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Refus de l'alliance
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Di Pede Elena
Le refus du don de Yhwh
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Les dons que Yhwh fait à Israël, en particulier la terre et la Loi, sont structurellement liés à la libération d’Égypte et au désir divin de faire alliance avec son peuple. Cela est souligné par la toute première intervention d’un prophète dans le corpus prophétique, en Jg 6,8-10 : « Yhwh envoya aux fils d’Israël un prophète qui leur dit : “Ainsi parle Yhwh, le Dieu d’Israël : C’est moi qui vous ai fait monter d’Égypte et qui vous ai fait sortir de la maison de servitude. Je vous ai délivrés de la main des Égyptiens et de tous ceux qui vous opprimaient ; je les ai chassés devant vous et je vous ai donné leur pays. Je vous ai dit : ‘Je suis Yhwh, votre Dieu. Vous ne craindrez pas les dieux des Amorites dont vous habitez le pays !’ Mais vous n’avez pas écouté ma voix !” » Ce discours, du reste, fait écho à l’appel que Josué adresse au peuple pour l’inviter à entrer en alliance (Jos 24, voir en particulier les vv. 5-7).

Cette libération de l’esclavage égyptien est en réalité le tout premier don fait au peuple, puisque cette intervention décisive donne vie à Israël. Cette action, constitutive pourrait-on dire de l’identité de Yhwh (cf. Ex 20,2 ; Dt 5,6), lance l’aventure de la berît. En réponse, le peuple n’a qu’une chose à faire : ne pas craindre et ne pas servir les idoles, autrement dit, faire confiance à son allié, se mettre à son service, à travers l’écoute de sa voix, de sa parole, en particulier. Mais Israël s’en montre dès le début incapable, conformément à l’annonce faite par Josué (Jos 24,20).

À partir de ce moment, l’aventure de l’alliance est racontée comme allant d’échec en échec, dans une sorte d’escalade qui aboutit à l’événement qui risque de mettre définitivement un terme à l’histoire commune : l’exil à Babylone. Une punition vécue comme l’accomplissement des malédictions prévues par le contrat accepté par Israël (Jos 24,16-18 ; cf. Dt 28,15-68). Dès lors, à la question de savoir pourquoi Yhwh permet l’Exil, la réponse est claire : c’est parce qu’Israël l’a abandonné pour servir d’autres dieux (cf. Jr 5,19 ; 22,8-9).

Rappelons-le, la berît ne s’éteint pas par usure ou érosion, ce sont des actes volontaires qui l’annulent. Dans ce sens, idolâtrie et injustice sont considérées par les prophètes comme une véritable trahison de Yhwh et de son projet, une transgression de l’alliance aussi grave que celle d’Adam (Os 6,7). En effet,comme l’Adam de la Genèse a écouté la voix du serpent – première figure de l’idole –, les contemporains des prophètes préfèrent suivre la voix de ces dieux qui leur font miroiter des illusions et les poussent ainsi dans l’inhumanité et la mort (cf. Es 28,15).

Yhwh, pour sa part, ne se résout pas à l’échec. Relayé en cela par les prophètes qui s’adressent en son nom au peuple par des paroles qui alternent dureté et douceur, il tente de ramener Israël à la raison, autrement dit à l’alliance. Pour exprimer cet ardent souhait du Dieu de vie dont ils sont les témoins et les porte-parole, les prophètes utilisent divers procédés rhétoriques – métaphores, récits et oracles, langage juridique, etc. – essentiels pour tenter de ramener la justice au sein du peuple.


© Elena Di Pede, Cahier Évangile n° 172, L'Alliance chez les Prophètes, p. 27-28.
 
 
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