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Collectif
L'Ascension de Jésus
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Quelques éléments de réflexion pour mieux comprendre et interpréter l'événement de l'Ascension de Jésus...
 
Luc est le seul auteur du Nouveau Testament à nous raconter l'Ascension de Jésus Christ. L'évangile selon Matthieu s'achève abruptement en Galilée où Jésus envoie ses disciples baptiser par toute la terre, en leur promettant d'être avec eux jusqu'à la fin des siècles (Mt 28,16-20). Jean termine également son évangile sur les bords du Lac de Galilée après que Jésus eut notamment annoncé à Pierre la tâche pastorale qui l’attendait (Jn 21,15-23). Ni l'un ni l'autre ne parlent d'ascension. Seule la finale de Marc le fait, mais très succinctement : « Le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu » (Mc 16,19).

Luc, quant à lui, nous a laissé deux récits de l'Ascension : l'un, assez bref, à la fin de son évangile, en conclusion à la journée pascale (Lc 24, 50-53), l'autre, un peu plus développé, au début des Actes (Ac 1,1-11), ce second récit étant en lien étroit avec celui nous rapportant l’événement de la Pentecôte que Luc est d’ailleurs aussi le seul à nous restituer dans le détail (Ac 2,1-13), les évangélistes n’y faisant que de très brèves allusions.

On voit donc facilement que ces deux événements, l’Ascension et la Pentecôte n’occupent, dans le Nouveau Testament, que peu de place par rapport, par exemple, aux récits de la passion et de la résurrection. Mais leur importance n’en est pas moins considérable.

Dans les Actes, Luc nous présente l'Ascension sous forme d’un récit dans lequel il utilise un langage à la fois symbolique et théologique.

Un langage symbolique tout d’abord : dans un univers que l'on imagine alors à trois étages (le ciel, la terre et les enfers), entrer dans le monde de Dieu ne peut se dire qu'en termes d'élévation. C'est là un langage imagé que nous employons encore spontanément quand nous disons, par exemple, que quelqu'un « s'élève » dans l'échelle sociale lorsqu'il reçoit de nouvelles responsabilités. Il s'agit donc d'une façon symbolique de s'exprimer qu'il ne faut pas prendre forcément le récit au pied de la lettre.

Mais ce langage utilisé par Luc symbolique possède aussi une coloration théologique : c'est dans ce monde « d'en-haut », c'est-à-dire de Dieu, que Jésus s’élève lors de l’Ascension. Et l'on comprend alors pourquoi, dans un tel contexte, on parle d’exaltation dans la gloire de Dieu ou de résurrection.

La « nuée » dont il est question dans le récit des Actes (Ac 1,9), ne fait que renforcer ce thème car, dans la Bible, la nuée est le signe visible de la présence de Dieu – ainsi, par exemple, avec Moïse lors du passage de la mer, au Sinaï (Ex 13,21). Si la Nuée dérobe Jésus au regard des hommes, c'est dire qu'il est entré dans le monde de Dieu, qu'il cesse avec nous un certain mode de présence, charnelle, visible, pour en inaugurer un autre, spirituelle.

Langage symbolique et langage théologique se rejoignent pour exprimer une même réalité, mais en insistant sur des aspects différents en même temps que complémentaires.

Une tradition littéraire

Pour bien comprendre ce récit de l’Ascension, il faut par ailleurs tenir compte du fait que tout auteur écrit dans une tradition littéraire par rapport à laquelle il se situe. Or, l'Ancien Testament mentionne deux ascensions : celle d'Hénoch (Gn 5,24) et celle d'Élie enlevé sur un char de feu (2 R 2,1-11). Peut-être pouvons-nous penser aussi au Serviteur de Dieu qui doit « s'élever » après avoir été retranché de la terre (Is 52,13 – 53,8).

Ce thème est repris abondamment dans la littérature juive contemporaine du Nouveau Testament, dans les Apocalypses ou Révélations où l’on précise qu’après Hénoch, Moïse, Baruch, et Esdras, sont enlevés au ciel en étant qualifiés de « porte-paroles de Dieu ».

Les évangélistes ont toujours aimé comparer Jésus aux grandes figures du judaïsme, mais Luc, ici, est allé un peu plus loin que les autres : il nous décrit le départ de Jésus sans se contenter, comme les autres évangélistes, d'affirmer succinctement l'exaltation du Christ dans la gloire divine.

Ascension et enseignement

Le récit de Luc est assez étonnant. Au début, d’un repas Jésus recommande à ses apôtres de ne pas quitter Jérusalem et d’y attendre le baptême dans l’Esprit Saint (Ac 1,4-5.8). Puis, brutalement, après avoir donné ses dernières instructions à ses apôtres, Jésus disparaît « dans la nuée » (Ac 1,9). Jésus et les apôtres sont donc dehors à ce moment. Et l'on apprend enfin que cela s’est passé au mont des Oliviers (Ac 1,12).

