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Tour de Babel
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Morin Dominique
Le récit de la Tour de Babel (Gn 11,1-9)
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L'histoire bien connue de la Tour de Babel se trouve au début de la Bible, dans le livre de la Genèse...
 

Le texte biblique :

1 Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots.
2 Comme les hommes se déplaçaient à l'orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent.
3 Ils se dirent l'un à l'autre : “ Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! ” La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier.
4 Ils dirent : “ Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! ”
5 Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties.
6 Et Yahvé dit : “ Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux.
7 Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres. ”
8 Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.
9 Aussi la nomma-t-on Babel, car c'est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c'est de là qu'il les dispersa sur toute la face de la terre.


Cette histoire bien connue de la Tour de Babel se trouve donc au début de la Bible, dans le livre de la Genèse. Ce récit, fait suite à celui du Déluge. Il est de type "étiologique", c'est-à-dire qu'il cherche à expliquer, sous forme de légende populaire, pourquoi les hommes se sont dispersés sur la terre et pourquoi ils parlent des langues différentes.

Un projet insensé

Pour l'auteur de ce récit, tout commence avec la décision des hommes de construire une ville unique et, surtout, une tour qui “ pénètre les cieux ”. Ce projet, au premier abord, ne semble guère répréhensible. Pourquoi reprocher aux hommes de chercher à perpétuer leur mémoire par des monuments grandioses ? On pourrait même admirer ce projet commun qui unit les hommes et les rassemble dans un même travail.

Dieu, pourtant, condamne sévèrement ce projet. Il y voit l'expression de l'orgueil des hommes qui ont la prétention de vouloir, par leurs propres forces, rivaliser avec lui en construisant cette tour dans le but clairement revendiqué d'atteindre l'espace divin. En les dispersant et en les divisant par la multiplicité des langues, Dieu punit tout à la fois leur vanité et leur arrogance.

La Pentecôte, ou l'anti-Babel

Pour les chrétiens, le récit de la Tour de Babel s'éclaire par le récit de la Pentecôte qui, au début des Actes des Apôtres (chapitre 2, versets 1 à 11), rapporte le don de l'Esprit Saint. Certes, dans ce passage, Luc ne cite pas explicitement Babel. Mais les correspondances, et surtout les oppositions entre les deux récits, sont frappantes.

L'un et l'autre évoquent la descente de Dieu parmi les hommes, mais dans un contexte radicalement différent. Dans le livre de la Genèse, Dieu intervient pour sanctionner les hommes et rabaisser leur orgueil démesuré. Dans les Actes des Apôtres, Dieu fait don aux apôtres – et à travers eux à tous les hommes – de l'Esprit Saint qui vient prolonger la présence de Jésus parmi eux.

Or, lors de cet événement extraordinaire, les nombreuses personnes présentes parlent des langues différentes et, pourtant, elles comprennent toutes le message des apôtres : la confusion des langues inaugurée dans le récit de la Tour de Babel est réparée !

Cependant, on le voit, il ne s'agit pas du tout d'un retour à un langage unique car, lors de la Pentecôte, chacun comprend le message des apôtres dans sa propre langue. À Babel, la langue unique était la marque des vainqueurs écrasant les diversités. À la Pentecôte, chacun conserve ses particularités. Les diversités de chaque peuple subsistent, mais une communication redevient possible en la personne de Jésus qui transcende toutes les cultures sans les effacer.


         – Quelques remarques complémentaires :

• Shinéar

Ce nom désigne la Babylonie, où Mésopotamie, région située dans le sud de l'Iraq d'aujourd'hui.

• Faisons des briques et cuisons-les au feu

À la différence des Israélites, les Babyloniens manquaient de pierre. Aussi, comme il est bien dit dans le texte, construisaient-ils leurs monuments avec des briques cuites au feu, et du bitume. Ce procédé de construction, utilisé pendant des millénaires en Mésopotamie, donnait des bâtiments si solides qu'une partie d'entre eux ont été retrouvés par les archéologues.

• Faisons-nous un nom

Ces quelques mots traduisent la tentation permanente des plus forts de vouloir assurer l'unité de l'humanité par un impérialisme politique, culturel et religieux qui broie les cultures particulières au profit d'un modèle unique. Ici se profile l'expérience du peuple hébreu, souvent victime de l'hégémonie de ses puissants voisins, notamment la Babylonie. Dans cette perspective, ce récit devient une mise en garde contre toute forme de totalitarisme. Dieu veut la diversité des peuples et des cultures. Cette diversité fait la richesse de l’humanité et elle est au fondement des libertés individuelles et collectives.

• Aucun dessein ne sera irréalisable pour eux

Contrairement à ce qu'affirme le texte biblique, les mésopotamiens ne construisaient pas ces tours, ou ziggourats, pour concurrencer les dieux, mais bien plutôt pour favoriser des relations positives entre eux et les divinités.

• Aussi la nomma-t-on Babel

Le texte biblique explique le mot Babel à partir d'un mot hébreu "babal" signifiant "confondre". Cette étymologie populaire, intéressante dans le contexte, n'est cependant pas exacte. Le mot "Babylone" (ou Babel en hébreu) vient en réalité d'un terme akkadien signifiant "Porte du ciel".

© SBEV. Dominique Morin

Sur ce récit, voir aussi : La Tour de Babel    

 
Gn 11,1-9
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org