoption.

Le contexte historique

Pour la tradition des Pères de l'Église

La tradition patristique a très tôt reconnu en Luc l'auteur du troisième évangile et des Actes : dès la fin du IIe siècle, l'écho est unanime à ce sujet. Le plus ancien témoignage est celui d'Irénée : « Luc, le compagnon de Paul consigna en un livre l'Évangile que prêchait celui-ci » (Adv Haer III,1). Clément d'Alexandrie, Origène, Tertullien témoignent également dans ce sens. Cette identification des Pères se fonde essentiellement sur les passages en « nous » des Actes dans lesquels le narrateur parle à la première personne du pluriel comme s'il avait participé aux événements, et sur la mention faite par Paul, à la fin de trois de ses lettres, d'un de ses compagnons, un médecin nommé Luc (Phm 24; Col 4,14; 2 Tim 4,11). Les Pères de l'Église considèrent que cette information de première main sur un compagnonnage, vécu jusqu'au martyre de Paul (Adv Haer III, 14,1), garantit la valeur historique de l'œuvre de Luc, une œuvre faite de deux volumes : un évangile et une histoire des débuts de l'Église.

Pour la critique historique

Cependant, l'exégèse critique du début du XXe siècle a remis en cause cette attribution traditionnelle, découvrant que la perspective de Luc dans les Actes correspondait plutôt à la situation de la fin du 1er siècle et reflétait davantage le point de vue de la génération suivante par rapport aux sources des évangiles. Le soupçon était dès lors jeté sur la valeur à accorder au témoignage de la tradition patristique.

Tout d'abord, Luc était-il bien l'auteur du troisième Évangile ? Confrontée aux premières hérésies, et à celle de Marcion en particulier, l'Église n'avait-elle pas eu besoin d'affirmer l'authenticité de ses écrits en rappelant leur appartenance à la tradition des apôtres ? Les écrits anonymes qu'étaient les évangiles n'avaient-ils pas été mis dans ce but sous le patronage des apôtres, soit directement « selon Matthieu », « selon Jean », soit indirectement (Marc étant considéré comme le secrétaire de Pierre et Luc comme le compagnon de Paul) ?

Par ailleurs, que savait-on de ce Luc ? Était-il vraiment le compagnon de Paul ? Le fait que Paul parle d'un certain Luc comme son collaborateur ne prouvait en rien que celui-ci fût l'auteur du troisième évangile, le nom de Luc (Loukas) étant fort répandu. Enfin, fallait-il vraiment considérer les passages en « nous » des Actes comme la preuve que Luc avait pris part aux voyages missionnaires de Paul ? Ces passages n'étaient-ils pas à mettre au compte d'un procédé d'écriture connu dans l'Antiquité ? Quelle valeur historique, par conséquent, pouvait-on accorder aux Actes ?

L'exégèse critique a fait valoir en outre que si l'évangéliste Luc, auteur de ces deux ouvrages, était bien le compagnon de Paul, il ne pouvait y avoir de contradiction entre son témoignage et celui que donne lui-même l'apôtre Paul dans ses Lettres. Or, les écarts, voire les contradictions entre les deux sont indéniables.

On en vint ainsi soit à envisager que l'auteur des Actes n'était pas le même que celui du troisième évangile, soit à considérer que ces deux ouvrages reflétaient des époques et des préoccupations très différentes, ayant été écrits indépendamment l'un de l'autre : d'une part un livre consacré à Jésus, l'Évangile, écrit comme ceux de Marc et de Matthieu dans les années 70-80 et, d'autre part, une histoire des débuts de l'Église, datant d'une dizaine d'années plus tard. Si les données de l'Évangile ne pouvaient être mises en cause, étant garanties par la comparaison synoptique, il n’en était pas de même pour les Actes : dans son récit, Luc aurait projeté les questions qui étaient celles de sa propre communauté et retransmis la prédication des apôtres en la colorant de ses propres tendances théologiques. Le livre des Actes était donc à prendre comme une œuvre à visée apologétique, soucieuse de montrer l'unité et la légitimité de l'Église, sans rapport direct avec son évangile, écrit bien avant. Cette critique radicale, menée essentiellement en Allemagne, par des exégètes protestants libéraux, entraina, du côté catholique, une radicalisation de la thèse de la fiabilité historique du témoignage de Luc.

La discussion portait, comme on le voit, exclusivement sur des questions d'ordre historique. De ce fait, elle laissait de côté l'aspect littéraire de la question du lien entre les deux livres. La nécessité de prendre sérieusement en compte l'écriture lucanienne elle-même s'est imposée peu à peu et a considérablement enrichi ce difficile dossier.

Pour l'exégèse contemporaine

Les différentes hypothèses issues des arguments de la critique historique ont continué à être discutées. Pour certains, il s'agit de deux œuvres du même auteur mais écrites à des moments différents, soit complètement indépendantes l'une de l'autre soit indépendantes sur le fond mais assimilées ultérieurement par un processus d'écriture. D'autres ont envisagé la possibilité d'un ouvrage unique à l'origine séparé ensuite en deux, avec comme conséquence une révision de la conclusion du premier volume et de l'introduction du second volume. La thèse selon laquelle un seul auteur a prévu et composé un ouvrage en deux volumes, tel qu'il est conservé dans le Nouveau Testament, est celle qui tend actuellement à s'imposer dans les études lucaniennes, mais la question reste cependant posée au sujet de la nature du lien qui unit ces deux livres. L'hypothèse de deux auteurs différents et celle de l'ouvrage unique divisé en deux ne sont plus défendues aujourd'hui.

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© Odile Flichy, SBEV / Éd du Cerf, Cahier Évangile n° 114 (Décembre 2000), « L’œuvre de Luc », p. 5-7.

 
 
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