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Alliance
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Deutéronome
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Di Pede Elena
Un point de départ : le Deutéronome
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Lorsque l’on aborde le thème de l’alliance, on ne peut faire l’impasse sur le livre du Deutéronome. Sorte de testament de Moïse adressé aux fils d’Israël juste avant leur entrée en Terre promise, il définit et donne forme à l’alliance entre Yhwh et le peuple élu. La découverte de traités d’alliance extrabibliques a permis aux exégètes de montrer le lien de forte proximité entre les anciens traités de vassalité du Proche-Orient ancien et le Deutéronome (1). Depuis lors, il apparaît encore plus clairement que parler d’alliance signifie envisager les relations entre Yhwh et Israël sous un angle éminemment juridique, car le Deutéronome est influencé par les usages du droit international et ses schémas littéraires. Bien plus qu’avant ces découvertes, on comprend l’importance de l’aspect juridique de l’alliance qui vise l’établissement de rapports justes entre les parties décidant de contracter alliance, et régule ensuite ces rapports.

Du discours de Moïse…

Dans un discours où il s’adresse à ceux qui s’apprêtent à entrer en Terre promise, Moïse raconte, proclame et commente la Loi, en lien avec les oeuvres de Yhwh en faveur d’Israël. Aux portes de la terre où le peuple pourra vivre pleinement l’alliance, Moïse en rappelle les règles sous forme d’une rétrospective qui est en même temps une relecture actualisante du début de cette aventure au désert (Dt 1,1 – 28,68). Moïse adresse à la génération présente son invitation à entrer en alliance avec Yhwh (cf. Dt 28,69 ; 29,9.11) mais, par un jeu sur les pronoms personnels, en particulier l’adresse directe en « vous » et en « tu », il destine cet appel à chaque génération à venir qui lira le livre. Cette dimension plurigénérationnelle est très forte (cf. Dt 11,2) car chacun est appelé – collectivement et individuellement – à se positionner par rapport aux choix des générations précédentes, y compris lorsqu’il s’agit de choix malheureux (cf. Ex 32, en lien avec Ex 20,3-5 et Dt 5,7-9a). Par ces choix concrets, chaque génération assumera ou refusera l’alliance, choisira ou non ce chemin d’humanisation et méritera ou non le titre de fils d’Israël.

Dès lors, sans trop forcer le trait, le Deutéronome peut être vu comme une mise en abyme du choix que chaque génération – individuellement et collectivement – est appelée à poser en vue du shalôm, le sien et celui des autres. Car ce que Moïse explicite dans son testament n’est autre qu’une charte juridique de la vie en alliance, véritable colonne vertébrale qui permet à Israël – pour autant qu’il l’accepte librement et entre pleinement dans sa logique – d’avoir la vie en abondance, d’être heureux dans la terre qu’il reçoit (Dt 5,16b) et de mener à bien sa mission particulière.

… au discours prophétique

Dans la droite ligne de Moïse et chacun à leur manière, les prophètes rappellent et renouvellent cet appel, en invitant leurs destinataires à la fidélité à la Loi qu’il a proclamée. Les prophètes invitent la génération à laquelle ils s’adressent (et leurs lecteurs par le biais du livre) à revenir à l’alliance.

Ils dénoncent les caricatures que leurs contemporains peuvent en faire, en les invitant à la fidélité par rapport à cet engagement. Cela équivaut à assumer le serment d’alliance en se l’appropriant véritablement, ce qui signifie également sa réactualisation, autrement dit une adaptation de ses modalités concrètes à la situation nouvelle de chaque génération. L’alliance est donc en perpétuel mouvement, ce qui implique aussi un perpétuel danger d’affaiblissement. En effet, chaque prescription, chaque limite est potentiellement susceptible d’être outrepassée, comme le montrent aussi bien le récit des débuts de l’histoire d’Israël (cf. Ex 32) que les nombreuses dénonciations adressées par les prophètes à leurs contemporains.

Dans ce mouvement perpétuel entraînant l’alliance et l’histoire, il est néanmoins un pilier qui ne change pas et qui, de ce fait, est comme la colonne portante de l’alliance. Cette assise de l’alliance, c’est la Loi. Celle-ci est à la fois le point faible de la berît – car c’est là que se joue la responsabilité du peuple – et son point ferme, immuable (cf. Jr 31,31-34). La Loi exprime à sa manière les valeurs de l’alliance et donne au peuple un cadre de limites et de valeurs, comme un « mode d’emploi », un chemin à suivre pour concrétiser la vie en alliance, mais aussi pour restaurer l’ordre social, lorsque celui-ci est mis à mal.

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© Elena Di Pede, Cahier Évangile n° 172, L'Alliance chez les Prophètes, p. 18-20.


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(1)  Voir Felix Garcia-Lopez, « Le Deutéronome », Cahiers Évangile n° 64, 1988, p. 15 ; Bernard Renaud, « L’Alliance au coeur de la Torah », Cahiers Évangile n° 148, 2003, pp. 4-5 ; Olivier Artus, « Le Pentateuque, histoire et récit », Cahiers Évangile n° 156, 2011, p. 47.

 

 
 
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