On voit bien que Luc a surtout voulu mettre en lumière la continuité qu’on peut facilement observer entre l'enseignement de Jésus, la mission qu'il donne aux siens et son Ascension finale. Tout cela avant le don de l’Esprit Saint lors de la Pentecôte.

Dans les Actes, Luc a préféré étaler dans le temps sur quarante jours (Ac 1,3) ces événements de la résurrection de Jésus puis de son Ascension. Mais lui-même n'était pas dupe de son procédé pédagogique puisqu'il peut, sans problème, situer le même événement le soir de Paques, dans son évangile (Lc 24,50-53).

Remarquons que cette notation de 40 jours porte surtout sur la durée de l'enseignement de Jésus à ses apôtres. Dans la Bible et la tradition juive, ce nombre – 40 – désigne souvent le temps d'une révélation comme l’indique clairement, par exemple, les 40 jours de Moïse au Sinaï (Ex 24,18) ou d'Élie à l’Horeb (1 R 19,8). « Quarante », c'est le temps de la vision et de la préparation par le jeûne. On peut penser que Luc a également voulu établir un parallèle entre Jésus et son Église : comme lui-même s'était préparé à sa mission par les 40 jours dans le désert lors de ses tentations (Lc 4,1-2), de même à son tour il prépare son Église par ces 40 jours où il les entretient du Royaume de Dieu.

L’achèvement du mystère pascal

L'Ascension est également, dans les Actes, l’achèvement du mystère pascal : par deux fois les anges reprennent le verbe qui scande l'évangile de Luc, celui de « monter ». Tout au long de l’évangile de Luc, Jésus « monte » vers Jérusalem, vers son « enlèvement » (Lc 9,51), c'est-à-dire vers sa mort et son exaltation. Les anges sont ainsi chargés d'attester que Jésus est bien arrivé au terme de sa montée : il est dans la gloire du Père.

Le récit des Actes est donc résolument tourné vers l'avenir : si Jésus cesse avec ses disciples un certain type de présence, ce n'est pas pour les laisser orphelins, mais pour être présent avec eux d'une façon plus spirituelle. Par son Esprit, il continuera désormais à les animer pour qu'ils achèvent sa mission qu'il lisait lui-même dans les Écritures : « Qu'on prêche en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem » (Lc 24, 45-47).

Quand vas-tu rétablir le Royaume d’Israël ?

Un autre point est à souligner dans ce récit. Il s’agit de cette question posée par les Apôtres : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » (Ac 1,6). Cette question montre que les apôtres n'ont pas encore compris à ce moment le sens de la mission de Jésus, de sa mort et de sa résurrection. Ils en sont encore à l'espérance messianique juive d'une restauration nationale, d'un royaume terrestre.

Or, étonnamment, Jésus n'a l'air ni déçu ni fâché. Il ne leur reproche pas cet aveuglement car il sait en réalité que tout s’éclairera pour eux lorsqu’ils auront reçu l'Esprit Saint lors de la Pentecôte, et, dans cette même confiance, Jésus voit très loin, jusqu'aux confins de la terre.

Mission des disciples et venue du Christ

C'est dans cette perspective qu'il faut comprendre ce récit de l’Ascension dans les Actes des Apôtres : « Jésus viendra de la même manière que vous l'avez vu s'élever vers le ciel ». Les apôtres l'ont vu s'élever en prononçant des paroles de mission, mettant le point final à son enseignement en les invitant à témoigner à leur tour : « Pourquoi restez-vous à regarder vers le ciel ? ». L'erreur des disciples serait de rester passivement à observer le ciel maintenant vide. Ils sont explicitement invités à aller par toute la terre pour être les témoins de Jésus-Christ et les porteurs de sa Parole. Exigence missionnaire qui leur sera encore rappelée lors de la Pentecôte.

L’enseignement fondamental de l'événement de l’Ascension est donc certes, d’une part, que Jésus est exalté dans la gloire de Dieu et établi comme Seigneur à ses côtés, et cet aspect essentiel comporte une constatation « visible » : c'est que désormais Jésus est invisible : Jésus a cessé le mode de présence vécu pendant une trentaine d'années pour en inaugurer un autre. Mais, d’autre part, ce récit indique clairement aussi que c'est maintenant le temps de la mission animée par l'Esprit de Jésus, exigence à laquelle nul de ses disciples ne peut se soustraire.

© SBEV. Collectif

Sur ce même thème, l'Ascension de Jésus, voir aussi :
L’Ascension : le récit des Actes des Apôtres (Ac 1,1-11)
• L'Ascension : Jésus est "enlevé pour le ciel". Les apôtres sont envoyés en mission  (Ac 1,1-11)      

 

 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
Ac 1,1-11
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org